• Un Bruant ou Plectrophane des neiges Plectrophenax nivalis au Grand Parc de  Miribel-Jonage en novembre 2024, seconde donnée pour la Métropole de Lyon

    Citation recommandée / Recommended citation :

    Mots clés/Keywords : Bruant des neiges, Plectrophane des neiges, Snow Bunting, Plectrophenax nivalis, espèce occasionnelle, hivernant rare.

    Préambule
    Les bases de données départementales recèlent toutes des mentions d’espèces qui ne manquent pas de tourner la tête du naturaliste qui les compulse. Celle du département du Rhône et de la Métropole de Lyon ne fait pas exception. Le rapport d’une espèce notée à une unique (sinon très rare) occasion, il y a de cela parfois des dizaines d’années, en est le type même. Son souvenir ne manque pas d’être évoqué par les passionnés, le plus souvent au hasard de rencontres sur le terrain, remarquablement si l’un d’entre eux a connu personnellement le découvreur, voire a été en ce temps « révolu », un des relayeurs de cette si exceptionnelle donnée. Nous pourrions citer le Bruant nain Emberiza pusilla (22 avril 1969, Jonage, 1er décembre 2012, La Feyssine), la Lusciniole à moustaches Acrocephalus melanopogon (6 avril 2010, Fontaine-sur-Saône) ou encore la Fauvette orphée Curruca hortensis (2 migratrices en avril 2010 à Montagny et avril 2016 à la Feyssine). Mais c’est sur la toute récente observation d’un Bruant des neiges Plectrophenax nivalis que nous allons nous attarder ici.

    Bruant des neiges ou Plectrophane des neiges ? Si le nom normalisé de Plectrophane des neiges (cela après qu’il ait été intégré à la famille des Embérizidés durant quelque temps, puis à nouveau versé dans celle des Calcariidés), est à nouveau préconisé, ce dernier n’est pas repris dans la LOF¹ (2020). Ainsi, pour cette note, c’est la dénomination « Bruant des neiges » qui a été retenue.

    Photo n°1 : Bruant des neiges Plectrophenax nivalis, Observatoire du Lac du Drapeau, Miribel-Jonage, Décines-Charpieu, 13 novembre 2024, Marcel CALLEJON

    Observation
    Un matin brouillardeux, mais relativement doux, de ce mois de novembre 2024, Marcel CALLEJON, depuis peu revenu de ses terres finnoises, entreprend son tour matinal quotidien du Grand Parc de Miribel-Jonage (Métropole de Lyon). Un classique, au pas de course, pour cet infatigable sportif moultes fois titré. Parvenu dans le secteur de l’observatoire du Drapeau, et alors qu’il aborde la passerelle flottante² installée depuis quelques mois entre les lacs, un passereau attire son attention. Celui-ci se présente d’abord posé sur une pierre, puis au sol où il se déplace rapidement (photo n°1). Pour une fois, l’identification est relativement aisée : un Bruant des neiges Plectrophenax nivalis !

    Très vite, Marcel diffuse l’information et l’oiseau sera admiré, du 13 au 16 novembre 2024, par nombre de passionnés, pour lesquels sa présence sera l’occasion, selon les cas, d’une coche départementale, régionale, voire tout bonnement nationale ; tous heureux de pouvoir l’observer de près⁴ (signes d’inquiétude, mouvements nerveux de la queue et des ailes, avec tête redressée, mais sans envol, à +/- 4 mètres).

    La présence de cet oiseau permettra d’apprécier, en plus de son apparence remarquable, la posture au sol « ramassée » propre à l’espèce en même temps que sa démarche « rasante » précipitée, le plus souvent préférée au vol, lorsqu’il s’agit de se déplacer de quelques mètres (en ce cas, une zone maintenue sans végétation, par le passage répété des usagers du site). Le cri de contact sera également entendu par quelques chanceux, à l’occasion de rares envolées.

    Présentation de l’espèce
    Le Bruant des neiges Plectrophenax nivalis est une espèce polytypique de passereau appartenant maintenant à la famille des Calcariidés qui compte 6 espèces dans le monde (tour de passe-passe des nomenclaturistes, au fur et à mesure des progrès de la génétique). En vol, il évoque une Niverolle alpine Montifringilla nivalis, espèce avec laquelle il a déjà été observé, quoique très exceptionnellement, mêlé (ainsi, le secteur du Pont de Frappe, Hautes-Alpes, en décembre 2012)⁵.
    C’est le plus nordique des passereaux, avec une aire de nidification allant, en Europe, jusqu’à la pointe nord du Groenland, l’Islande, l’Écosse et le nord de la Scandinavie (DEL HOYO 2020). Les zones d’hivernage sont surtout le pourtour de la Baltique (rarement plus à l’intérieur des terres), le littoral de la Mer du Nord et de la Manche.

    En halte migratoire, ce bruant terrestre recherche des biotopes proches de ceux qu’il fréquente en période de nidification. Ainsi, on le rencontre le plus souvent dans des milieux rocailleux à végétation rase (remarquablement la zone des sables supralittoraux, mais également dunaires⁶, les schorres…) ; il ne s’en rapproche pas moins de l’eau, et la laisse de mer est souvent prospectée.

    En plaine, les zones nues et travaillées ne sont pas évitées ; l’individu observé par Laurent MANDRILLON et Romain JULLIARD lors de la première mention locale à Dardilly (voir infra) se trouvait posé dans un champ labouré, de même que celui ayant fourni l’occasion d’une donnée iséroise (Gillonnay, 20 novembre 2021) pour l’auteur de ces lignes⁷.

    Enfin, comme évoqué plus haut, les zones montagneuses fournissent quelques données, ainsi : 5 individus en décembre 2004 du côté de Béna (1650m), Latour-de-Carol, Pyrénées-Orientales (CALVET A. 2007)⁸, et, plus récemment et plus proche de nous : 1 individu à la Crêt de Botte (environ 1350m),
    Véranne, Loire, en novembre 2010).

    Critères d’identification
    L’identification de ce bruant est facile. Comme dit plus haut, il ne pourrait être confondu, en plumage internuptial, qu’avec la Niverolle alpine, dont les marques blanches et noires aux ailes et à la queue sont quasi identiques. Mais les deux espèces ne fréquentent pas du tout les mêmes milieux, la Niverolle alpine restant en montagne où elle niche parfois jusqu’à plus de 3000 mètres et ne descendant que très exceptionnellement en-dessous de 500 mètres, sauf en cas de halte migratoire (DUBOIS et al. 2008).
    Le mâle nuptial est noir et blanc dessus et a la tête et les parties inférieures quasi entièrement blanches. En plumage internuptial, mâle ou femelle, la tête blanche avec une teinte brun-fauve aux parotiques et à la calotte et une sorte de croissant fauve à la poitrine, ne permettent guère d’erreur !

    Le dessus est un beau mélange de gris et de brun fortement strié de noir. Le bec est jaune, les pattes noires. Les ailes déployées apparaissent remarquablement contrastées, très blanches avec les rémiges primaires noires et une petite marque noire au coude (photos n°3 et 6). Les marques aux scapulaires et le gris du manteau, ainsi que la belle largeur du blanc sur l’aile pliée, nous indiquent qu’il s’agit d’un mâle. De même que le croupion, certes marqué de fauve, mais non strié (DUQUET 1993, HUME et al. 2023).

    Les rectrices paraissant pointues, le dessin des rémiges tertiaires, ainsi que les liserés blancs aux rémiges primaires (photo n°2), tendent à indiquer qu’il puisse s’agir d’un oiseau de première année (HUME et al. 2023).
    Enfin, la coloration du dessus, du croupion et du croissant de la poitrine indique, sans certitude toutefois, un oiseau de la sous-espèce P. n. nivalis du nord de l’Europe, plutôt que la sous espèce P. n. insulae d’Islande.

    Photo n°2 : Bruant des neiges Plectrophenax nivalis, Observatoire du Lac du Drapeau, Miribel-Jonage, Décines-Charpieu, 13 novembre 2024, Loïc LE COMTE

    Phénologie de présence hivernale en France
    En France, le Bruant des neiges est un hivernant rare, mais régulier (de 200 à 500 ind. – ISSA et al. 2015), en effectif très variable selon les années, qui se rencontre très majoritairement sur la façade littorale, de la frontière belge à la Gironde, en devenant autrement plus occasionnel dès le sud de la Loire (DUBOIS et al. 2000). Pour exemple, il représente un « classique » (pour qui recherche les raretés) de l’hiver à la Pointe du Hourdel, Cayeux-sur-Mer (80), ou du côté de la Digue d’Antifer, Saint-Jouin-Bruneval (76), pour ceux qui ont la possibilité d’y accéder, mais encore de la plage du Casino, au platier d’Oye (Pas-de Calais), ou encore de la baie des Veys (Manche). Sa répartition hivernale en France n’a guère changé depuis l’ouvrage de MAYAUD (1936).

    Il devient exceptionnel sur les rivages méditerranéens ainsi que dans l’intérieur des terres.

    Il commence à apparaître dès septembre (migrateurs automnaux), du côté du Finistère remarquablement, connaît un pic d’effectif courant octobre/novembre (arrivée des migrateurs stricts), puis une baisse continue, tout en poursuivant d’être noté jusqu’en avril, et parfois même mai (exemple récent : le 19 mai 2024 – Louc’h an Dreff, Kerlouan (29) – Axel BLONDEL). Avec même une date extrême d’un mâle nuptial le 5 juin 2011 à Plouvan, Finistère (Corentin MORVAN 2011). Lors de certains « gros » hivers (ex : 1996/1997), les effectifs sur le territoire national ont pu avoisiner le millier d’individus (YÉSOU 1998).

    Photo n°3 : Bruant des neiges Plectrophenax nivalis, Observatoire du Lac du Drapeau, Décines-Charpieu, 13 novembre 2024, Loïc LE COMTE. Noter la coloration remarquable de l’aile, visible en vol.CREATOR: gd-jpeg v1.0 (using IJG JPEG v62), quality = 80

    Discussion et conclusion
    An niveau local, cette observation est mythique à plus d’un titre. En effet, si l’espèce est citée par OLPHE-GALLIARD³ (1891) comme se montrant parfois en hiver, plus récemment, une seule donnée certaine est retenue pour le département du Rhône et la Métropole de Lyon (LE COMTE & TISSIER 2022) : un individu (une femelle adulte) observé le 13 avril 1988 sur le site « historique » du Carret, commune de Dardilly, par Laurent MANDRILLON et Romain JULLIARD, tel que rapporté dans l’Effraie (MANDRILLON 1989 ; RENAUDIER 1998), et dont nous reprenons ici la photo, malgré sa piètre qualité (photo n°4) due au fait que les appareils photos numériques n’existaient pas encore !

    Fiche de l’espèce
    Ordre des Passériformes
    Famille des Calcariidés
    Genre Plectrophenax
    Espèce Bruant des neiges
    Plectrophenax nivalis
    Longueur : 16-17 cm
    Envergure : 28-30 cm
    Masse : 28-42 g
    Statut en France : migrateur et hivernant rare
    Statut en région lyonnaise : accidentel

    Photo n°4 : Bruant des neiges Plectrophenax nivalis, le Carret, Dardilly, 13 avril 1988, Laurent MANDRILLON

    S’il n’est pas si rare de ne pouvoir que se désoler du « peu » (notion toujours très relative) de variété de la faune aviaire présente dans le secteur du Parc de Miribel-Jonage, surtout durant les semaines qui suivent le gros du passage postnuptial et alors que le froid n’a pas encore contraint à se déplacer franchement vers le sud les hivernants, la découverte d’une « vraie » rareté efface instantanément toutes les peines concédées. Les regroupements de passionnés – dans le souci du respect de la quiétude de l’oiseau – que cette dernière ne manque jamais de produire, est alors invariablement l’occasion de retrouvailles en même temps que d’échanges, qui font une grande part du charme de la pratique de l’ornithologie amateur !

    Marcel CALLEJON, Loïc LE COMTE, novembre 2024

    Remerciements
    Merci à Laurent MANDRILLON pour sa photo et sa mémoire de l’observation de 1988. Merci à Dominique TISSIER pour son aide à la rédaction de cette note, ainsi qu’aux relecteurs et traducteurs.
    Merci aussi à tous les observateurs qui ont agrémenté leurs mentions dans la base de données de magnifiques photos rendues possibles par la proximité de ce bruant, bien peu farouche !

    Notes
    ¹. LOF 2020 : Liste des Oiseaux de France, publiée par la CAF (Commission de l’Avifaune Française).
    ². Si le point de localisation faune-france « Observatoire du Drapeau » est situé dans le département de l’Ain, une fois n’est pas coutume, la passerelle flottante est, elle, bien localisée dans la Métropole de Lyon.
    ³. « Se montre quelquefois en Hiver. Un oiseleur de notre ville avait obtenu un sujet vivant, qui s’accoutuma bientôt à la captivité, cet oiseau se montrait effrayé lorsque l’on en plaçait un autre avec lui
    dans la même cage. Il n’a pas subi la mue au Printemps. » OLPHE-GALLIARD 1891.
    ⁴. Paul GÉROUDET rapporte que, si en groupe ce bruant se montre assez farouche, « l’individu isolé (lui) est plus confiant et se laisse souvent observer de près, remarque qui s’applique à beaucoup d’oiseaux » (GÉROUDET, 1999).
    ⁵. Observation de Marc CORAIL, ayant fait l’objet d’un article titré : Un bruant des neiges… en visite dans les Écrins, consultable ici : https://www.ecrins-parcnational.fr/actualite/un-bruant-des-neiges en-visite-dans-les-ecrins
    ⁶. https://www.patrinat.fr/fr/actualites/les-habitats-marins-benthiques-de-metropole-ont-enfin tous-leurs-papiers-didentite-7236
    ⁷. https://www.faune-isere.org/index.php?m_id=54&mid=105872
    ⁸. Sont compilées dans cet article les données suivantes : DUBOIS et al., 2000 : le Bruant des neiges est noté « assez régulier dans les Vosges alsaciennes », et
    « parfois à plus de 1000 m d’altitude (Vosges, Haute-Savoie, jusqu’à 1770 m dans les Alpes
    Maritimes). »
    DUQUET, 2003 : un individu observé en décembre 2002 à 1247 m d’altitude au Ballon d’Alsace, Territoire de Belfort. YÉSOU, 1998 : 4 individus le 1er novembre 1996 au sommet du Hohneck (1360m), Vosges.

    Bibliographie

    • Anonyme (2021). Un Bruant des neiges… en visite dans les Écrins. Parc national des Écrins.
      https://www.ecrins-parcnational.fr/actualite/un-bruant-des-neiges-en-visite-dans-les-ecrins
    • CAF (2020). Liste officielle des Oiseaux de France. Ornithos n°27-3, 170-185.
    • CALVET A. (2007). Une observation de Bruants des neiges Plectrophenax nivalis en Capcir. Description de l’observation2007. Groupe ornithologique du Roussillon, 12 : 47-48.
    • DEL HOYO J. (2020). All the Birds of the World. Lynx Edicions, Barcelona. 970 pages.
    • DUBOIS P.J., LE MARÉCHAL P., OLIOSO G. & YÉSOU P. (2008). Nouvel Inventaire des Oiseaux de France. Delachaux et Niestlé, Paris, 560 pages. Pages 494-495.
    • DUQUET M. (réd.) (1993). La Faune de France, Inventaire des Vertébrés et principaux Invertébrés. ECLECTIS, MNHN sous la direction d’Hervé MAURIN, Paris, 464 pages. Page 256.
    • GÉROUDET P. (1999). Les passereaux d’Europe : tome 2 : de la bouscarle aux bruants. Delachaux et Niestlé, 512 pages.
    • ISSA N. & MULLER Y. (2015). Atlas des oiseaux de France métropolitaine : nidification et présence hivernale Nidification et présence hivernale. Vol. 2 : des Ptéroclididés aux Embérizidés. 1408 pages.
    • HUME R., STILL R., SWASH A. & HARROP H. (2023). Guide expert des Oiseaux d’Europe, manuel d’identification photographique. Biotope Éditions, Mèze, 640 pages. Page 509.
    • LE COMTE L. & TISSIER D. (2022). Les Oiseaux du Rhône et de la Métropole de Lyon. 2è édition. Chante-Éditions, Lyon, 289 pages.
    • MANDRILLON L. (1989). La migration des oiseaux à Dardilly (69-Monts du Lyonnais). L’Effraie n°7, 61-90, CORA-Rhône, Lyon.
    • MAYAUD N. (1936). Inventaire des Oiseaux de France. Société d’Études ornithologiques. André BLOT éditeur, Paris, 220 pages.
    • MORVAN C. (2011). Présence tardive d’un Bruant des neiges Plectrophenax nivalis en Bretagne. Ornithos 18-5, 318-320.
    • OLPHE-GALLIARD L. (1891). Catalogue des Oiseaux des environs de Lyon. Imprimerie PITRAT,
      Lyon. : 74 pages. Réédité quasi intégralement et commenté dans l’Effraie n°48, D. TISSIER 2018.
    • RENAUDIER A. (1998). Les oiseaux du Rhône ou Catalogue des Oiseaux du Lyonnais. L’Effraie n°13,
      15-35, CORA-Rhône, Lyon.
    • YÉSOU P. (1998). Afflux de Bruants des neiges Plectrophenax nivalis en France (sept. 1996 – mai
      1997). Ornithos 5 : 180-187.
    Photo n°5 : Bruants des neiges Plectrophenax nivalis, plage de Saint-Aubin-sur-Mer (Seine-Maritime), 23 février 2022, Loïc LE COMTE. L’espèce est moins rare sur le littoral du nord et nord-ouest de la France.

    Résumé
    La présence d’une espèce exceptionnelle pour la région lyonnaise, ici le Bruant des neiges Plectrophenax nivalis, trouvé le 13 novembre 2024 au parc de Miribel-Jonage (Métropole de Lyon)
    représente la seconde mention locale de l’espèce, mais aussi un moment fort pour la communauté ornithologique lyonnaise. Sont ici indiquées les circonstances de cette découverte et de quelle manière elle s’inscrit dans l’histoire naturaliste locale. Sont ensuite abordés quelques critères d’identification, la phénologie de présence hivernale de l’espèce, ainsi que les milieux fréquentés. Enfin, quelques données remarquables sont rapportées.

    Summary
    The presence of an exceptionally rare species for the Lyon region, here the Snow Bunting Plectrophenax nivalis, found on November 13, 2024 at the park of Miribel-Jonage (Métropole de Lyon) represents the second local record of the species, but also a highlight for the Lyon ornithological community. The circumstances of this discovery and how it fits into the local natural history are indicated here. Some identification criteria, the phenology of winter presence of the species and the typical habitats are then discussed. Finally, some remarkable data are mentioned.

    Resumen
    La presencia de una especie excepcional para la región de Lyon, aquí el Escribano nival Plectrophenax nivalis, encontrado el 13 de noviembre de 2024 en el parque de Miribel-Jonage (Métropole de Lyon) representa la segunda mención local de la especie, pero también un momento importante para la comunidad ornitológica de Lyon. Se indican las circunstancias de este descubrimiento y cómo se inscribe en la historia naturalista local. Se abordan a continuación algunos criterios de identificación,la fenología de presencia invernal de la especie, así como los ambientes frecuentados. Por último, se presentan algunos datos notables.

    Photo n°6 : Bruant des neiges Plectrophenax nivalis, Observatoire du Lac du Drapeau, Décines-Charpieu, 13 novembre 2024, Loïc LE COMTE.
    Illustration sans titre
  • Premières preuves de deux reproductions successives réussies d’un couple d’Œdicnèmes criards dans le département du Rhône

    Loïc LE COMTE, Dominique TISSIER – LPO Rhône

    Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L., TISSIER D. Premières preuves de deux reproductions successives
    réussies d’un couple d’Œdicnèmes criards dans le département du Rhône. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 44 : 4-14.

    Introduction
    L’Œdicnème criard Burhinus oedicnemus est une espèce bien implantée, quoiqu’en petit effectif, dans le département du Rhône et Lyon Métropole (TISSIER 2006) et bien étudiée depuis 1998 par le CORA Rhône, puis par la LPO Rhône (rapports d’études cités en bibliographie). 44 :

    Les couples nicheurs s’installent dans les parcelles agricoles (principalement le maïs), le vignoble beaujolais, mais aussi dans des zones industrielles, friches, carrières, aérodromes, etc. On constate fréquemment que la première nidification échoue, les poussins étant victimes de la prédation des chats domestiques ou des corvidés, parfois du Milan noir Milvus migrans. Même avant l’éclosion, les œufs peuvent être détruits par les mêmes prédateurs, mais surtout par les engins agricoles puisque les œufs sont déposés à même le sol. Dans l’Est lyonnais où un grand Programme de Sauvegarde est mené depuis mars 2015 (voir encadré), une équipe de la LPO Rhône protège les nids, en accord avec les agriculteurs, pour limiter ces destructions (voir par exemple ADLAM et al. 2016).

    En cas de disparition de ses œufs ou de ses poussins, un couple nicheur entreprend presque systématiquement une deuxième ponte, dite « ponte de remplacement », parfois même une troisième ponte, souvent dans la même parcelle.

    Photo n°1 : Œdicnèmes criards, femelle et poussins, Saint-Priest (Rhône), 10 mai 2017, D. TISSIER

    Pour prendre un exemple particulièrement bien suivi, en 2016, dans une zone industrielle (plateforme gravillonnée aménagée pour une prochaine construction) à Manissieux, où l’observation est facile, malgré le grillage, et à relativement courte distance, une première couvaison est notée le 24 avril, mais sans succès et avec des traces d’intrusion humaine. Le couple tente une deuxième ponte à partir du 5 mai, mais avec un nouvel échec. Une troisième couvaison est observée à partir du 9 juin au moins, avec
    cette fois deux poussins qui seront suivis du 4 juillet jusqu’au 30 août (alors âgés d’environ 8 semaines). En 2017, c’est très probablement ce même couple qui a également donné naissance à deux poussins, mais cette fois en première nidification avec l’éclosion vers le 20 avril (photo n°1).

    Ce quasi acharnement à se reproduire compense la forte mortalité des œufs et des poussins : on a estimé que seulement 60% (sur 44 couples en 2015) et 40% (sur 69 couples en 2016) environ sont arrivés à l’envol. C’est ce qui explique sans doute la survie de l’espèce dans des secteurs très urbanisés au sein même de l’agglomération lyonnaise, comme Corbas, Décines, Vénissieux ou Saint Priest, où les perturbations sont fréquentes.
    La protection des nids dans les parcelles agricoles avec le concours des agriculteurs, mise en œuvre dans le cadre du Plan de Sauvegarde, améliore aussi ce taux de jeunes à l’envol qui n’était estimé auparavant qu’à 20 ou 30%. Sans cette protection, l’espèce disparaîtrait sans doute inéluctablement de ce secteur soumis à une forte pression d’urbanisation.

    Ces pontes de remplacement sont plus difficiles à observer dans les parcelles de maïs où, en juin et juillet, les tiges deviennent trop hautes pour repérer les oiseaux. Il n’y a que de très rares cas où l’on a pu observer des poussins entre des rangs de maïs. La situation est différente dans les friches industrielles, du moins pour celles où l’on peut approcher suffisamment sans provoquer l’envol des oiseaux, car alors la visibilité est meilleure. Il en est de même dans les bassins de rétention d’eaux où plusieurs couples sont suivis.

    Photo n°2 : Œdicnème criard, femelle, Saint-Priest, mai 2017, D. TISSIER

    Le Plan Local de Sauvegarde de l’Œdicnème criard dans l’Est lyonnais et Porte de l’Isère, élaboré en 2014, a été lancé officiellement le 30 avril 2015. Son objectif est de trouver des solutions permettant d’allier la conservation de l’Oedicnème, en maintenant l’effectif nicheur, et l’aménagement d’un territoire à forts enjeux économiques, tout en préservant 12000 ha de surfaces agricoles.
    Ce Plan, unique en France, s’applique à un vaste territoire de 66000 ha dont 27520 favorables à l’espèce, à cheval entre les départements du Rhône et de l’Isère et abritant environ 80 à 90 couples nicheurs. Plusieurs partenaires y sont associés : la Métropole de Lyon, les communautés de communes de l’Est Lyonnais (CCEL) et du Pays de l’Ozon (CCPO), la communauté d’agglomération des Portes de l’Isère (CAPI), la DREAL Rhône-Alpes, les Chambres d’Agriculture du Rhône et de l’Isère, les carrières UNICEM et les associations animatrices du plan : la LPO Rhône et l’association Porte de l’Isère Environnement (APIE).

    La présence surprenante de groupes d’oiseaux dans ces bassins a été découverte en 2014. En particulier, le grand bassin d’orage de l’aéroport de Saint-Exupéry donne lieu à des observations tout à fait étonnantes. Elles ont été largement décrites dans le numéro 39 de l’Effraie (TISSIER 2015). Ce bassin abrite des oiseaux apparemment non nicheurs (entre 10 et 25 – max de 67 le 3 septembre 2017), mais aussi deux ou trois couples nicheurs qui cohabitent avec les autres individus sans trop d’interaction. Dans la zone d’étude du Plan de Sauvegarde de l’Est lyonnais, sept ou huit bassins, plus petits, abritent au moins un couple chacun (TISSIER 2017). L’utilisation de ces bassins n’est pas rapportée dans le remarquable ouvrage, pourtant très complet, de VAUGHAN (2005) et ne semble pas avoir été constatée ailleurs. Ce type d’habitat n’est pas cité, ni dans CRAMPS, SIMMONS & PERRINS (1977-94), ni dans l’Atlas des Oiseaux Nicheurs de France (YEATMAN-BERTHELOT & JARRY 1994), ni par GEROUDET (1982), ni par MALVAUD (1996). Mais il est vrai que la rédaction de ces excellents ouvrages a dû être antérieure à la multiplication assez récente de ces bassins.

    C’est dans deux d’entre eux que l’on a pu suivre, en 2017, deux couples qui ont réussi une première reproduction, puis en ont entrepris une seconde !

    Cas de double reproduction dans la bibliographie
    Ces cas de deux reproductions successives menées avec succès par le même couple sont difficiles à observer, les conditions étant rarement réunies pour que l’étude prolongée de ce couple soit possible et le nombre d’heures à y consacrer étant considérable !

    Si l’on reprend l’ouvrage de VAUGHAN, « The laying of genuine second clutches, better termed double brooding, seems to be exceptional and to be restricted to certain populations » (VAUGHAN & VAUGHAN JENNINGS 2005). Il cite trois couples dans le Norfolk dans les années 2000 (KNIGHT in VAUGHAN in supra), un dans le Hampshire en 1999 (BEALEY et al. in supra), un à Viterbo (Italie) en 1987 (MESCHINI & FRANSCHETTI in supra), un en Crau en 1969 (VON FRISCH, MALVAUD in supra) et un dans le Sussex en 1938 (WALPOLE-BOND in supra). Des cas très anciens seraient cités par NAUMANN (1834) en Sicile et à Malte et par BUFFON (1784) à Malte (in supra).

    Ces cas de double reproduction sont donnés comme plus fréquents, voire réguliers, dans des ouvrages plus anciens, mais à une époque où les études sur l’espèce étaient moins importantes. Nous aurions tendance à penser qu’il y ait pu avoir parfois confusion avec des pontes de remplacement et à nous fier plutôt à VAUGHAN.

    Ainsi le « Normally one brood, but two almost certainly at times » de CRAMPS et al. fait référence à des publications antérieures à 1940.
    MAYAUD (1939) indique : « une seconde nichée, dès juin ou plus tardivement, est régulière, voire fréquente » (in YEATMAN BERTHELOT & JARRY 1974).

    GEROUDET (1982) nous laisse plus perplexes quand il écrit : « une seconde ponte normale en juin-juillet, voire en août, est assez régulière en France, peu fréquente en Angleterre et en Europe centrale ». Ceci ne correspond pas du tout à ce que l’on observe depuis l’intensification de nos suivis des couples nicheurs de ces dernières années. Nous voyons essentiellement des pontes de remplacement. De même, les habitats que l’on observe dans l’Est lyonnais ne correspondent pas du tout à ce qu’il en dit : « étendues sèches, à végétation maigre ou clairsemée, où ni sa vue, ni sa marche, ne rencontrent d’obstacles …… Il vit à l’écart des routes, des habitations et des foyers de lumière. …… Cet oiseau timide recule aussi dès que les campagnes sont sillonnées de routes, parcourues par les machines et parsemées de constructions ou d’éclairages excessifs ». Certes, Paul GEROUDET n’a pas pu venir dans le Grand Est lyonnais depuis le fort développement économique de ce secteur !!!… Un coup d’œil sur les deux cartes insérées dans cet article en convaincra nos lecteurs.

    A la LPO Rhône, nous n’avions jamais observé ces cas de double reproduction, malgré l’importance de nos études depuis les années 1990, ce qui ne veut pas dire évidemment qu’aucune n’ait eu lieu !…
    Les deux cas relevés en 2017 sont donc tout à fait exceptionnels. Le premier concerne un couple installé dans un bassin de rétention à Genas, au lieu-dit “Grandes Terres nord”, le second un couple dans un bassin de la zone de transfert logistique dite “CargoPort” de l’aéroport de Saint-Exupéry.

    Bassin de Genas – Grandes Terres
    Il s’agit d’un bassin de rétention d’eaux d’environ 0,53 ha, situé à côté d’une zone industrielle et de deux lotissements pavillonnaires, normalement relativement tranquille bien qu’à proximité de la Rocade autoroutière N346.
    A noter que le bassin voisin (dit de stockage), plus grand, est tout en bâche plastique et sans intérêt !

    Tous ces bassins sont construits suivant à peu près le même modèle avec deux bassins contigus : un bassin bâché plastique (membranes imperméables en polyéthylène de haute-densité PEHD) et un bassin au fond empierré (dit de rétention) utilisé par nos Burhinidés. Le fond est en galets avec quelques arbustes, les bords sont en pente assez raide troués de terriers de lapin, avec une rampe d’accès pour les véhicules d’entretien. L’ensemble est clôturé ce qui évite toute intrusion humaine et contribue à la relative tranquillité du lieu. Les chats venus des lotissements voisins constituent cependant une menace certaine pour les poussins. Ce bassin est presque toujours à sec, car ne recevant de l’eau qu’en cas de trop plein dans le bassin de stockage.

    Carte n°1 : Genas, les Grandes Terres, ZI encore en chantier sur la photo, champ et bassins, source Google Maps. Noter le caractère très urbanisé du milieu ! D’autres constructions sont prévues à court terme dans la partie sud.

    La première donnée de l’espèce date d’avril 2015 où un oiseau est observé par Paul ADLAM dans le cadre du Plan de Sauvegarde. Quelques oiseaux y sont notés en rassemblement postnuptial, de début septembre au 12 novembre 2016, d’autres, plus nombreux, étant présents dans le champ voisin (jusqu’à 100 le 15 octobre 2016 comptés par Bérengère TRICOIRE et Dominique TISSIER).

    Photo n°3 : bassin de rétention d’eaux à Genas, D. TISSIER

    Le 10 mars 2017, deux oiseaux sont observés, posés à 30 mètres de nous (Elodie ROSINSKI, Dominique TISSIER). Curieusement, ils ne s’envolent pas, alors que le groupe d’octobre était très craintif et décollait dès qu’on s’approchait. Les oiseaux restent tapis au sol, tout près de nous, dans les pierres (photo n°4), comme hypnotisés ! Ce qui nous incite à penser qu’ils veulent y entreprendre une nidification. Même chose le 21 mars. La couvaison est possible, mais très difficile à prouver compte tenu de la difficulté à s’approcher sans mettre les oiseaux en alerte. Le site n’est en effet pas accessible en voiture et l’approche à pied à découvert est vite détectée par les oiseaux !

    Photo n°4 : Œdicnème criard, Genas, mars 2017, E. ROSINSKI et D. TISSIER

    Le 24 avril (P. ADLAM) et le 8 mai (D. TISSIER), un seul oiseau est observé, mais reste caché sous les arbustes du fond du bassin sans s’envoler. A notre avis, compte-tenu de leur présence prolongée dans ce bassin, un couple doit y nicher, mais on ne peut pas l’observer sans se faire voir, donc s’il y a un nid ou des poussins, ils restent cachés. Idem le 15 mai où les deux adultes s’éloignent à notre arrivée, mais semblent toujours partir du même point (Elodie ROSINSKI, Dominique TISSIER).

    Mais l’obstination paie et, le 20 mai 2017, on a enfin la preuve de reproduction !… Ce matin, je (DT) m’approche, je vois un premier adulte qui se sauve en piétant, puis un oiseau qui est visiblement un jeune de l’année (pas de noir aux barres alaires, tache blanche ronde à l’arrière des parotiques bien visible) se sauve aussi en piétant. Un 3è oiseau s’envole sur 50 mètres, mais se repose dans le bassin, c’est aussi un adulte. Conclusion, il y a un jeune, au plumage bien neuf et déjà bien complet, peut-être âgé de 6 semaines, mais (à mon avis) pas encore tout à fait volant. La ponte aurait été déposée vers le 20-22 mars.

    Plus rien le 23 mai. Mais les jours suivants, du 27 mai au 6 juin, un oiseau est vu à chaque visite, s’écartant, dès qu’on arrive, vers le fond du bassin (P. ADLAM, L. LECOMTE, D. TISSIER).

    Le 9 juin, il y a bien deux adultes (D. TISSIER) ; l’un d’eux est couché au milieu du bassin. Il s’écarte quand il me voit. Je recule et reviens vingt minutes après. Je vois alors les deux oiseaux près du nid présumé. Je pense qu’ils couvent, donc en seconde ponte !…

    Et c’est bien confirmé le 13 juin (L. LE COMTE, D. TISSIER). Cette fois, la couvaison est certaine. En avançant très doucement vers le bassin, on voit un oiseau se lever et se mettre à l’abri d’un arbuste dans la pente, puis un second adulte s’écarte aussi du même coin. Mais il y revient très vite et se couche sur le nid !!!!! Voici donc le premier cas où l’on a quasiment la preuve que le couple a entrepris une seconde nidification après une première reproduction réussie.

    Malheureusement, le 20 juin, une troupe de gens du Cirque Fratellini s’est installée sur la petite plate bande entre le lotissement et les bassins ; une douzaine de véhicules, remorques, etc… occupe ce petit espace en prairie. Quelques dromadaires et chameaux se nourrissent dans les bassins !!!!!!! Nous réussissons à discuter avec un des forains, au début méfiant, puis plus détendu, en lui expliquant qu’on veut juste voir des oiseaux dans le bassin. On suppose qu’il n’y aura plus aucun Œdicnème, mais si !!!!… Les deux oiseaux sont encore là près du nid présumé !!!! La couvaison semble se poursuivre… On demande aux forains de ne pas pénétrer dans les bassins si possible, ce qu’ils acceptent. Reste à savoir si notre couple va continuer à couver ?… Les oiseaux sont capables de repousser l’avance vers le nid des dromadaires (enfin, c’est espéré !!!), puisque constaté dans des prairies face à des chevaux ou des vaches…

    Le 10 juillet, le Cirque est encore là, devant les bassins ! On est passé quand même ; personne, à part les dromadaires, chèvres et lamas. Mais pas vu d’Oedicnèmes dans le bassin empierré ! Même chose le 17 juillet, un aurochs est dans le premier bassin, un dromadaire dans le second !… Le 24, le Cirque est parti, mais aucun Oedicnème ! Il est à craindre qu’ils aient abandonné le nid. Pourtant, l’éclosion des œufs, s’ils n’ont pas été détruits rapidement, a dû avoir lieu approximativement entre le 20 juin et le 3 juillet. Si l’on est très optimiste, on pourra supposer que les adultes ont emmené leurs poussins en dehors du bassin, bien qu’il n’y ait guère de zones bien favorables à proximité.

    Nous restons donc un peu déçus de ne pas avoir pu voir de poussins. Heureusement, un autre couple allait nous donner cette opportunité !

    Bassin de CargoPort
    C’est le 20 juin 2016 que Fabrice BASSOMPIERRE rapporte dans la base de données www.faune rhone.org la présence d’un couple d’Œdicnèmes criards dans un bassin de rétention d’eaux du site CARGOPORT dans la zone de transfert logistique de l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry. Mais la donnée échappe à notre attention et ce n’est que l’année suivante que le même observateur, qui passe quotidiennement dans le secteur pour des raisons professionnelles, signale un oiseau le 15 mai près du bassin.

    Le 20 mai au matin, je (DT) découvre alors ce site, entre la ligne TGV et l’aéroport lui-même (carte n°2), et… je vois tout de suite deux adultes avec deux poussins âgés d’environ 4-5 semaines au fond de ce bassin de rétention, pas très grand (environ 0,5 ha), mais bien empierré et toujours à sec. Notons qu’il faut s’approcher très doucement et rester à au moins cinq mètres du grillage sans aller évidemment s’y plaquer, sinon les oiseaux s’envolent. Dès qu’on voit les oiseaux bouger et monter la pente du fond du bassin, il faut reculer !

    Carte n°2 : la zone de CargoPort entre la ligne TGV et l’aéroport, source Google Maps. Noter la ligne TGV à moins de 100 mètres des oiseaux et l’abondance des bâtiments industriels qui amène une noria de camions et autres véhicules lors des jours de travail !
    Photo n°5 : bassin de rétention d’eaux de CargoPort, mai 2017, D. TISSIER

    Les deux jeunes sont revus le 3 juin 2017 (L. LE COMTE, D. TISSIER) avec les adultes. Ils sont alors probablement volants. La première reproduction a donc réussi. Le 13 juin, un adulte est aperçu (V. BOURGOGNE). Le 19 juin, les jeunes ne sont pas présents, mais les adultes semblent couver de nouveau et entreprendre donc une seconde nidification (P. ADLAM) !….

    Les deux jeunes sont revus le 3 juin 2017 (L. LE COMTE, D. TISSIER) avec les adultes. Ils sont alors probablement volants. La première reproduction a donc réussi.

    Le 13 juin, un adulte est aperçu (V. BOURGOGNE).

    Le 19 juin, les jeunes ne sont pas présents, mais les adultes semblent couver de nouveau et entreprendre donc une seconde nidification (P. ADLAM) !….

    10 juillet : le couple couve encore. En s’approchant du grillage avec la voiture, pour minimiser le dérangement, le couveur reste en place. Au bout de cinq minutes, il se lève et s’éloigne de 15 mètres.
    On voit alors aux jumelles 15×50 les deux œufs dans le « nid » !!!!….. Puis le couveur revient se placer sur les œufs ! L’autre adulte est en bord de bassin, immobile (L. LE COMTE, D. TISSIER).

    Grosse surprise ce matin-là, puisqu’une Chevêche d’Athéna Athene noctua passe devant nous en vol et vient se poser dans la pente du talus près d’un terrier de lapin ! On la reverra les semaines suivantes entrer dans un terrier (note en cours de rédaction)…

    17 juillet : comme prévu, les poussins sont nés dans la semaine. Ils ont environ 4 ou 5 jours (photo n°6),car déjà assez vivaces ; observés, après une attente d’un bon quart d’heure, près du mâle, au bas de la pente « sud », puis rejoints par la femelle. Le mâle s’éloigne doucement et semble chercher de la nourriture (photo n°7), mais « nous regarde » méfiant (L. LE COMTE, D. TISSIER). Nous ne prolongeons pas trop notre visite pour les laisser tranquilles !

    24 juillet : les deux poussins sont encore vivants (photo n°8) ! Les parents, d’abord inquiets quand j’approche ma voiture, les nourrissent aux quatre coins du bassin. Les petits n’ont pas l’air d’apprécier une petite averse et se réfugient sous les ailes de la femelle ! Le mâle fait un curieux bond en l’air, les ailes écartées… A noter que j’ai été contrôlé par un gendarme (tous les sites autour de l’aéroport sont surveillés et il faut avoir ses papiers d’identité sur soi à chaque passage – c’est bien d’avoir aussi un flyer sur la LPO ou sur le Programme de Sauvegarde à remettre aux gendarmes pour en profiter pour les informer sur ce que l’on fait ; certains sont très intéressés).

    1er août : les deux poussins sont encore bien vivants (à 19-20 jours). Ils se dissimulent derrière les petits arbustes comme les adultes, en l’absence de creux pour se tapir.

    20 août : les deux poussins, âgés de 38-39 jours, sont avec les deux adultes (photos n°9 et 10). Un parking provisoire (avec gardiennage jour et nuit) a été installé dans la prairie contiguë au bassin pour compléter les parkings de l’aéroport, insuffisants en août !!!! Mais sans dommage pour nos oiseaux.

    26 et 29 août, 3 septembre : la famille est au complet dans le bassin.

    Photo n°6 : Œdicnèmes criards, femelle et ses deux poussins, CargoPort, 17 juillet 2017, Loïc LE COMTE

    Nous tenons donc notre cas de double reproduction avec ce couple qui a réussi deux nidifications et donné naissance à deux poussins pour chacune d’elle. Évidemment, les esprits chagrins ou trop pointilleux pourront prétendre que ce n’est pas forcément le même couple qui a réussi ces deux reproductions. Certes, on n’en a pas la preuve absolument formelle puisque les oiseaux ne sont pas marqués ou bagués ! Mais, vu le peu de temps écoulé entre l’observation des deux premiers jeunes avec leurs parents et la seconde couvaison dans le même bassin (16 jours), il n’y a pour nous aucun doute !

    Photo n°7 : Œdicnème criard, mâle, CargoPort, 17 juillet 2017, Loïc LE COMTE
    Photo n°8 : Œdicnèmes criards, mâle et ses deux poussins, CargoPort, 24 juillet 2017, D. TISSIER

    Conclusion
    Les nombreux programmes d’études et de protection de l’Œdicnème criard réalisés dans le département du Rhône par la LPO Rhône ont permis d’accumuler des données intéressantes, parfois surprenantes, sur cette espèce. Nous observons souvent des pontes de remplacement des couples ayant échoué dans leur première nidification. En 2017, nous avons pu observer pour la première fois un cas de double reproduction d’un couple d’Œdicnèmes criards dans un bassin de rétention d’eaux, avec succès des deux reproductions successives donnant chacune deux poussins à l’envol.
    Le cas est exceptionnel, en tout cas très rarement constaté du fait de la grande discrétion et de la difficulté d’approche de cette espèce énigmatique.


    – ADLAM P., BOURGOGNE V. & TISSIER D. (2017). Plan de sauvegarde de l’Œdicnème criard Burhinus oedicnemus dans le Rhône : résumé du rapport annuel 2016. L’Effraie n°43 : 18-27. LPO
    Rhône, Lyon.
    – ADLAM P., HUGON M., D’ADAMO C. & LIENARD F. (2015). Plan de Conservation de l’Œdicnème criard : rapport annuel 2015. LPO Rhône et APIE, rapport d’animation, Lyon.
    – ADLAM P., HUGON M., D’ADAMO C. & LIENARD F. (2016). Plan de Conservation de l’Œdicnème criard : rapport annuel 2016. LPO Rhône et APIE, rapport d’animation, Lyon.
    – BEALEY C.E., GREEN R.E., DOBSON R., TAYLOR C.R. & WINSPEAR R. (1999). Factors affecting the numbers and breeding success of Stone Curlew Burhinus oedicnemus at Porton Down, Wiltshire. Bird Study 46: 145-156.- CHAZAL R., TISSIER D. et CORA (2005, 2006 et 2007). L’Œdicnème criard dans la Communauté Urbaine de Lyon. CORA-Rhône, rapports d’étude, Grand Lyon.
    – CHAZAL R. & TISSIER D. (2007). Programme de sauvegarde de l’Œdicnème criard Burhinus oedicnemus dans le Grand Lyon. Ornithos n°14-6 : 365-369.
    – CRAMP S., SIMMONS K.E.L. & PERRINS C.M. (1977-94). The Birds of the Western Palearctic. Vol. 3 : 67-79. Oxford University Press.
    – D’ADAMO Ch., DALLARD R. & CORA (2008). L’Œdicnème criard dans la Communauté Urbaine de Lyon. CORA-Rhône, rapport d’étude, Grand Lyon.
    – GAGET V., TISSIER D. & CORA (1998, 1999, 2000, 2001 et 2002). L’Œdicnème criard dans la Communauté Urbaine de Lyon. CORA-Rhône, rapports d’étude, Grand Lyon.
    – GAGET V., TISSIER D., GAILLARDIN Ch. & CORA (2004). L’Œdicnème criard dans la Communauté Urbaine de Lyon. CORA-Rhône, rapport d’étude, Grand Lyon.
    – GEROUDET P. (1982). Limicoles, gangas et pigeons d’Europe. Tome 1. Delachaux & Niestlé, Paris, 240 pages.
    – GEROUDET P. (mise à jour de G. OLIOSO, 2008). Limicoles, gangas et pigeons d’Europe. Delachaux & Niestlé, Paris, 606 pages.
    – GREEN R.E. & GRIFFITHS G.H. (1994). Use of preferred nesting habitat by stone curlews Burhinus oedicnemus in relation to vegetation structure. J. Zool. Lond. 233: 457-471.
    – LPO Rhône (2017). Base de données naturalistes : www.faune-rhone.org.
    – MALVAUD F. (1995). L’Œdicnème criard en France : résultats d’une enquête nationale (1980-1993). Groupe Ornithologique Normand, Caen.
    – MALVAUD F. (1996). L’Œdicnème criard en France : résultats et effectifs. Ornithos Vol. 2 n°2,
    77-81.
    – MAYAUD N. (1936). Inventaire des Oiseaux de France. SEO, Paris.
    – TISSIER D. (2006). Répartition de l’Œdicnème criard Burhinus oedicnemus dans le Rhône. L’Effraie n°19 : 7-22. CORA-Rhône, Lyon.
    – TISSIER D. (2015). Note sur de curieuses observations d’un groupe d’Œdicnèmes criards en
    période de nidification. L’Effraie n°39 : 11-20. LPO Rhône, Lyon.
    – TISSIER D. (2017). Nidification de l’Œdicnème criard dans des bassins de rétention d’eau en région lyonnaise. Ornithos (à paraître).
    – VAUGHAN R. & VAUGHAN-JENNINGS N. (2005). The Stone Curlew Burhinus oedicnemus. Isabelline Books, Falmouth, 345 pages.
    – YEATMAN-BERTHELOT D. & JARRY G. (1994). Nouvel Atlas des oiseaux nicheurs de France, 1985-1989. Société Ornithologique de France, Paris.

    Résumé
    Un grand Programme de Sauvegarde de l’Œdicnème criard Burhinus oedicnemus dans le Grand Est lyonnais concerne 60000 hectares et 80-90 couples nicheurs. Leur suivi et celui de leurs poussins sont réalisés par la LPO Rhône depuis 2015. De nombreux couples voient leur première nidification échouer et entreprennent une, voire deux pontes de remplacement. Mais, pour la première fois dans le département du Rhône, une double reproduction a pu être observée et prouvée : un couple a réussi deux reproductions successives dans la même saison 2017. La première éclosion a eu lieu vers le 15-20 avril et la seconde vers le 12-13 juillet, dans un bassin de rétention d’eaux, milieu inhabituel, qui semble n’être utilisé que dans l’Est lyonnais. Le couple a donné naissance à deux fois deux poussins, ce qui est exceptionnellement observé.

    Summary
    An important Conservation Program of the Stone-curlew Burhinus oedicnemus in a large area to the east of Lyon covering 60000 hectares concerns 80-90 pairs. The follow-up of adults and chicks has been carried out by LPO Rhône since 2015. Many pairs see the failure of their first broods and begin one, or even two replacement broods. But, for the first time in the Rhône department, a double brood was observed and proved: a pair successfully reared two successive broods in the same 2017 breeding season. The first hatching took place around April 15-20th and the second around July 12-13th, in a floodwater retention basin, an unusual habitat, which seems to be used only in the East of Lyon. The pair reared two chicks twice, which is a most exceptional occurrence.

    Photo n°9 : adulte (au centre) et jeunes de 38-39 jours, Colombier-Saugnieu, Cargoport, 20 août 2017, D. TISSIER.
    Photo n°10 : adulte (à droite) et jeune de 38-39 jours, Colombier-Saugnieu, Cargoport, 20 août 2017, L. LE COMTE.

    ____________________________________________

    Article originairement paru in : L’EFFRAIE n° 44

    Illustration sans titre
  • Synthèse des contrôles de bagues de Mouettes rieuses Chroicocephalus ridibundus, effectués à la Métropole de Lyon durant la période hivernale 2021/22

    Loïc LE COMTE, Simon PIQUÉ

    Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L., PIQUÉ S. (2022). Synthèse des contrôles de bagues de Mouettes rieuses Chroicocephalus ridibundus, effectués à la Métropole de Lyon durant la période hivernale 2021/22. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 56 : 22-30.

    Mots clés : Larus ridibundus, Mouette rieuse, Oiseaux bagués, Science participative, baguage des oiseaux.

    Résumé : Contrôles de bagues de Mouettes rieuses Chroicocephalus ridibundus fréquentant la Métropole de Lyon, du 15 octobre 2021 au 17 février 2022. Le bilan est de 15 contrôles intégraux ayant fait l’objet de rapports, 6 contrôles partiels, 3 relectures pluriannuelles ; le tout en provenance de 9 pays. Ceci, réalisé avec une pression d’observation d’une moyenne de 4 heures hebdomadaires, sans prospection exhaustive des sites propices connus.

    Summary : Checks of rings on Black-headed Gulls Chroicocephalus ridibundus visiting the Métropole de Lyon, from October 15, 2021, to February 17, 2022. The results show consists of 15 complete checks that have been the subject of reports, 6 partial checks, 3 multi-year checks; all of birds from 9 countries. This was carried out with an average observation time of 4 hours per week, without exhaustive exploration of known suitable sites.
    Keywords: Larus ridibundus, Black-headed Gull, Ringed birds, Citizen science, Bird ringing.

    Introduction
    De novembre à début décembre 2020, dans un contexte de confinement COVID-19, nous avions procédé, Kevin GUILLE et Loïc LE COMTE, à un suivi des Mouettes rieuses fréquentant le Centre nautique Tony Bertrand à Lyon 7è (LE COMTE & GUILLE 2021).
    Cet hiver, et en l’absence de Kevin GUILLE, en déplacement sous des cieux antarctiques, mais largement motivés par l’engouement de Simon PIQUÉ, nos observations, moins centrées sur la célèbre piscine de la Guillotière et ses abords, nous ont à nouveau autorisé un certain nombre de contrôles riches en informations et émotions.
    Nous vous en proposons ici la synthèse.

    NDLR : la Mouette rieuse ne niche pas dans la Métropole de Lyon, ni dans le département du Rhône, faute d’étangs propices à sa nidification, mais elle y est assez commune en hivernage d’octobre à février, en particulier sur le fleuve Rhône, dans le Grand Parc de Miribel-Jonage et le réservoir du Grand Large, ainsi que dans la vallée de la Saône (LE COMTE & TISSIER 2019)

    I. Contexte
    A) Lieux prospectés

    • Centre nautique Tony Bertrand, dont sa célèbre piscine extérieure nord – Lyon 7è
    • Confluent Rhône-Saône – Lyon 2è
    • Gué du Morlet (sur la plage située côté poste de sécurité) – Vaulx-en-Velin
    • Le Grand Large sud (pontons à la jonction « Chemin de halage » et Avenue du Carreau) – Vaulx en Velin
    • Les Étroits – La Mulatière – Lyon 5è
    • Pont Schuman (abords aval) Lyon 9è

    B) Dates extrêmes
    Du 15 octobre 2021 au 17 février 2022.


    C) Observateurs
    Timéo CONSTANT, Loïc LE COMTE, Simon PIQUÉ, Dominique TISSIER


    D) Limites de l’exercice
    Dans un premier temps très orienté « Piscine du Centre nautique Tony Bertrand », des impératifs personnels nous ont conduits à des prospections, qui, pour l’un de nous, l’ont fait se concentrer sur la rive droite du secteur aval du pont Schuman (localisable uniquement à partir du pont Masaryk dans Visionature), côté rive droite. Nous sommes donc ici en bord de Saône.
    On notera qu’en 2020 a pu être dûment vérifiée l’interconnexion entre les rassemblements observés sur le Rhône et ceux suivis sur la Saône, avec T5MO (27/01/2021) contrôlée et au Centre nautique Tony Bertrand et sur la rive droite de la Saône, reposoir du quai Schuman. Toujours relativement aux contraintes personnelles, certains sites n’auront pas ou très peu été prospectés (ex. : écluse de Pierre-Bénite, dortoir du Grand Large, celui de la Feyssine, etc.).
    Enfin, les heures de prospection n’ont que dans une faible proportion (essentiellement le fait de Simon PIQUÉ) coïncidé avec celles des rassemblements (en gros, le crépuscule). Nous avons le plus souvent observé lors des fins de matinées et/ou des débuts d’après-midi.

    II. Données recueillies
    A) Résumé commenté des historiques
    Nota : si un même oiseau a été observé à plusieurs reprises, dans un même lieu, seul le premier contrôle est repris ici.

    XT57 – Métal : IA 123691
    Date de contrôle : 16/10/2021, Pont Schuman, Lyon
    Pays d’origine : Allemagne
    Date de baguage : 30/06/2015 (H1 au moment de notre contrôle)
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 823
    Âge au jour du contrôle : 2300 jours
    Note : premier contrôle hors zones d’estivage


    White S7NU – Métal : HRZ LSO4688

    Date de contrôle : 17/10/2021, Centre nautique Tony Bertrand, Lyon
    Pays d’origine : Croatie
    Date de baguage : 21/01/2018
    Âge lors du baguage : adulte
    Distance linéaire (km) : 866
    Âge au jour du contrôle : non estimable
    Note : donc baguée en hiver, sur le site de la décharge de Jakuševec présentée sur le blog « luka & ringing » de Luka Jurinović.

    ES19454
    Date de contrôle : 18/10/2021, Centre nautique Tony Bertrand, Lyon
    Pays d’origine : Tchéquie
    Date de baguage : 02/06/2011
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 979
    Âge au jour du contrôle : 3791 jours
    Note : aucun autre contrôle rapporté, dans l’intervalle, alors que sujet âgé de plus de 10 ans !


    ES25713
    Date de contrôle : 21/10/2021, Centre nautique Tony Bertrand, Lyon
    Pays d’origine : Tchéquie
    Date de baguage : 11/05/2014
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 1105
    Âge au jour du contrôle : 2720 jours
    Note : contrôlée le 5 novembre 2020, par Kevin GUILLE, au Centre nautique Tony Bertrand ! Seuls nous et Kevin l’avons contrôlée depuis qu’elle a été baguée !


    Blue T80Y – Métal : code non repris dans l’historique
    Date de contrôle : 23/11/2021, Pont Schuman, Lyon
    Pays d’origine : Pologne
    Date de baguage : 04/06/2021 ((H1, au moment de notre contrôle)
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 1327
    Âge au jour du contrôle : 172 jours
    Note : aucun autre contrôle rapporté !


    White Z53P – Métal : CZP ET9343
    Date de contrôle : 02/12/2021, Gué du Morlet, Vaulx-en-Velin
    Pays d’origine : Tchéquie
    Date de baguage : 01/05/2015
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 1095
    Âge au jour du contrôle : 2406 jours
    Note : déjà contrôlée en 2017 (16 et 19 janvier) et 2020 (20 janvier), même lieu. Aucune donnée « hivernale », où que ce soit, dans intervalle !


    ST 223198
    Date de contrôle : 17/12/2021, Pont Schuman, Lyon
    Pays d’origine : Finlande
    Date de baguage : 25/06/2009
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 2294
    Âge au jour du contrôle : 4558 jours
    Note : aucun autre contrôle rapporté !

    Yellow T7T8 – Métal : code non repris dans l’historique
    Date de contrôle : 19/12/2021, les Étroits/Saône, la Mulatière
    Pays d’origine : Pologne
    Date de baguage : 22/11/2016
    Âge lors baguage : adulte
    Distance linéaire (km) : 1118
    Âge au jour du contrôle : 1853 jours
    Note : baguée adulte, en hivernage.


    Blue NM10 – Métal : Barcelona ICO K000116
    Date de contrôle : 02/01/2022, Centre nautique Tony Bertrand et 08/01/2022 au confluent
    Pays d’origine : Espagne
    Date de baguage : 07/02/2021
    Âge lors du baguage : adulte
    Distance linéaire (km) : à calculer : 601
    Âge au jour du contrôle : inconnu
    Note : baguée adulte, en hivernage.

    La lecture de son historique permet d’évoquer le cas de bagues posées alors que l’individu est adulte, et donc sûrement originaire d’une zone géographique autre que celle de son lieu de baguage. Ici, et dans le contexte d’une présence hivernale, on peut raisonnablement tabler sur une origine est ou nord européenne. On notera que certains historiques révèlent le cas encore différent d’oiseaux possédant une première bague DARVIC détériorée, et qu’à l’occasion d’une recapture, on équipe d’une autre DARVIC au code différent. La bague « métal » d’origine reste, elle, inchangée sauf cas d’extrême usure.

    Photo n°1 : exemple de DARVIC cassée : Mouette rieuse – Black-headed Gull (Chroicocephalus ridibundus) Lituanie, Kaunas, Villers-sur-Mer (Calvados), France, 2 août 2021. LE COMTE Loïc.

    Blue TH93 – Métal : code non repris dans l’historique
    Date de contrôle : 07/01/2022, Pont Schuman, Lyon
    Pays d’origine : Pologne
    Date de baguage : 15/06/2021 (H1, au moment de notre contrôle)
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 1330
    Âge au jour de notre contrôle : 206 jours


    Yellow EJ10 – Métal : BRUS/6T51999

    Date de contrôle : 24/01/2022, Gué du Morlet, Vaulx-en-Velin
    Pays d’origine : Belgique
    Date de baguage : 16/06/2019
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 563
    Âge au jour du contrôle : 953 jours


    HA03806
    Date de contrôle : 25/01/2022, Pont Schuman, Lyon
    Pays d’origine : Lituanie
    Date de baguage : 13/06/2017
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 1581
    Âge au jour du contrôle : 1687 jours
    Note : déjà contrôlée au Centre nautique Tony Bertrand (Piscine du Rhône), le 20 novembre 2020 !


    ES60152
    Date de contrôle : 01/02/2022, Pont Schuman, Lyon
    Pays d’origine : Tchéquie
    Date de baguage : 25/05/2021
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 1104
    Âge au jour du contrôle : 251 jours


    TX7X
    Date de contrôle : 01/02/2022, Pont Schuman, Lyon
    Pays d’origine : Pologne
    Date de baguage : 26/05/2018
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 1111
    Âge au jour du contrôle : 1347
    Note : déjà contrôlée au Centre nautique Tony Bertrand (Piscine du Rhône) le 5 novembre 2020 !


    H2LA – Métal : 5H07263
    Date de contrôle : 17/02/2022, le Grand Large, Vaulx-en-Velin
    Pays d’origine : Hongrie
    Date de baguage : 30/05/2020
    Âge lors du baguage : poussin
    Distance linéaire (km) : 1050
    Âge au jour du contrôle : 628
    Note : déjà contrôlée, même lieu, le 25 février 2021.

    C) Localisation des lieux de baguage (carte n°1)

    Carte n°1 : lieux de baguage des Mouettes rieuses contrôlées dans la Métropole de Lyon en hiver 2021-22

    D) Lectures partielles
    Nota : ne sont pas listées ici les observations de bagues n’ayant pu faire l’objet de la lecture du moindre élément de code. En effet, si cela reste important à rapporter dans la base, les motifs de l’échec ne sont pas toujours clairement précisés. Or, cela peut être le fait de facteurs aussi divers que les conditions de lumière (contre-jour, faible luminosité), la distance et même l’usure de la bague qui, dans des cas limites et de loin, n’autorise véritablement aucun déchiffrement. On retiendra que, même dans le cas de bagues métal, la rareté du fait peut, sur une période donnée et un même lieu, devenir un élément caractéristique d’un individu, à la condition express de bien noter s’il s’agit d’un premier hiver ou pas (ADRIAENS et al 2021) et où (tarse, fémur) et de quel côté la bague a été posée. Cette dernière précision étant évidemment des plus utiles dans le cas de lectures partielles !

    • (4)667, le 15 octobre 2021 – Très vraisemblablement ET14.677, déjà contrôlée le 25 novembre 2020, au Centre nautique Tony Bertrand
    • possible « RD », le 15 octobre 2021
    • 1272 – H1 bagué tarse gauche
    • ???96??? – Adulte bagué métal tibia droit, le 15 novembre 2021
    • ST 4?6383 – Adulte – Finlande, le 23 novembre 2021
    • 3?66 – le 13 janvier 2022

    E) % lectures intégrales/non intégrales et ayant pu faire l’objet d’un rapport
    15 lectures intégrales et 6 partielles, soit 71,4% de réussite.
    Succès modéré donc, le site de la piscine du Centre nautique Tony Bertrand étant pour nous le plus problématique, avec des oiseaux venant se poser au crépuscule, avec une lumière déclinant de minute en minute.

    III. Infos pratiques
    A) Déclarer un contrôle

    Rappel et compléments à : (GUILLE & LE COMTE 2021)

    • Cas 1 : Bague métal lue, alors que l’oiseau n’est pas équipé de bague DARVIC :
      https://app.bto.org/euring/lang/pages/recovery_form.jsp
      Type de lecture chronophage, nécessitant la prise de nombreux clichés, parfois en plusieurs jours, afin d’obtenir une lecture complète :
    Photo n°2 : Mouette rieuse – Black-headed Gull (Chroicocephalus ridibundus) – ST223198- Pont Masaryk, Lyon (Rhône) France, 17 décembre 2021, LE COMTE Loïc
    Photo n°3 : Mouette rieuse – Black-headed Gull (Chroicocephalus ridibundus) – T80Y – Pont Masaryk, Lyon (Rhône), France, 30 novembre 2021, LE COMTE Loïc
    • Portail internet dirigeant vers les 2 cas évoqués ci-dessus :
      https://app.bto.org/euring/lang/pages/rings.jsp
      Il existe plusieurs pages nationales (ex. : finlandaise, polonaise, espagnole), plus réactives, que l’on peut
      plus ou moins aisément trouver via un moteur de recherche, par saisie de mots clés de type « finland »
      « ornithological station » « ringed »
      Le Museum d’Histoire Naturelle de Paris propose un service postal de transmission de bagues, donc prélevées suite à la mort de l’individu porteur :
      https://crbpo.mnhn.fr/spip.php?article1

    B) Recherches d’informations
    Enfin, la page Facebook European colour-ring Birding :
    https://www.facebook.com/groups/1604329259801335/?hoisted_section_header_type=recently_seen&
    multi_permalinks=3172981149602797 (cr-birding)
    Ceci permet d’échanger sur la base de photos et/ou d’autres éléments. Bien rares sont les cas où l’identité du bagueur ainsi que ses coordonnées ne finissent pas par être trouvées. Les discussions se font préférentiellement en anglais, mais bien des laridologues francophones interviennent également, dans
    la langue de Molière…

    Conclusion
    Cette courte synthèse permet d’apprécier, cette année encore, la diversité des origines géographiques des Mouettes rieuses fréquentant la Métropole de Lyon en période hivernale.
    Si celles-ci ne différent pas de celles constatées, entre autres en 2020, comment ne pas s’émerveiller de nouveaux contacts avec des individus bagués en Finlande et en Lituanie ; en même temps que de retrouver, en un même lieu, parfois après plusieurs années sans aucune donnée, le même individu ?
    À notre niveau, cette saison de contrôles de bagues nous a permis une nouvelle fois de nous investir dans une pratique emblématique des sciences participatives. Cette dynamique allant jusqu’à motiver Simon PIQUÉ à réaliser une vidéo par bien des aspects plus qu’enthousiasmante !
    Ainsi, et au vu du nombre d’individus non équipés et dont nous ignorons tout (origine, âge, parcours etc.) – parfois plus de 350 réunis à la piscine du Centre nautique Tony Bertrand -, nous ne pouvons qu’appeler de nos vœux la mise en place d’une campagne locale de baguage hivernale !

    Remerciements
    Ils vont à Dominique TISSIER, pour sa confiance renouvelée, aux correctrices(teurs) de l’Effraie (tout spécialement à Myriam), à Jonathan JACK pour sa traduction du résumé, ainsi qu’à l’ensemble des contributeurs de la base Visionature/LPO-Rhône.

    Photo n°4 : Mouette rieuse TX7X, Pont Masaryk, Lyon, février 2022, Loïc LE COMTE

    Bibliographie

    • ADRIAENS et al. (2021). Les Laridés du Paléarctique occidental : Guide d’identification des mouettes
      et des goélands. Delachaux & Niestlé, 318 pages.
    • JURINOVIC L. (2018). Luka & ringing.
      https://croringing.blogspot.com/?fbclid=IwAR3YVLDRC9ta_4SIv6w6KvkaFvL5e5uTa2r5o6YWSO
      Uw3JO2H_IbefLeFTw (blog consulté le 25 janvier 2022).
    • LE COMTE L. & TISSIER D. (2019). Les Oiseaux du Rhône et de la Métropole de Lyon. Chante-Éditions, Lyon, 285 pages.
    • LPO-Rhône (2021/22). Base de données Visionature – sur www.faune-rhone.org. LPO-Rhône, Lyon.
    • LE COMTE L. & GUILLE K. (2021). Suivi des mouettes rieuses fréquentant le Centre nautique Tony Bertrand, à Lyon 7è, de novembre à mi-décembre 2020. L’Effraie (53) : 37-48.
    • PIQUÉ S. (2021). La nature en bref #1 : Les dortoirs de mouettes rieuses.
      https://www.youtube.com/watch?v=0HdUmS426ew (vidéo consultée le 1er février 2022).

    ____________________________________________

    Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°56

    Illustration sans titre
  • Plumes et pinceaux. Histoires de canards – Denis CHAVIGNY

    L’ouvrage traite de la vie des oiseaux d’eau, plus spécifiquement les espèces européennes de canards et de palmipèdes, avec parfois quelques oiseaux d’outre-Atlantique pouvant être vus en Europe. Parmi plus de 20.000 croquis, l’auteur en a sélectionné une centaine pour permettre au lecteur de percevoir la morphologie, les rites de toilette, les techniques de vol, les modes de communication, les milieux, les modes de nutrition et de reproduction, les cycles de vie et les moyens de protection des palmipèdes. Un trait particulier aux oiseaux aquatiques est leur adaptabilité. Certaines espèces peuvent même dormir dans les airs ! Au gré des pages et des illustrations de cet ouvrage, les saisons passent et l’histoire de ces oiseaux, parfois secrète, souvent méconnue, nous est dévoilée comme un témoignage en direct de la nature :


    « Décrire la vie des oiseaux d’eau, c’est un peu décrire la vie de tous les oiseaux. Bien sûr, les rapaces ou les passereaux sont différents, mais l’éthologie ne diffère que superficiellement si l’on évoque la reproduction, la migration, la toilette, etc. »


    Denis CHAVAGNY est un artiste français, peintre, naturaliste et ornithologue. Il a publié plusieurs ouvrages illustrés sur le thème des oiseaux comme L’album des oiseaux d’Europe (1998).
    Passé professionnel depuis 1989 et membre de l’A.N.F. (Artist for Nature Foundation), il a étudié les sciences et la taxidermie au Muséum de Nantes, bénéficiant de l’orientation éclairée de la conservatrice, Madame Jacqueline BAUDOUIN.
    Ses croquis sont le plus généralement réalisés sur le vif (son atelier-galerie est au bord de la Loire), avant d’être ensuite peint en aquarelle.

    QUAE, octobre 2011, 144 pages au format 21,7 x 24,7 cm, ISBN : 978-2759210282
    Collection : Beaux livres « Des livres au cœur des sciences »
    Nota : Cette référence n’est plus proposée par l’éditeur qu’en version pdf (9,99€)

    https://www.quae.com/produit/1062/9782759216321/plumes-et-pinceaux, mais on peut aisément la trouver en version papier sur le net en l’état du neuf ou de l’occasion.
    Ou chez Amazon !

    LE COMTE Loïc

    Analyse d’ouvrage à paraître in L’EFFRAIE n°74/2026 LPO-Rhône

  • Première preuve de nidification de l’Œdicnème criard dans  Lyon intra-muros et nid de Milan noir au port de Lyon

    Dominique TISSIER, Loïc LE COMTE

    Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L., TISSIER D. (2023). Première preuve de nidification de l’Œdicnème criard dans Lyon intra-muros et nid de Milan noir au port de Lyon. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 61 : 18-22.

    Introduction
    Le port de Lyon, dit Port Édouard-Herriot, se situe tout à fait au sud de la ville, dans le quartier de Gerland (Lyon 7è), en rive gauche du Rhône (photo n°1). Il a été inauguré le 31 mars 1938 et il est géré, depuis cette date, par la Compagnie Nationale du Rhône. Le port occupe actuellement une surface totale de 187 hectares dans Lyon intra-muros (source Wikipédia 2022).
    Trois darses permettent le chargement et le déchargement de vraquiers et autres navires de marchandises, minéraux, céréales, hydrocarbures, sable, granulats, etc. Une zone importante est
    réservée à une plateforme multimodale de stockage de containers et une autre à des réservoirs d’hydrocarbures. Un pipe-line achemine directement des produits pétroliers depuis le port de Fos-sur Mer.
    Le port est interdit d’accès au public, mais nous avons pu avoir l’autorisation de la direction d’y prospecter depuis 2022, essentiellement pour l’avifaune, en particulier pour les laridés dont on soupçonnait la nidification.

    Photo n°1 : le Port Édouard-Herriot, Lyon (source Google earth).

    Observations
    Une première visite, le 7 juillet 2022, avait été très intéressante, avec, en particulier, l’observation de quatre Œdicnèmes criards Burhinus oedicnemus et d’un groupe de Goélands leucophées Larus michahellis.
    Celle de l’hiver suivant, le 16 janvier 2023, avait été très frustrante à cause d’un fort vent du sud. Mais la dernière en date, le 11 mai 2023, s’est avérée riche d’enseignements !

    Dès notre arrivée, très matinale, nous nous sommes dirigés directement (en voiture, pour ne pas provoquer d’envol) vers la parcelle où l’on avait vu les Œdicnèmes criards de 2022. Il s’agit d’une parcelle gravillonnée de la rue d’Avignon, en friche, avec peu de repousses, entre le fleuve et des réservoirs d’hydrocarbures (photo n°2). Elle semble effectivement très favorable à l’espèce !
    Nous repérons immédiatement deux adultes posés dans la parcelle. Les oiseaux s’écartent, comme ils le font habituellement à l’approche d’un danger potentiel, mais reviennent rapidement, comme c’est souvent le cas lorsqu’il y a un nid. On observe alors un des adultes, très probablement la femelle, se mettre en position de couveur ! Nous observons ensuite une relève sur le nid par le mâle (photo n°3).

    Photo n°2 : la parcelle à œdicnèmes, Port Édouard-Herriot, Lyon, juillet 2022, D. TISSIER
    Photo n°3 : Œdicnème criard sur son nid, Port Édouard-Herriot, Lyon, mai 2023, D. TISSIER

    À noter que les oiseaux ne sont pas bagués et que le mâle a une déformation à la mandibule inférieure du bec (photo n°4).
    Après avoir repéré un nid de Faucons crécerelles Falco tinnunculus dans un vieux pylône THT en bord de Rhône (photo n°5), nous avons ensuite prospecté les bords des darses, où une bonne dizaine de Chevaliers guignettes Actitis hypoleucos ont été notés, ainsi qu’un couple nicheur de Petits Gravelots Charadrius dubius, un nid de Cygnes tuberculés Cygnus olor et quelques goélands, ardéidés et cormorans plus communs. Une Bergeronnette grise Motacilla alba transporte des proies pour ses
    oisillons, de même qu’un Rougequeue noir Phoenicurus ochruros.

    Nous suivons ensuite le chemin qui longe le fleuve en notant quelques chants de petits passereaux et des nombreuses traces récentes d’écorçage par le Castor d’Europe Castor fiber. Un Milan noir Milvus migrans nous survole à très basse altitude, mais nous n’y prêtons pas très attention ! Pas grand-chose de notable au bout du chemin, si ce n’est une vue imprenable (autrement) sur l’écluse et le barrage de Pierre-Bénite en aval du port.
    En revenant sur nos pas, le milan est encore là et semble décoller d’un arbre de la rive. Nous découvrons alors un gros nid de branchages à environ 10 mètres du sol (photo n°6). Un oiseau y est couché : un Milan noir qui restera parfaitement immobile le temps de notre passage (photo n°8) !

    Photo n°4 : Œdicnème criard, Port Édouard-Herriot, Lyon, mai 2023, L. LE COMTE
    Photo n°5 : nid de Faucons crécerelles, Port Édouard-Herriot, Lyon, mai 2023, D. TISSIER

    Photo n°6 : nid de Milan noir, Port Édouard-Herriot, Lyon, mai 2023, D. TISSIER

    Discussion
    L’Œdicnème criard est une espèce bien étudiée dans le Rhône et la Métropole de Lyon, surtout dans le cadre du Programme local de Sauvegarde de l’Est lyonnais, piloté par la Métropole depuis 2015 et qui concerne une centaine de couples dont les plus proches du port ont été trouvés en 2022 dans la zone industrielle de Saint-Fons, commune voisine de Pierre-Bénite, en rive gauche du fleuve. Mais aucun n’avait encore été trouvé nicheur dans Lyon intra-muros.
    La parcelle du port ressemble beaucoup aux parcelles créées comme mesures compensatoires dans le cadre du Programme de Sauvegarde. Elle a même l’avantage d’être à l’abri de quasiment tout dérangement humain, excepté quelques rares camions de passage en bordure. Le port, on l’a dit, est interdit d’accès et cette parcelle gravillonnée n’est pas utilisée.
    On a donc là la première preuve de reproduction de l’espèce dans Lyon intra-muros et peut-être la seule dans une grande ville européenne !

    Photo n°7 : Œdicnème criard, Port Édouard-Herriot, Lyon, mai 2023, D. TISSIER

    Quant au Milan noir, après avoir été quasiment exterminée par la chasse, la pollution aux pesticides et les empoisonnements, comme tous les rapaces, l’espèce a refait progressivement ses effectifs nicheurs, à partir de sa protection légale par l’arrêté ministériel du 24 janvier 1972, puis par la loi du 10 juillet 1976 (UNTERMAIER 2016), et surtout dans les années 2000.

    Photo n°8 : Milan noir dans son nid, Port Édouard-Herriot, Lyon, mai 2023, L. LE COMTE

    La population nicheuse française est estimée à environ 35000 couples (COMOLET-TIRMAN 2022). L’effectif de la région lyonnaise n’a pas été déterminé, mais peut être très approximativement estimé à environ 200-300 couples nicheurs, en expansion depuis ces dernières années. L’espèce niche dans les Monts du Lyonnais, sur le plateau mornantais, le Rhône aval (Grigny, île du Beurre, etc.), le val de Saône et les coteaux du Lyonnais (LE COMTE & TISSIER 2022). Curieusement, la base Visionature ne fournit pas de nidification certaine (et seulement trois probables) dans les Monts du Beaujolais (source faune-rhone). Mais, aujourd’hui, on ne fait quasiment plus aucune sortie ornithologique, entre mars et juillet, sans voir un Milan noir, même en centre-ville. Mais, s’il niche tout près de Lyon, par exemple dans le parc de Miribel-Jonage, dans la réserve de Crépieux-Charmy ou à Saint-Fons, très peu de cas récents de reproduction ont été trouvés intra-muros. Quelques citations de mars et avril 2022 mentionnent une ébauche de construction de nid, des transports de matériaux et même un accouplement, au-dessus des rives de la Saône, à hauteur de Caluire, un peu en aval de l’Île Barbe, mais sans preuve formelle de reproduction (Mariana AGUILAR, Loïc LE COMTE, Cyrille FREY). Des poussins sont notés en juin 2023 (Camille MIRO, Édouard RIBATTO) dans ce même secteur (source faune-rhone). On est, là aussi, tout près des limites de la ville, près de Caluire et de Saint-Rambert ¹.
    Des données plus anciennes (2009 à 2014) mentionnent un (peut-être deux) nids au Parc de la Tête d’Or. En 2012, un nid est noté en rive droite de la Saône, en face du Port Rambaud (Bertrand DI NATALE, Sorlin CHANEL, Jean-Michel BÉLIARD), et, tout récemment, un couple y est observé avec forte présomption de reproduction locale en juillet 2023 (DT obs. pers.).
    OLPHE-GALLIARD notait en 1855 : MILVUS NIGER. « En Été sur les bords du Rhône, je doute cependant qu’il niche dans les environs » (OLPHE-GALLIARD 1891).

    Conclusion
    La prospection dans des secteurs peu fréquentés par les naturalistes peut souvent amener à des données très intéressantes, même dans des milieux urbains. Une visite dans un port normalement interdit au public a permis d’obtenir la première mention de nidification de l’Œdicnème criard dans Lyon intra-muros, ainsi qu’un des très rares cas de nidification du Milan noir. Ces deux espèces sont, certes, beaucoup moins rares en-dehors de la ville, mais leur présence en tant que nicheurs était à rapporter, surtout dans le cadre des atlas en préparation.

    Remerciements
    Merci beaucoup à l’équipe du port, en particulier à M. Stéphane ZEIMEN, Mme Laëtitia CHANTELOUVE et M. Pascal RICHARD. Merci aussi aux naturalistes qui rapportent fidèlement et régulièrement leurs observations dans la base de données Visionature et à Vincent GAGET pour son aide précieuse.

    Bibliographie

    • COMOLET-TIRMAN J., QUAINTENNE G., SIBLET J.P., WROZA S., BAL G., CHAMPAGNON J., COUZI L., CZAJKOWSKI M.A., DENIS P., FROCHOT B. & MULLER Y. (2022). Estimation des
      populations d’oiseaux nicheurs de France métropolitaine. Alauda 90(2) 133-150.
    • LE COMTE L. & TISSIER D. (2022). Les Oiseaux du Rhône et de la Métropole de Lyon. Chante Éditions, Lyon, 2è édition, 289 pages.
    • OLPHE-GALLIARD L. (1891). Catalogue des Oiseaux des environs de Lyon. Imprimerie PITRAT, Lyon. : 74 pages. Réédité quasi intégralement et commenté dans l’Effraie n°48, D. TISSIER 2018.
    • UNTERMAIER J. (2016). Une innovation durable : la protection de la faune et de la flore dans la loi du 10 juillet 1976. Revue juridique de l’environnement 2016/4 (volume 41), 647-663.
    1. Saint-Rambert-l’Île-Barbe est une ancienne commune du département du Rhône, annexée à la ville de Lyon depuis le
      7 août 1963. Elle constitue aujourd’hui un quartier du 9è arrondissement de Lyon (source Wikipédia).

    Résumé : Un couple d’Œdicnèmes criards Burhinus oedicnemus a été trouvé nicheur, en mai 2023, dans le port de Lyon. Il s’agit de la première preuve de nidification dans Lyon intra-muros. Un nid de Milans noirs Milvus migrans y a été aussi découvert.


    Summary : A pair of Stone-curlews Burhinus oedicnemus was found breeding in May 2023 in the port of Lyon. It’s the first proof of nesting in Lyon intramuros. A nest of Black Kite Milvus migrans has also been discovered there.


    Resumen : Una pareja de Alcaravanes comunes Burhinus oedicnemus, nidificantes, fue descubierta en mayo de 2023 en el puerto de Lyon. Se trata de la primera prueba de nidificación en la ciudad de Lyon. También se ha descubierto un nido de Milanos negros Milvus migrans.

    ____________________________________________

    Dominique TISSIER & Loïc LE COMTE

    Article originairement paru in : L’EFFRAIE n° 61

  • Une Niverolle alpine  Montifringilla nivalis à Couzon-auMont-d’Or ! Premier stationnement documenté et seconde donnée locale d’une espèce rarement notée à basse altitude / An Alpine Snowfinch (Montifringilla nivalis) in Couzon-au-Mont-d’Or! This is the first documented sighting and the second local record of a species rarely observed at low elevations.

    Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. (2026). Une Niverolle alpine Montifringilla nivalis à Couzon-au Mont-d’Or ! Premier stationnement documenté et seconde donnée locale d’une espèce rarement notée à basse altitude. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 71 : 21-26.

    loiclecomte@yahoo.fr
    Academia : https://independent.academia.edu/Lo%C3%AFcLeComte
    Flickr : https://www.flickr.com/photos/127058286@N04/albums
    Instagram : https://www.instagram.com/loiclecomtewildlife/

    Mots clés/Keywords : Niverolle alpine, White-winged Snowfinch, Gorrión alpino, Montifringilla nivalis, Couzon-au-Mont d’Or, Hivernage, Wintering period, Ornithologie, Ornithology, L’Effraie revue de la LPO-Rhône, LPO AURA, Stationnement occasionnel, Occasional Birds, espèce alpine emblématique, emblematic alpine bird species

    Photo n°1 : Niverolle alpine, White-winged Snowfinch Montifringilla nivalis, Les carrières, Couzon-au-Mont-d’Or, Métropole de Lyon, France, 18 décembre 2025. Photographie de l’auteur.

    Introduction
    Le 13 décembre 2025, au lieu-dit « Les carrières », à Couzon-au-Mont-d’Or, une Niverolle alpine Montifringilla nivalis est notée par Marie DONGER dans la base faune-france.org. Présente jusqu’au moins le 22 janvier 2026, elle fera le bonheur de bien des ornithologues locaux, pour lesquels son observation signera tantôt une coche départementale inespérée, tantôt une coche nationale. La situation altitudinale du lieu de stationnement (+/- 267m), en même temps que certaines de ses caractéristiques physiques, donnent à cette observation un caractère remarquable qu’il nous semble intéressant de développer. Durant le début d’hiver 2025/26, d’autres données seront rapportées en France, hors zones de reproduction ou de stationnements hivernaux d’altitude, signant parfois des premières départementales. Nous les rapportons ici, tant elles caractérisent un phénomène remarquable.

    Présentation de l’espèce
    A. Répartition
    La Niverolle alpine, parfois appelée Pinson des neiges, est un oiseau de la famille des Passéridés. Le nom vernaculaire français de niverolle signe son lien à la neige : racine latine nix, nivis, la neige, nivalis «nival» ou nivarius, «de la neige» (https://fr.wikipedia.org/wiki/Niverolle_alpine). Elle est de fait inféodée au milieu montagnard de la région paléarctique (CRAMP & PERRINS 1994, STRINELLA et al. 2007), plus précisément à l’étage alpin. De catégorie faunistique paléo-montagnarde (VOOUS 1960), elle a une répartition mondiale fortement discontinue qui va de la Cordillère cantabrique et des Pyrénées occidentales à l’ouest, jusqu’à la Chine à l’est, en passant par les Alpes, le Caucase, les montagnes d’Asie centrale et l’Himalaya (GRANGÉ 2008). Sept sous-espèces sont actuellement retenues (GILL et al. 2023). En France, elle est essentiellement nicheuse dans les Alpes (de 1670 à 3370 m d’altitude), de manière bien moindre dans les Pyrénées et le fut de façon anecdotique il y a encore peu en Corse (DUQUET 2023) où la dernière reproduction prouvée date du 8 août 2007 (Vivario, code atlas 12 – Bernard RECORBET). Depuis rien, sinon une forte suspicion de reproduction, le 22 juin 2017 (Pointe des Éboulis / Lozzi, code atlas 14 – Bernard RECORBET).

    B. Description
    C’est un passereau imposant (L 16,5-19 cm – envergure autour de 35 cm), élancé et à longues ailes. Les deux sexes sont globalement bruns sur le dessus, avec une tête grise et un bec noir en été, ivoirin en hiver. En vol, les ailes blanches contrastent avec l’extrémité noire des régimes, ainsi qu’avec la queue à la blancheur frappante et aux rectrices centrales noires. Le dimorphisme sexuel est ténu : le mâle a une calotte ainsi qu’une nuque gris bleuté, un cou gris cendré ; le centre de la gorge est noir. La femelle présente une calotte ainsi qu’une nuque gris brun et un cou gris (HUME et al. 2023). Enfin, les juvéniles ont une apparence proche de celle des femelles, mais avec une face plus brune, un œil brun et une queue à teinte ocre blanc.

    Les mouvements migratoires internuptiaux de la Niverolle alpine… une phénologie toujours mieux appréhendée
    A. Rappel de la prise de conscience de la réalité migratoire de l’espèce

    Longtemps la Niverolle alpine a été considérée sédentaire, uniquement sujette à des déplacements altitudinaux, jamais éloignés des zones froides d’altitude. Il faudra attendre les années 1960 (DUQUET op. cit.) pour que des déplacements saisonniers soient constatés, puis étudiés (DEBRU 1960, BESSON
    1969, CHEYLAN 1973). En 2003, paraît un travail de synthèse des connaissances (OLIOSO et al. 2003) qui entérine la réalité d’une vraie migration partielle, concernant la population des Alpes et que l’auteur résume ainsi : « Une partie … quitte ainsi le massif en hiver, mais un pourcentage qui reste à définir … demeure sur place et en altitude », cela même lorsque les conditions météorologiques sont extrêmes (RENAUDIER 2003). « La stratégie migratoire est latitudinale (les oiseaux descendent vers le sud), mais elle est peu altitudinale (les oiseaux restent dans des milieux montagnards (Mont Aigoual, Mont Mézenc, Mont Ventoux ou encore la Montagne Noire) et ne vont pas en plaine, sauf au passage). Les conditions exactes de ces migrations sont encore mal connues, de même que l’éventuel brassage génétique qui pourrait résulter de la présence d’oiseaux alpins dans les massifs du sud de l’Europe ».

    B. Mais aussi des stationnements hivernaux atypiques
    Georges OLIOSO (op. cit.) rapporte quelques données hivernales de plaine, essentiellement à partir de novembre, dont nous retenons les exemples suivants : deux en Camargue le 19 novembre 2020 (Y. KAYSER). Une le 3 janvier 1985 à Dijon, Côte-d’Or (D. MICHELAT). Une le 11 janvier 1997 à la Ferté Bernard, Sarthe (J.F. BLANC). Nous verrons plus loin que l’hiver 2025/26 sera en la matière très riche. On retiendra que ces types de stationnement sont le plus souvent le fait d’individus isolés.

    C. La Niverolle alpine, une espèce à compter au nombre de celles que le réchauffement climatique fragilise !
    Comme cela est notablement étudié en Suisse (Station Ornithologique Suisse – Projet Dynamique des populations de Niverolle alpine – NIFFENEGGER et al. 2025), la Niverolle alpine, « oiseau patrimonial rare d’altitude », est un exemple type de la façon dont le réchauffement climatique induit une perte nette de ressources alimentaires pour des espèces reliques d’altitude. Ainsi, au cours des 35 dernières années, la période de la fonte de neiges a été avancée de 26 jours en moyenne. Or, la niverolle nourrit essentiellement ses jeunes de proies calant une partie de leur cycle de vie dans un espace limité, uniquement présent en marge immédiate des sols enneigés. Une nivalis sur six vit en Suisse (VOGELWART 2023) ; ses effectifs sont en recul de près de 15% depuis les années 1990 (CHEYLAN 1973).

    Discussion
    A. Le front de taille de Couzon-au-Mont-d’Or : un site de stationnement occasionnel au profil particulier

    Photo n°2 : site du front de taille de Couzon-au-Mont-d’Or. Photographie de l’auteur.

    Certaines spécificités du site (latitude : 45.852778, longitude : 4.826907) méritent que l’on s’y attarde ! Comme cela est visible depuis le portail de cette propriété privée clôturée, cet ancien front de taille comporte deux niveaux distincts : nous sommes en effet en présence d’un calcaire marneux blanc du Bajocien (vers -169 Ma), localement appelé «ciret», surmontant un calcaire bioclastique ocre (localement appelé «pierre dorée») datant de l’Aalénien (vers -172 Ma). C’est ce calcaire ocre aalénien qui a été intensément exploité jusqu’à la fin du XIXè siècle, date de l’abandon des carrières. Aujourd’hui, le site a essentiellement un usage de dépôt temporaire de déchets végétaux. Il est connu et suivi par la LPO-Rhône comme site de reproduction du Grand-duc d’Europe Bubo bubo et d’hivernage du Tichodrome échelette Tichodroma muraria (LE COMTE & TISSIER 2025).

    Proche de la base, se trouve une placette herbeuse de peu d’étendue, peu visible depuis la voie publique et sur laquelle la niverolle a été observée se nourrissant de graines.
    Cette placette herbeuse au pied d’une falaise n’est pas sans lien structurel, bien entendu toute proportion et réalité climatique gardées (comme signalé plus haut, nous sommes à +/- 267 m d’altitude à la base du front de taille), avec son milieu montagnard d’origine. De même, on peut s’interroger sur le caractère attractif, sinon sécurisant, de la présence de Tichodromes échelettes, oiseaux appartenant également à la guilde aviaire de haute altitude.

    Pour autant, nous sommes bien conscients de la limite de l’exercice de recherche de similitudes, ne serait-ce qu’avec l’exemple d’une donnée à Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime, cf. infra), dans un milieu sans rapport aucun avec un profil de falaises (elles existent bien dans le secteur, mais à grande distance du lieu de cette observation), à savoir celui d’une zone humide artificialisée, avec flux incessant de transport de conteneurs en provenance ou se rendant à Port 2000.

    B. Comportement rapporté dans les bases de données
    Son comportement en journée se caractérise par des phases de recherche de graines au sol et de stationnement à peu de hauteur sur la falaise, avec alternance d’entretien du plumage et de périodes de repos. Rien ne sera rapporté relevant du constat d’un oiseau affaibli ou présentant un handicap particulier. Un chant sera, lui, signalé. Enfin, s’il a été souvent constaté que cet oiseau était peu farouche, dans un cas, l’auteur de ces lignes notera que le bruit produit par un camion de passage provoquera son envol et son déplacement loin à l’est du site, alors que les tirs parfois nourris émanant d’un club de tir tout proche ne sembleront pas le perturber particulièrement.

    C. Une première… seulement en apparence !
    À la date de découverte de l’oiseau (le 13 décembre 2025), une personne désireuse de situer cette donnée dans le département, et n’ayant pas accès aux données cachées de la base de données, n’aurait pas eu de mal à se convaincre d’être en présence d’une « première »». En effet, aucune autre mention ne semble alors exister pour le Rhône.

    Or, Hubert et Nicolas POTTIAU, le 19 avril 2023, au secteur dit La Vorla, commune de Miribel, réalisent une observation, certes furtive, mais difficilement imputable à une autre espèce, en limite des départements du Rhône et de l’Ain. C’est un site où les données furent historiquement versées dans le département du Rhône, car relevant de l’entité « zone humide du Grand Parc de Miribel Jonage »», localisée principalement dans le Rhône, plus précisément dans la Métropole de Lyon. Mais, depuis peu, une réattribution des pointages ayant été décidée, cette donnée de niverolle est versée dans le département de l’Ain…
    Mais surtout, H. POTTIAU précise : « Selon le NIOF (Nouvel Inventaire des Oiseaux de France – DUBOIS et al. 2008), cinq oiseaux ont été notés au-dessus de Lyon le 23 octobre 2003. Vincent PALOMARES me remonte des données d’oiseaux en migration à Pierre-Aiguille (Drôme) jusqu’à mi-avril. On retrouve ces éléments dans le NIOF également ».

    D. Des stationnements à basse altitude et hors périmètre des zones de reproduction, remarquablement nombreux en France en ce début d’hiver 2025/26.


    Enfin, en France (à la date de rédaction de cet article), pour les seuls premiers jours de janvier 2026,
    sont rapportés trois autres stationnements remarquables de cette espèce :

    • Un à Vergisson (Saône-et-Loire), altitude +/- 415 mètres (sur un site comparable structurellement à celui du front de taille de Couzon-au-Mont-d’Or), le 1er janvier 2026 par Jean-Marc FROLET, offrant une première mention départementale de l’espèce et une quatrième pour la Bourgogne.
    • Un à Gonfreville-l’Orcher (en rive droite de l’estuaire de la Seine), altitude +/- 2 mètres, le 10 janvier 2026 par Évelyne ALLEAUME.
    • Enfin, un à La Roque-Gageac (Dordogne), altitude +/- 95 mètres, le 13 janvier 2026, par Jérôme
      BEYAERT.
      Comme toujours, face à ce type de phénomène, on hésitera entre le résultat d’une pression d’observation toujours plus importante par des observateurs toujours mieux formés et la conséquence d’un phénomène particulier….

    NDLR : l’article de Marc DUQUET, paru récemment en 2023, fait un point quasi exhaustif du statut de l’espèce en tant que migratrice, en particulier sur les mentions hors sites de reproduction. Il est aujourd’hui avéré que, comme dit plus haut (OLIOSO op. cit.), même si la majorité des oiseaux sont sédentaires, certaines niverolles effectuent des migrations, non seulement altitudinales avec des mouvements vers les piémonts, mais aussi latitudinales, du nord-est vers le sud en début d’hiver, et en sens inverse au printemps. Mais aussi que bien de ces données se rapportent à des stationnements hivernaux dans de nombreux secteurs ressemblant plus ou moins aux sites de montagne, comme des sommets du Massif central et quelques sommets provençaux.

    Conclusion
    Pour le département du Rhône et la Métropole de Lyon, l’année 2025 aura été riche en observations d’espèces aviaires rares ou peu communes. On citera l’Hypolaïs ictérine Hippolais icterina (LE COMTE 2025), le Fuligule à bec cerclé Aythya collaris (POUGET 2026) ou encore le Pygargue à queue blanche Haliaeetus albicilla (observation du 28 février à Lyon 7è, S. CHANEL, et étonnante mention anonyme en bord de Saône le 13 septembre 2025).
    Cette donnée de Niverolle alpine, remarquable en plaine, est la seconde pour la Métropole de Lyon. Son long stationnement (41 jours) au site des Carrières de Couzon-au-Mont-d’Or surprend, d’autant plus que des milieux à profils autrement plus montagneux sont si proches géographiquement (Monts du Lyonnais) et que rien dans son comportement et s

    Remerciements
    Sont remerciés tous les contributeurs au réseau Visionature, remarquablement ceux cités dans ce texte et plus spécialement Marie DONGER. Sont également remerciés les auteurs des différents articles auxquels je peux puiser les connaissances, à la base de l’élaboration de chacun des articles que je propose aux lecteurs de la revue l’Effraie. Un remerciement tout particulier à ces derniers.

    Photo n°3 : Niverolle alpine Montifringilla nivalis, les carrières, Couzon-au-Mont-d’Or, Métropole de Lyon, France, 18 décembre 2025. Photographie de l’auteur.

    Bibliographie

    • BESSON J. (1982). Niverolles et autres oiseaux au Mont Ventoux (Vaucluse) en hiver. Nos Oiseaux 36 : 289-290.
    • CHEYLAN G. (1973). Les déplacements de la Niverolle et son hivernage en France méridionale. Alauda 41 : 213-226.
    • CRAMP S. & PERRINS C.M. (Eds) (1994). Handbook of the birds of the Middle East and North Africa. The Birds of the Western Palearctic. Oxford University Press. Vol. 8.
    • DEBRU H. (1960). La Niverolle Montifringilla nivalis se livre-t-elle à une véritable migration ? L’Oiseau et R.F.O., 30 : 84-85.
    • DUBOIS P.J., LE MARÉCHAL P., OLIOSO G. & YÉSOU P. (2008). Nouvel Inventaire des Oiseaux de France. Delachaux et Niestlé, Paris, 559 pages.
    • DUQUET M. (2023). À propos des déplacements internuptiaux de la Niverolle alpine Montifringilla nivalis. Ornithos 30 (5) : 225-249.
    • GILL F., DONSKER D. & RASMUSSEN P. (Eds) (2023). IOC World Bird List (v13.2). Doi:10.14344/IOC.ML.13.2.
    • GRANGÉ J.L. (2008) Biologie de reproduction de la Niverolle alpine Montifringilla nivalis dans les Pyrénées occidentales françaises. Nos Oiseaux, 55 (2), Part/Suppl. 492 : 67-82. https://www.researchgate.net/publication/357222103_BIOLOGIE_DE_REPRODUCTION_DE_LA_NIVEROLLE_ALPINE_MONTIFRINGILLA_NIVALIS_DANS_LES_PYRENEES_OCCIDENTALES_FRANCAISES
    • HUME R., STILL R., SWASH A. & HARROP H. (2023). Guide expert des Oiseaux d’Europe, manuel d’identification photographique. Biotope Éditions, Mèze, 640 pages. Page 484.
    • LE COMTE L. & TISSIER D. (2025). Les Oiseaux du Rhône et de la Métropole de Lyon. Chante Éditions, Lyon, 3è édition, 289 pages.
    • LE COMTE L. (2025). Après 38 ans sans contact… enfin, une 2è donnée d’Hypolaïs ictérine Hippolais icterina dans le département du Rhône ! L’Effraie n°70, 4-11.
      https://www.academia.edu/145238691/Apr%C3%A8s_38_ans_sans_contact_enfin_une_2%C3%A8_donn%C3%A9e
      dHypola%C3%AFs_ict%C3%A9rine_Hippolais_icterina_dans_le_d%C3%A9partement_du_Rh%C3%B4ne
    • NIFFENEGGER C. A., HILLE S.M., SCHANO C. & KORNER-NIEVERGELT F. (2025). Rising Temperatures Advance Start and End of the Breeding Season of an Alpine Bird. Ecol. Evol. 15 : e70897. https://doi.org/10.1002/¬ece3.70897.
    • OLIOSO G., CUGNASSE J.M., BOUTIN J. (2003). Statut de la Niverolle alpine Montifringilla nivalis en période internuptiale en France. Ornithos 10(1) : 12-23.
    • POUGET L. (2026). Un Fuligule à bec cerclé Aythya collaris à Miribel-Jonage en décembre 2025, seconde mention pour la Métropole de Lyon. L’Effraie n°71.
    • RENAUDIER A. (2003). Niverolle alpine in Atlas des oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes. CORA Éditeur. Lyon. 336 pages.
    • STRINELLA E., CATONI C., DE FAVERI A. & ARTESE C. (2011). Biometrics, sexing and moulting of Snow Finch Montifringilla nivalis in Central Italy. Ringing & Migration, 26(1), 1–8.
      https://doi.org/10.1080/00063657.2011.581864
    • VOGELWART C. (2023). Évolutions climatiques défavorables pour la niverolle. Communiqué de presse du 24 mai 2023. 2p. https://www.vogelwarte.ch/wp-content/uploads/2023/09/230524_CdP_niverolles.pdf.
    • VOOUS K.H. (1960). Atlas of European Birds. London. Nelson. 284 pages.

    Résumé : du 13 décembre 2025 au 16 janvier 2026, est rapportée la présence d’une Niverolle alpine Montifringilla nivalis, au lieu-dit Les carrières, à Couzon-au-Mont-d’Or. Ce stationnement signe une seconde donnée pour la Métropole de Lyon de cette espèce montagnarde, cela dans un site particulier présenté ici. De fait, si cette espèce est connue pour effectuer des migrations latitudinales ainsi que des déplacements hivernaux vers des sommets situés hors de son aire de nidification, des cas de stationnement à basse altitude, parfois à de grandes distances de tout milieu à caractère montagneux sont également rapportés, notoirement lors de ce début d’hiver 2025/26.


    Summary : From December 13, 2025, to January 16, 2026, the presence of a White-winged Snowfinch Montifringilla nivalis, was reported at the locality known as Les Carrières, in Couzon-au-Mont-d’Or. This sighting represents a second record of this mountain species in la Métropole de Lyon, at a particular site described here. Indeed, while this species is known to undertake latitudinal migrations as well as winter movements to summits outside its breeding range, cases of occurrences at low altitudes, sometimes at great distances from any mountainous environment, are also reported, notably during the early part of the winter of 2025/26.


    Resumen : entre el 13 de diciembre de 2025 y el 16 de enero de 2026 se documentó la presencia de una Chova piquigualda alpina Montifringilla nivalis en el lugar denominado Les Carrières, en Couzon-au-Mont d’Or. Esta permanencia constituye el segundo registro de esta especie montana en la Métropole de Lyon, en
    un enclave particular que se presenta en este trabajo. En efecto, si bien esta especie es conocida por realizar migraciones latitudinales, así como desplazamientos invernales hacia cumbres situadas fuera de su área de nidificación, también se han documentado casos de permanencia a baja altitud, en ocasiones a grandes distancias de cualquier entorno de carácter montañoso, de manera notable durante el inicio del invierno
    2025/26.

    ____________________________________________

    Loïc LE COMTE

    Article originairement paru in : L’EFFRAIE n° 71

    Illustration sans titre
  • Deuxième donnée de Goéland d’Audouin Ichthyaetus audouinii pour le département du Rhône / Second record of Audouin’s Gull Ichthyaetus audouinii for the Rhône department, France

    Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. (2023). Deuxième donnée de Goéland d’Audouin Ichthyaetus audouinii pour le département du Rhône. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 62 : 35-39.

    loiclecomte@yahoo.fr
    Instagram : https://www.instagram.com/loiclecomtewildlife/?hl=fr
    Galerie Flickr : https://www.flickr.com/photos/127058286@N04/albums

    Mots clés/Keywords : Laridé, Larid, Goéland d’Audouin, Audouin’s Gull, Ichthyaetus audouinii, Dispersion postnuptiale, Postnuptial Dispersal, Movement ecology, Baguage, Ringing Bird, Ringing Report.

    Ichthyaetus audouinii, aperçu étymologique
    Ichthyaetus : ikhthús “fish” & actós “rapace” (comportement mal interprété du cleptoparasitisme propre aux labbes, sinon à d’autres espèces de goélands ?) audouinii : en l’honneur de Jean-Victor AUDOUIN (1797-1841), entomologiste et ornithologue français, auteur entre autres de : Explication sommaire des planches d’oiseaux de l’Égypte et de la Syrie, 1809 (1è éd.).

    Introduction
    La première observation de Goéland d’Audouin Ichthyaetus audouinii, pour le département du Rhône, date du 18 juillet 2003, au sud de la presqu’île, ville de Lyon ; cela fait donc vingt ans. Comme rapporté dans L’Effraie (CHABROLLE 2005, LE COMTE & TISSIER 2022), un oiseau en plumage de 3è cycle avait stationné au confluent, du 18 au 27 juillet 2003, cela pour le plus grand bonheur de nombreux ornithologues ; dont je n’étais alors pas, du moins dans ce département. Depuis donc, rien… En tant que passionné de laridés, l’idée m’aura souvent traversé l’esprit d’un voyage en Corse, essentiellement afin de pouvoir observer cette espèce. Bref, un projet qui devait encore attendre quelques années… À moins qu’à nouveau, un égaré ne vienne se ʺperdreʺ dans le secteur… Une fois de plus, la zone agricole, dans la proximité immédiate de la devenue localement presque mythique Station d’Épuration de la commune de Genas (Est lyonnais), allait m’offrir l’occasion de voir un rêve devenir réalité. Impressions de terrain.

    Impressions de terrain

    Ainsi, dans l’après-midi du 13 septembre 2023, alors que, sous la pluie, je venais de terminer un bien peu passionnant tour du secteur, mon regard fut attiré par un goéland de premier cycle, posé en limite d’un champ (lieu-dit La Grande Seiglière), que je savais représenter un site de gagnage/repos pour les Goélands leucophées Larus michahellis locaux, parfois également pour des Goélands bruns Larus fuscus de passage, et également, en période hivernale, pour des Goélands cendrés Larus canus. Alors
    que je n’étais pas encore parvenu à garer mon véhicule, ma première impression était celle d’un Goéland brun de 1ercy, toutefois étonnamment petit. Une fois ʺstatiqueʺ, je m’emparais de mes jumelles et constatais que cela ne se pouvait. Ainsi, la dominante brune (tête, cou, partie inférieure) était comme uniforme, avec, par ce temps très couvert avec atmosphère saturée d’humidité, des nuances de marron que je n’avais encore notées chez aucun laridé… La face était étonnamment pâle, critère que je retrouverai plus tard détaillé dans la littérature (ADRIENS et al. 2021). Le peu que je devinais des pattes (l’oiseau se déplaçait sur une herbe relativement haute) me laissait soupçonner un gris foncé, pour moi également plutôt inédit. Mais, et alors que ʺmonʺ goéland arrivait en limite de parcelle, une DARVIC (bague en PVC de couleur utilisée pour le baguage) blanche, code en noir, m’était révélée… Une rapide recherche sur gull-research.org, et une impression grandissante se voyait vérifiée : j’étais en présence d’un Goéland d’Audouin ! Dans la soirée ainsi que le lendemain matin, plusieurs ornithologues ne manqueront pas de venir l’admirer. Par la suite, il ne sera plus noté.

    Photo n°1 : situation géographique du lieu de découverte d’un Goéland d’Audouin Ichthyaetus
    audouinii, Genas (Rhône), septembre 2023 (source : Mappy – © RATP Smart Systems)

    Historique de vie de IZLZ
    Plus tard, un passage sur cr-birding.org allait me donner le nom du programme de baguage ainsi que les coordonnées de son responsable. De fait, dans les jours suivants, j’obtenais les informations suivantes (Faune AURA, 2023) : DARVIC IZLZ (tarse gauche). « Bagué pullus le 20/06/2023 dans la nouvelle colonie des îles Pédagne, près de Brindisi, dans la mer Adriatique. Il n’y a qu’une autre observation le 15/07/2023, alors qu’il était encore présent dans la colonie d’origine ». Nicola BACCETTI, responsabile Area BIO-EPD – Instituto Superiore per la Protezione e la Ricerca
    Ambientale (ISPRA)

    Photo n°2 : Goéland d’Audouin Ichthyaetus audouinii, Audouin’s Gull, La Grande Seiglière, Genas (Rhône), France, 13 septembre 2023, LE COMTE Loïc

    Comportement
    L’oiseau évoluait isolément d’une dizaine de Goélands leucophées. Le tout, à faible distance de mon véhicule (environ 50 m), alors que, classiquement, ces derniers stationnaient, eux, loin de l’agitation humaine (environ 150 m, pour les plus proches). En quête de nourriture, il semblait s’alimenter de larves, probablement de Tipule des prairies Tipula paludosa ou autres chenilles indéterminées, allant jusqu’à s’intéresser à un lombric Lumbricina sp., sans que je puisse voir s’il l’ingérait ou pas. Cela
    correspond à ce qui est rapporté dans la littérature (Cahiers d’Habitat « Oiseaux » – sans date) où, en dehors de ressources pélagiques, il est également fait mention d’insectes, de passereaux migrateurs, de rongeurs, de lézards (PEREZ-MELLADO et al. 2014) : «…for example, on Aire islet (Menorca, Balearic Islands), a juvenile of the Audouin’s gull regurgitated three Balearic lizards, clearly fed by parents (MAYOL pers. comm., PEREZ-MELLADO 2006)…» ou encore d’Écrevisses rouges des marais Procambarus clarkia (NAVARRO 2010).

    Présentation succincte des sites de reproduction des îles Pédagne (Italie)

    Photo n°3 : localisation des Îles Pédagne (source : © Google)

    Les « îles » Pédagne sont constituées d’un groupe de six îlots, situés dans le port externe de Brindisi (région des Pouilles, Italie). On dénombre ainsi Pedagne Grande, Giorgio Treviso, Monacello, La Chiesa, Traversa (zone militaire) et enfin Sant’Andrea, qui abrite la plus importante colonie de reproduction de Goélands d’Audouin.
    L’histoire de vie fournie par Nicola BACCETTI ne précise pas sur lequel de ces îlots a été bagué IZLZ. Toutefois, on peut raisonnablement supposer qu’il s’agit de Sant’Andrea. Si, dans la région des Pouilles, la population de Goélands d’Audouin est suivie depuis 1990, la constitution en 2020 d’une nouvelle
    colonie, a fait de ce secteur celui accueillant la plus importante population de l’Adriatique, en même temps que de l’est du bassin méditerranéen. Ainsi, en 2022, celle-ci atteignait 517 couples reproducteurs, pour un total de 703 oisillons (LIUZZI et al. 2023). On retiendra qu’en Corse, le nombre de couples reproducteurs évolue entre 40 et 60/70, selon les années (RECORBET 2020).

    Dispersion postnuptiale du Goéland d’Audouin en France (hors Corse)

    En dispersion postnuptiale, le Goéland d’Audouin peut être observé sur l’ensemble du pourtour
    méditerranéen, mais également sur les côtes africaines, cela jusqu’en Sénégambie (BAILLON 1989), et portugaises. En France, hors Corse, les données côtières sont rares : quelques individus par année, sur les rivages de la méditerranée, un à deux sur la côte atlantique. On notera cependant, hors postnuptial, un cas de reproduction dans la Réserve Naturelle nationale du Banc d’Arguin (La Teste-de-Buch, Gironde), en juillet 2021 (faune-aquitaine.org 2021) !
    Les données dans les terres relèvent, elles, du rarissime. Pour les deux dernières années, nous en relevons deux en 2023 : celle de Genas et une autre dans la Loire (Antony FAURE), quelques jours plus tôt (le 3 septembre) à l’étang de Prépieux (Cuzieu 42), également un 1ercy, dont la photographie ne permet pas d’apprécier s’il est bagué ; mais comment ne pas soupçonner un même individu ? En 2022, une donnée d’un adulte, le 13 mai 2022 à La Chatière, Conjux, 73, et une en 2021 du 14 au 19 septembre 2021 d’un 1ercy à la Réserve ornithologique de Bas-Rebourseaux, Vergigny, 89. Une recherche plus large révèle 1 à 2 individus/an, avec des séries d’années sans qu’aucun ne soit observé dans les
    terres… Toutefois, toutes les classes d’âge semblent rapportées.

    Conclusion
    À quand le prochain ? C’est ainsi qu’Antoine CHABROLLE concluait son article. À nouveau, pas avant vingt ans ?
    En fait, possiblement, autrement plus rapidement ; et très certainement même, cette fois encore en provenance de colonies sud-est européennes ; du moins si l’on suit Ricard GUTIERREZ & Emma GUINART* (GUTIERREZ & GUINART 2008). En effet, appuyant leur thèse sur des relectures en Espagne (pays accueillant à lui seul environ 80% de la population hivernante mondiale), ainsi qu’une en Haute-Savoie (cf. supra), d’oiseaux en provenance de petites colonies du sud-est de l’Europe (Italie, Croatie), ils envisagent un mouvement croissant est/ouest, soit d’individus issus de petites colonies de reproduction, vers des colonies autrement plus prospères. Ainsi, ils estiment très probable la multiplication d’observations d’individus errant d’est en ouest (westwardvagrancy).


    Wait and see, donc…

    * « At the time of writing, four colour-ringed individuals have been observed in Guipúzcoa, Euskadi, on the Atlantic coastline of northwest Spain, but only two of these came from the Ebro Delta: one was from a small colony in Croatia, and another was from Livorno, Italy. This provides direct evidence that at least some of the Audouin’s Gulls that reach the west coast of Europe are derived from the much smaller populations breeding in the central and eastern Mediterranean. Furthermore, a pullus ringed at Pianosa Island, Tuscany, Italy, in June 2001 was seen at Margencel, Haute-Savoie, France, on16th August 2001, and again near Allaman, Switzerland, on 18th August 2001 (GANTLETT 2002). Although the central and eastern Mediterranean populations of Audouin’s Gull are much smaller, the occurrence of three colour-ringed birds from colonies in this region in western Europe suggests that, for some reason, these may be more pre disposed to west ward vagrancy than their Spanish counterparts. Many of these colonies remain small and show no sign of the extraordinary rates of population growth experienced by Spanish colonies (BirdLife International 2004; MÍNGUEZ 2006). While this remains the case, future records of Audouin’s Gull in western Europe may remain nothing more than erratic and occasional. If these populations do start to increase, however, it is possible that this species may become more familiar in northwest Europe. ».

    Bibliographie

    • ADRIAENS P., MUUSSE M., DUBOIS P.J. & JIGUET F. (2021). Les laridés du Paléarctique
      occidental, guide d’identification des mouettes et des goélands, éd. Delachaux et Niestlé, 318 pages.

    Liens utiles :

    Résumé : La découverte par l’auteur, le 13 septembre 2023, dans la commune de Genas (Rhône) d’un Goéland d’Audouin Ichthyaetus audouinii de 1er cycle, bagué DARVIC IZLZ, et issu d’une nouvelle colonie établie dans les îles Pédagne (Mer Adriatique) est relatée. Il s’agit de la seconde mention de l’espèce en région lyonnaise. Des éléments de détermination ainsi que des traits de comportement notés in situ sont rapportés. La rareté des données dans les terres en France est abordée. Enfin, est esquissée une présentation de la population des Îles Pédagne.

    Summary : The discovery by the author, on September 13, 2023, at the town of Genas (Rhône) of a Audouin’s Gull Ichthyaetus audouinii of 1st cycle, banded DARVIC IZLZ, and from a new colony established in the Pedagne Islands (Adriatic Sea) is related. This is the second record of the species in the Lyon region. Elements of determination and behavioural traits noted in situ are reported. The scarcity of data from inland in France is discussed. Finally, a presentation of the population of the the Pedagne Islands is briefly given.

    Resumen : El autor el presente artículo relata el descubrimiento, el 13 de septiembre de 2023, en el municipio de Genas (Ródano) de una Gaviota de Audouin Ichthyaetus audouinii de 1º ciclo, anillada en DARVIC IZLZ, y procedente de una nueva colonia establecida en las islas Pedagne (Mar Adriático). Se trata de la segunda mención de esta especie en la región lionesa. En el artículo se comunican los elementos de determinación y los rasgos de comportamiento observados in situ. Se aborda la escasez de datos en Francia. Por último, se esboza una presentación de la población de esta especie en las Islas Pedagne.

    ____________________________________________

    Loïc LE COMTE

    Article originairement paru in : L’EFFRAIE n° 62 LPO-Rhône

    Illustration sans titre
  • Danger représenté pour les chiroptères par les lignes de 
pêche. Exemple du sauvetage d’un Murin de Daubenton  Myotis daubentonii au canal de Jonage, Meyzieu (69) / The Danger Fishing Lines Pose to Bats. An Example of the Rescue of a Daubenton’s Bat (Myotis daubentonii) at the Jonage Canal in Meyzieu (Rhône), France.

    Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. (2023). Danger représenté pour les chiroptères par les lignes de pêche. Exemple du sauvetage d’un Murin de Daubenton Myotis daubentonii au canal de Jonage, Meyzieu (69). L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 61 : 15-17.

    Donnée déposée dans la base de données https://www.faune-france.org/index.php?m_id=54&id=134862903


    Mots clés : Murin de Daubenton, Myotis daubentonii, chiroptera, chauve-souris, vespertilionidae, déchets de pêche Introduction

    Introduction

    En ce petit matin du jeudi 29 juin 2023, la mission que je m’assignais était : retrouver la femelle de Fuligule milouinan Aythya marila découverte quelques jours plus tôt et tenter d’en tirer un portrait honnête… Ainsi, je laissais la voiture au Pont d’Herbens et me dirigeais vers le réservoir du Grand Large, afin de vérifier si rien de remarquable n’était posé sur les palplanches. C’est en commençant à prendre la direction de la Forestière que mon regard fut attiré par le spectacle d’un chiroptère comme suspendu au-dessus de l’eau. Je découvris rapidement la cause de cette étonnante posture : il était retenu par une ligne de canne à pêche (photo n°1), elle-même accrochée à une branche, fait que j’avais effectivement noté quelques jours plus tôt. Ainsi, ce n’est non pas un appât accroché à l’hameçon qui, dans ce cas, aura suscité une curiosité « fatale », mais l’hameçon lui-même ! Le temps de trouver un bâton d’une longueur suffisante, de manœuvrer afin de casser le fil sans trop exercer de tension, et ce qui me semblait correspondre à un Murin de Daubenton Myotis daubentonii, se retrouvait entre mes doigts. Par chance, l’hameçon, qui n’avait que faiblement pénétré les chairs, se détachait rapidement, sans dommage pour le palais du Chiroptère. Alors que celui-ci commençait à s’agiter, je tentais quelques clichés avec mon téléphone (photos n°2, 3 & 4), mais en cherchant à le manipuler le moins possible et en oubliant, entre autres choses, de détailler son patagium ainsi que ses pieds… Très vite, il s’envolait.

    Photo n°1 : Chiroptère pris par un hameçon, Meyzieu, juin 2023, Loïc LE COMTE

    Détermination de l’espèce
    Plus tard, dans un souci d’exactitude sur ma détermination de l’espèce, je postai ma donnée sur la liste de discussion chauves-souris@googlegroups.com. Les retours s’avérèrent plus nuancés qu’attendu : si la plupart allèrent dans le sens d’un Murin de Daubenton, grande fut ma surprise de voir évoqué de manière argumentée un Murin de Capaccini Myotis capaccinii. Ainsi, Fabien SANÉ (Association Lozérienne pour l’Étude et la Protection de l’Environnement – ALEPE) : « D’après l’ongle du pouce, j’y vois plutôt un Murin de Capaccini… Juv ou immature – même si je ne vois pas de tache mentonnière, mais je ne sais pas si cette espèce en présente une… – La forme est vraiment typique (très large à la base et s’amincissant très rapidement et se terminant presque en filament vs ongle beaucoup plus long du daub incurvé très régulièrement sur les deux bords…) ».
    Toutefois, l’ouvrage Les chauves-souris de Rhône-Alpes (2014) limite la répartition nord du Murin de Capaccini aux gorges de l’Ardèche (données extrêmes : 2012) et, de manière moindre, au sud du département de la Drôme (https://plan-actions-chiropteres.fr/les-chauves-souris/les-especes enfrance/murin-de-capaccini). Et, même si ce texte date d’au moins 12 ans, le « bond » géographique paraît plus que vertigineux… Ainsi, et en plus de l’absence d’éléments diagnostiques, importe-t-il de rester prudent ! Nous en restons donc à la « plus » que vraisemblance », et nous réjouirons vivement du sauvetage d’un Murin de Daubenton !

    Photos n°2, 3 & 4 : Murin de Daubenton Myotis daubentonii, Meyzieu, juin 2023, Loïc LE COMTE

    Présentation succincte du Murin de Daubenton Myotis daubentonii :
    « Le » murin pêcheur « commun » des zones humides, en milieux boisés ! Consommant essentiellement des chironomidae (BECK 1995), il fréquente surtout les eaux calmes (étangs, mares, lacs, rivières de plaine & canaux). Il gîte sous les ponts (disjointements), les bâtiments riverains, les cavités d’arbres, mais également les cavités souterraines. On notera que, dans la zone méditerranéenne, l’espèce entre en sympatrie avec le Murin de Capaccini. Dans le département du Rhône, le Murin de Daubenton est contacté régulièrement, même en zone de relief. La mise-bas se réalise au cours de l’été, pendant les mois de juin-juillet.

    Autres cas de chiroptères en prise avec des hameçons (liste non exhaustive)

    • Nathalie DESCY – Écho des Rhinos – 12 – n°47 – février 2008 – Rapport du sauvetage, via un centre de revalidation, d’un chiroptère ayant mordu dans une mouche… de pêche.
    • Page de l’ASPAS, consacrée aux déchets de pêche :
      chttps://www.aspas-nature.org/nos-combats/dechets-de-peche – Le montage vidéo en illustration de l’article, entre autres victimes d’hameçons, montre un chiroptère indéterminé « harponné » au niveau du propatagium.
    • Page Facebook titrée Chauve qui peut : parole de chauves-souris
      https://www.facebook.com/Paroledechauvesouris/. Compilation de posts décrivant des sauvetages et autres mises en protection de colonies. Celui du 9 juin 2023 rapporte le cas d’un sauvetage d’une Pipistrelle commune, trouvée accrochée au niveau du corps par un hameçon.
    • Blog Nicolas39 – Pêche à la mouche – Post en date du 4 mars 2015, titré : Le nylon, ce tueur invisible
      https://www.nicolas39-peche-mouche.com/index.php?post/Le-nylon-ce-tueur-invisible.
      L’auteur invite les pêcheurs à récupérer toutes lignes de pêche laissées à l’abandon, afin d’éliminer ces pièges mortels. Une photographie d’un chiroptère non déterminé, suspendu en l’air, accroché à
      un hameçon, vient illustrer son propos.
      Le journal de Saône-et-Loire du 18 septembre 2011. Article « sensationnaliste » titré : Une chauve
      souris mord à l’hameçon. Où il est rapporté qu’un enfant de 6 ans utilisa un dégorgeoir, afin de
      libérer une chauve-souris non déterminée ayant « mordu » un hameçon appâté avec un asticot…. Le tout illustré d’une photographie racoleuse à souhait…
      https://www.lejsl.com/edition-de-chalon/2011/09/18/une-chauve-souris-mort-a-l-hamecon.

    Conclusion
    Une recherche ciblée sur le web nous apprend qu’un chiroptère en prise avec un hameçon n’est pas chose si rare… Que cela se passe alors que la ligne de pêche est « active » (canne à pêche en main) ou « passive » (abandonnée dans l’environnement, après que le pêcheur ait dû « casser » faute de ne parvenir à décrocher d’une branche ou autre racine). L’ASPAS, en collaboration avec Sea Shepherd, a produit une plaquette (sans date) signalant le danger représenté par ces déchets de pêche. Enfin, le blog évoqué plus haut montre que, dans la communauté des pêcheurs aussi, le problème est connu et induit parfois des actions de collectes plus que méritoires.

    Remerciements
    Sont remerciés pour leur aide à la détermination : Laurent ARTHUR (historiquement, Muséum de Bourges), Kate DERRICK (Groupe chiroptères Corse), Loup NOALLY (LPO Ain), ainsi que Fabien SANÉ (Association Lozérienne pour l’Étude et la Protection de l’Environnement – ALEPE).

    Bibliographie

    Autres sources documentaires consultées :
    https://chauvesouriscorse.fr/
    http://www.museum-bourges.net/chauve-souris-plan%C3%A8te-chauve-souris-37.html
    https://plan-actions-chiropteres.fr/les-chauve-souris/les-especes-en-france/murin-de-capaccini
    https://plan-actions-chiropteres.fr/les-chauve-souris/les-especes-en-france/murin-de-daubenton

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    L’EFFRAIE n°61 LPO-Rhône

    Illustration sans titre
  • Les plongeons Gavia sp. observés de 1989-90 à 2024-25 dans la Métropole de Lyon et le département du Rhône / Loons (Gavia sp.) observed from 1989–90 to 2024–25 in the Lyon metropolitan area and the Rhône department

    Rédaction Dominique TISSIER, Vanessa GAREL & Loïc LE COMTE

    Citation recommandée / Recommended citation : TISSIER D., GAREL V., LE COMTE L. (2025). Les plongeons Gavia sp. observés de 1989-90 à 2024-25 dans la Métropole de Lyon et le département du Rhône. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 67 : 14-21.

    Introduction
    Les plongeons sont de grands oiseaux aquatiques vivant dans le nord de l’Europe et de l’Amérique et qu’on n’observe en France qu’en migration ou en hivernage. Ils sont le plus souvent observés sur le littoral et beaucoup plus rarement à l’intérieur des terres.
    En région lyonnaise, on note un ou deux oiseaux presque chaque hiver (RENAUDIER 1998, LE COMTE & TISSIER 2025), mais le changement climatique pourrait rendre ces observations de plus en plus rares. Il nous a semblé intéressant de reprendre les citations des trois espèces rapportées dans nos archives, dans les archives du CORA-Rhône et dans la base de données faune-rhone.org depuis les premières
    données de 1990.

    Ajoutons-y les précieuses anciennes mentions de Léon OLPHE-GALLIARD (1891), telles que reprises dans l’Effraie n°48 :
    COLYMBUS SEPTENTRIONALIS : Plongeon catmarin Gavia stellata
    Pas rare en Hiver. Jeunes.
    COLYMBUS ARCTICUS : Plongeon arctique Gavia arctica
    Plus rare que le C. septentrionalis. Jeunes.

    Description
    Dans l’ordre des Gaviiformes, l’unique famille des Gaviidés comprend seulement cinq espèces de plongeons (loon ou diver en anglais), appelés huarts par les canadiens francophones, dont les aires de répartition sont circumpolaires et se situent dans l’holarctique (DEL HOYO 2020). Ce sont :
    Le Plongeon catmarin Gavia stellata : Amérique du Nord et Groenland, nord de l’Eurasie
    Le Plongeon arctique Gavia arctica : Scandinavie, nord de la Russie
    Le Plongeon du Pacifique Gavia pacifica : Alaska et extrême nord-est de la Russie
    Le Plongeon imbrin Gavia immer : nord de l’Amérique, Groenland et Spitzberg
    Le Plongeon à bec blanc Gavia adamsii : extrême nord de la Russie et de l’Alaska

    Seules trois, le catmarin, l’arctique et l’imbrin, ont été notés en région lyonnaise.

    Comme ils doivent courir sur l’eau pour décoller, on ne les voit souvent que sur des plans d’eau d’assez grande surface, comme le Lac des Eaux-Bleues de Miribel-Jonage, le Grand Large, la gravière d’Arnas ou, il y a plus longtemps, le barrage de Pierre-Bénite, etc… Ils se nourrissent de poissons et d’invertébrés aquatiques (crustacés, mollusques, insectes), et de plus en plus d’écrevisses américaines malencontreusement introduites, qu’ils pêchent en enfonçant à moitié la tête sous l’eau pour les repérer malgré les reflets. Tous ont le corps profilé pour la nage, les pattes très en arrière du corps comme celles des grèbes et les doigts palmés pour se propulser sous l’eau où ils peuvent rester immergés de 50 à 120 secondes, jusqu’à 6-10 mètres de profondeur, en ressortant parfois jusqu’à une centaine de mètres plus loin. Ils ont des cris extrêmement sonores, mais que l’on n’entend qu’aux sites de nidification.
    Les trois espèces sont en régression en Europe, probablement à cause des pollutions aux pesticides et au mercure, qui affectent la réussite des pontes, et aux dérangements humains autour des zones de reproduction.

    Nous ne reprendrons pas ici la description des plumages et les critères d’identification. Le lecteur pourra consulter le blog de Marc DUQUET :
    DUQUET M. (2025). Plongeons d’hiver – marcduquet.com et les guides de référence (HUME et al. 2023, MULLARNEY et al. 2010, VAN DUIVENDIJK 2024).

    Plongeon catmarin Gavia stellata
    Le mot catmarin signifie « chat de mer », peut-être en référence à l’un de ses cris. Appelé aussi Plongeon à gorge rouge, c’est le plus petit des plongeons (53 à 69 cm). Le mâle est un peu plus gros que la femelle.

    Observations (27 ind.) :
    Hiver 1991-92 : Grand Large : 3 du 21 au 23 décembre, 1 à Pierre-Bénite le 8 février
    Hiver 1993-94 : Grand Large et Miribel-Jonage : 1-2 en novembre
    Hiver 1999-2000 : Miribel-Jonage : 1 en décembre et 1 en janvier
    Avril 2003 : Grand Large : 1 du 7 au 17
    Décembre 2003 : Miribel-Jonage : 1
    Décembre 2004 : Grand Large : 1
    Février 2006 : Grand Large : 1 le 4
    Décembre 2007 : Grand Large : 1 tout le mois
    Janvier 2009 : Bourdelan d’Anse : 1 du 4 au 8 confluent : 1 le 6
    Hiver 2009-10 : Bourdelan d’Anse : 1 du 27 décembre au 16 mars
    Hiver 2013-14 : Arnas : 1 les 1-2 déc. et 1 le 4 janvier Miribel-Jonage : 1 du 21 décembre au 8 janvier
    Hiver 2015-16 : Arnas : 1 du 26 janvier au 13 février
    Hiver 2016-17 : Miribel-Jonage et Grand Large : 1 du 6 janvier au 11 février
    Hiver 2019-20 : Arnas : 1 du 1er au 5 novembre
    Novembre 2020 : Arnas : 1 du 13 au 18
    Décembre 2021 : Grand Large : 1 le 12 Miribel-Jonage : 1 le 20
    Décembre 2022 : Miribel-Jonage : 1 le 12
    Hiver 2024-25 : Base nautique d’Anse : 1 à partir du 20 janvier et jusqu’à début mars

    Plongeon catmarin, Arnas, novembre 2019, Fred LE GOUIS – P. catmarin, Miribel-Jonage, janv. 2017, Hubert POTTIAU (en haut, à droite)- Plongeon catmarin, Miribel-Jonage, janvier 2014, Hubert POTTIAU (en bas) et décembre 2013, Jean-Marie NICOLAS (en bas, à droite)
    Noter le profil de tête assez typique de cette espèce, front fuyant et bec fin souvent relevé.

    Un des oiseaux, celui de Miribel-Jonage en janvier 2017, a été vu au moins deux fois avec un fil de pêche dans le bec du 9 au 11 janvier, mais sans fil ensuite !

    Plongeon arctique Gavia arctica
    Plongeon de taille moyenne (58 à 73 cm, la taille d’une oie), il est souvent le plus difficile à identifier, car intermédiaire entre les deux autres. On notera le front droit avec le dessus de la tête moins rond que celui du catmarin, le bec en poignard, assez long et droit, et souvent une tache blanche à l’arrière des flancs, visible quand l’oiseau ne nage pas trop enfoncé dans l’eau. Le mâle est un peu plus gros que la femelle.

    Observations (20 ind.) :
    Janvier 1991 : Grand Large : 1 le 1er janvier
    Décembre 1993 : Miribel-Jonage : 1 le 18
    Hiver 1996-97 : Grand Large : 1 le 2 et le 9 février
    Hiver 1997-98 : Miribel-Jonage : 1 le 11 novembre
    Décembre 2001 : Grand Large : 1 le 31
    Avril 2003 : Miribel-Jonage : 1 le 19
    Hiver 2009-10 : Grand Large : 1 du 16 janvier au 7 février, puis le 17 février et du 19 au 26 mars, puis du 16 au 26 avril – Anse : 1-2 du 24 au 30 janvier, 1 du 8 au 16 février
    Hiver 2011-12 : Miribel-Jonage : un séjour long et tardif du 14 avril au 20 mai
    Hiver 2013-14 : Grand Large : 1 les 20-21 novembre Anse : 1 le 29 décembre
    Hiver 2016-17 : Grand Large : 1 le 13 novembre
    Novembre 2020 : Barrage de Pierre-Bénite : 1 probable le 30
    Hiver 2023-24 : Miribel-Jonage : 1 du 12 janvier au 2 février (2 le 18 janvier)

    Plongeon arctique, Miribel-Jonage, janvier 2024, Alexandre AUCHÈRE (à gauche) & Loïc LE COMTE (en haut, à droite – Plongeon arctique, Miribel-Jonage, janvier 2024, L. LE COMTE (en bas, à droite) – Plongeon arctique, Grand Large, janvier 2021, Hubert POTTIAU (en bas)


    Plongeon imbrin Gavia immer
    Le Plongeon huard, comme le nomment les québécois, est le plus grand des trois (68 à 90 cm) et le plus rare en France et en Europe.

    Observations (22 ind.) :
    Hiver 1988-89 : Miribel-Jonage : 1
    Janvier 1990 : Miribel-Jonage : 1 le 2 janvier
    Hiver 1991-92 : Barrage de Pierre-Bénite : 1 le 12 janvier et 1 le 8 février (le même ?)
    Hiver 1998-99 : Miribel-Jonage : 1 le 30 octobre, 2 du 14 au 28 novembre, 2 le 10 janvier
    Janvier 2003 : Parc de la Tête d’Or : 1 du 18 au 29 janvier
    Décembre 2006 : Miribel-Jonage : 1 du 10 au 16
    Hiver 2008-09 : Grand Large : 1 du 24 novembre au 15 décembre, puis 2 jusqu’au 9 janvier
    Hiver 2009-10 : Grand Large : 1 du 24 novembre au 15 décembre, puis 2 jusqu’au 9 janvier
    Hiver 2011-12 : Miribel-Jonage : 1 le 7 janvier
    Hiver 2013-14 : Base nautique, Anse : 1 du 9 février au 13 février
    Hiver 2014-15 : Base nautique, Anse : 1 du 5 janvier au 18 février
    Hiver 2019-20 : Base nautique, Anse : 1 du 11 novembre au 15 décembre
    Hiver 2023-24 : Arnas : 1 du 13 janvier au 16 mars Miribel-Jonage : 1 le 21 janvier
    Hiver 2024-25 : Base nautique, Anse : 1 du 30 décembre au 23 février

    Plongeon imbrin, Anse, janvier 2025, Léandre COMBE – Plongeon imbrin, Arnas, février 2024, Loïc LE COMTE (en haut, à droite) – Plongeon imbrin, Arnas, janvier 2024 Pierre MASSET (en bas, à droite)- Plongeon imbrin, Anse, novembre 2019, Guillaume BROUARD (en bas)


    Noter le bec fort et droit, le front droit et le dessus de la tête assez plat, paraissant parfois un peu anguleux. Une encoche blanche est souvent bien apparente au cou, au-dessus d’un demi-collier sombre

    Discussion
    Comme déjà noté par OLPHE-GALLIARD, presque tous les oiseaux vus correctement en région lyonnaise ont été décrits en plumage de premier hiver, caractérisé surtout par un dos écailleux et l’avant du cou blanc. Pour les voir dans leur magnifique plumage nuptial, il faudra voyager au-delà du cercle polaire ou avoir la chance d’observer quelques adultes en avril-mai, par exemple à l’île de Ré ou sur les côtes bretonnes, quand ils remontent vers leur site de nidification.
    Les oiseaux des trois espèces hivernent en mer ; en France, ils sont en grande majorité présents sur le littoral de la Manche et de l’Atlantique, mais ils ne vont guère au-delà de la Charente-Maritime et encore moins vers les côtes de la péninsule ibérique (DUQUET 2025). Ils sont moins fréquents sur le littoral méditerranéen (Camargue surtout) et les mentions à l’intérieur des terres restent très rares (DUBOIS et al. 2008), provenant souvent de l’Alsace (cours du Rhin) et des lacs de Champagne-Ardenne.

    La plupart des individus notés en France viennent probablement majoritairement de Scandinavie et de l’ouest de la Russie, mais aussi du Groenland, d’Islande et d’Écosse. Les nicheurs quittent les zones de reproduction nordiques vers septembre-octobre, en raison du froid, mais surtout de la raréfaction de leurs proies en hiver (ZUCCA 2024, DUQUET 2021). Ceux qui arrivent chez nous sont donc vus fin octobre, mais surtout de novembre à janvier-février. Ceux qui sont notés en février-mars sont probablement des oiseaux en migration prénuptiale remontant vers la Scandinavie et la Russie (graphes n°1, 2 & 3). Ils sont encore notés en avril ou exceptionnellement en mai (max 20 mai 2012).

    Les quatre principaux lieux d’observation étant très prospectés, on a fait l’hypothèse que les citations dans la base qui s’étalent sur une période plus ou moins longue au même endroit font état du même individu. Le décompte des oiseaux observés est très voisin pour les trois espèces, un peu supérieur toutefois pour le P. catmarin (27-20-22).
    On voit que beaucoup d’oiseaux ne restent qu’un seul jour, d’autres plusieurs jours, mais qu’il y a parfois de longs séjours de plus d’un mois, voire de plus de deux mois : max 80 jours (27/12 au 16/03) pour un catmarin à Anse, pendant l’hiver 2009-10, et 111 jours (5/12 au 26/03) pour un imbrin au Grand Large le même hiver 2009-10. Cet hiver 2009-10 (qui a vu aussi 7 arctiques), décembre 2009 et janvier 2010, a vu une météo très mauvaise, avec un froid inhabituel et beaucoup de neige en Grande-Bretagne et en Irlande. Le mois de janvier 2010 (du 4 au 12) correspond au dernier coup de froid remarquable qu’ait connu la France. L’hiver s’est terminé par deux tempêtes majeures, dont la tempête Xynthia en France.

    Graphe n°1 : nombre de Plongeons catmarins par mois observés dans la Métropole de Lyon et le département du Rhône de 1989 à 2025

    Le graphe n°1 montre clairement que les séjours et passages du Plongeon catmarin se situent essentiellement dans les 4 mois de novembre à février. Rien ou presque en dehors de cette période.
    Comme il n’y a que 10 hivers (27%) où un oiseau séjourne plus de 4 jours, on peut donc estimer que cette espèce est visible chez nous plutôt en halte migratoire. Notons 19 hivers sur 37 analysés (51%) sans mention aucune. Mais par contre 7 hivers de suite avec mentions, de 2002-03 à 2009-10.

    Le graphe n°2 montre que, pour le Plongeon arctique, les citations s’étalent davantage de novembre à mai, avec seulement 7 séjours de plus de 4 jours, ce qui explique que les valeurs mensuelles sont moins grandes (maxi 5 au lieu de 12). On aurait donc un peu plus d’oiseaux en halte migratoire que pour le précédent. On note aussi 25 hivers sur 37 analysés (68%) sans aucune donnée.

    Graphe n°2 : nombre de Plongeons arctiques par mois observés dans la Métropole de Lyon et le département du Rhône de 1989 à 2025. NDLR : le nombre total de données semble moins important ici que pour les deux autres graphes car le séjour des arctiques s’étale moins souvent
    sur plusieurs mois.
    Graphe n°3 : nombre de Plongeons imbrins par mois observés dans la Métropole de Lyon et le
    département du Rhône de 1988 à 2025. NOTA : la seule donnée d’octobre est du 30 du mois.
    Graphe n°4 : nombre de plongeons des trois espèces (catmarin, arctique et imbrin) par hiver observés dans la Métropole de Lyon et le département du Rhône de 1988 à 2024, avec courbe de tendance polynomiale (en rouge)

    Le graphe n°3 du Plongeon imbrin ressemble davantage à celui du catmarin avec des données obtenues surtout de novembre à février et un maximum très marqué en janvier. Une seule donnée en octobre, mais rien en avril. Il y a 13 oiseaux qui effectuent des séjours de plus de 4 jours, dont un maximum de 111 jours pendant l’hiver 2009-2010. Notons 22 hivers sur 37 analysés (59%) sans mention aucune. Le 15 décembre 2019, à la base nautique d’Anse, un oiseau était pris dans un fil de pêche qui lui bloquait le bec, le cou et les ailes (fide Solenn CHAUDET). Mais il a pu être capturé et débarrassé de son piège. Toutefois, un hameçon lui a également blessé la langue.

    Ces fils de pêche abandonnés par les pêcheurs après casse posent souvent aussi problème pour d’autres espèces plus communes. Les Cygnes tuberculés Cygnus olor et les laridés se font souvent prendre dans des fils ou des filets. Plusieurs Mouettes rieuses Chroicocephalus ridibundus ont été vues à Lyon avec des pattes nécrosées ou coupées ! Mais aussi parfois des chauves-souris (LE COMTE 2023).

    L’idée de montrer une influence du changement climatique sur le nombre d’oiseaux observés par hiver dans la Métropole de Lyon et en val de Saône s’est avérée mauvaise (graphe n°4, pas de tendance apparente) ! En effet, l’augmentation de la pression d’observation à partir des années 2000 et 2010 multiplie les citations et masque probablement une tendance quelconque. On voit simplement que les trois espèces restent très occasionnelles en région lyonnaise, alors que OLPHE-GALLIARD les disait, au moins pour le Plongeon catmarin, « pas rare en hiver » au XIXè siècle, malheureusement sans plus de commentaires.

    Le grand pic du graphe n°4 en 2009-10 s’explique simplement par le séjour cet hiver-là de 7 Plongeons arctiques (4 successifs au Grand Large et 3 à Anse). On remarque une moindre fréquentation du Grand Large depuis 2011, avec 18 oiseaux avant 2011, puis seulement 4 ; s’agit-il d’une baisse des ressources en nourriture ou du dérangement causé par le développement des activités de pêche, d’aviron et de voile ?

    Conclusion
    Les plongeons sont des oiseaux véritablement attachants, essentiellement du fait de leur grande taille qui les rend facilement repérables et qui permet aisément de les détailler à la longue-vue, même à grande distance. Sans fuir franchement l’observateur, ils ont l’art de s’en tenir à bonne distance, sans jamais perdre de vue sa position.
    Avec respectivement 27, 20 et 22 individus notés dans quatre sites principaux, le Grand Large, Miribel Jonage, la base nautique d’Anse et la gravière d’Arnas, ces gaviidés restent très rares en région lyonnaise sans qu’on puisse déceler une tendance particulière.

    Remerciements : Merci aux photographes qui ont permis d’illustrer cet article. Merci aux relecteurs et traducteurs. Merci aussi à tous les observateurs qui transmettent leurs données dans les bases numériques, en les agrémentant de commentaires.

    Bibliographie

    • DEL HOYO J. (2020). All the Birds of the World. Lynx Edicions, Barcelona. 970 pages.
    • DUBOIS P.J., LE MARÉCHAL P., OLIOSO G. & YÉSOU P. (2008). Nouvel Inventaire des Oiseaux de France. Delachaux et Niestlé, Paris, 560 pages.
    • DUQUET M. (2021). Migrations: Pourquoi et comment migrent les oiseaux. Delachaux & Niestlé, 192 pages.
    • DUQUET M. (2025). Plongeons d’hiver (I-II) – les Plongeons catmarin et arctique. Après Ornithos.
      https://marcduquet.com/plongeons-dhiver-i-le-plongeon-catmarin/
      https://marcduquet.com/plongeons-dhiver-iii-le-plongeon-arctique/
    • HUME R., STILL R., SWASH A. & HARROP H. (2023). Guide expert des Oiseaux d’Europe, manuel d’identification photographique. Biotope Éditions, Mèze, 640 pages.
    • LE COMTE L. (2023). Danger représenté pour les chiroptères par les lignes de pêche. Exemple du sauvetage d’un Murin de Daubenton Myotis daubentonii au canal de Jonage, Meyzieu (69). L’Effraie n°61, 15-17, LPO-Rhône.
    • LE COMTE L. & TISSIER D. (2025). Les Oiseaux du Rhône et de la Métropole de Lyon. 3è édition. Chante-Éditions, Lyon, 289 pages.
    • MULLARNEY K., SVENSSON L. & ZETTERSTRÖM D. (2010). Le guide Ornitho. Delachaux & Niestlé, Lausanne : 448 pages.
    • OLPHE-GALLIARD L. (1891). Catalogue des Oiseaux des environs de Lyon. Imprimerie PITRAT, Lyon. : 74 pages. Réédité quasi intégralement et commenté dans l’Effraie n°48, D. TISSIER 2018.
    • RENAUDIER A. (1998). Les oiseaux du Rhône ou Catalogue des Oiseaux du Lyonnais. L’Effraie n°13, 15-35, CORA-Rhône, Lyon.
    • VAN DUIVENDIJK N. (2024). Identifier les Oiseaux d’Europe. Le guide ultime. Tome 1. Delachaux & Niestlé, 632 pages.
    • ZUCCA M. (2024). La migration des oiseaux. 4è édition. Éditions SUD OUEST, 353 pages.
    • https://en.wikipedia.org/wiki/Winter_of_2009%E2%80%9310_in_Great_Britain_and_Ireland
    • https://actualite.lachainemeteo.com/actualite-meteo/2020-01-08/il-y-a-10-ans-neige-abondante-et-grand-froid-sur-la
      france-53713
    • Hiver 2009-2010 en Europe — Wikipédia

    Résumé : cet article fait le point sur les mentions de Plongeons catmarins Gavia stellata, Plongeons arctiques Gavia arctica et Plongeons imbrins Gavia immer, observés dans le département du Rhône et la Métropole de Lyon depuis 1989. Avec respectivement 27, 20 et 22 individus notés lors de 37 hivers dans quatre sites principaux, le Grand Large, Miribel-Jonage, la base nautique d’Anse et la gravière d’Arnas, ces gaviidés restent très rares en région lyonnaise sans qu’on puisse déceler une tendance particulière.


    Summary : this article reviews the records of Red-throated Loons Gavia stellata, Black-throated Loons Gavia arctica and Common Loons Gavia immer, observed in the Rhône department and la Métropole de Lyon since 1989. With 27, 20 and 22 individuals respectively recorded over 37 winters at four main sites, Grand Large, Miribel-Jonage, Anse water sports centre and Arnas gravel pit, these gaviids remain very rare in the Lyon region, with no discernible trend.


    Resumen : este artículo hace un balance de las observaciones de Colimbos chicos Gavia stellata, Colimbos árticos Gavia arctica y Colimbos grandes Gavia immer, observados en el departamento del Ródano y en la Métropole de Lyon desde 1989. Se registraron 27, 20 y 22 individuos respectivamente a lo largo de 37 inviernos en cuatro lugares principales, el Grand Large, Miribel-Jonage, el centro náutico de Anse y la cantera de grava de Arnas, estos gaviotines siguen siendo muy raros en la región lionesa, sin tendencia perceptible.

    Plongeon imbrin Gavia immer, Isère, novembre 2023, Loïc LE COMTE

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    L’EFFRAIE n°67 LPO-Rhône

    Illustration sans titre
  • La question de la trépanation « gourmande » chez la Mésange charbonnière Parus major et plus généralement celle de la mise à mort de passereaux et de chiroptères par cette espèce / The issue of “gluttonous” trepanation in the Great Tit (Parus major) and, more generally, that of the killing of passerines and bats by this species

    loiclecomte@yahoo.fr
    Academia : https://independent.academia.edu/Lo%C3%AFcLeComte
    Flickr : https://www.flickr.com/photos/127058286@N04/albums
    Instagram : https://www.instagram.com/loiclecomtewildlife/

    Photo n°1 : Mésange charbonnière – Great Tit – Parus major, rue du Château, Vernioz (Isère), France,
    28 mars 2020, photographie de l’auteur

    Citation recommandée / Recommended citation :
    LE COMTE L. (2026). La question de la trépanation « gourmande » chez la Mésange charbonnière Parus major et plus généralement celle de la mise à mort de passereaux et chiroptères par cette espèce. L’Effraie, revue de la LPO Rhône. Lyon. 73, 16-19.

    Mots clés/keywords : Ficedula hypoleuca, Gobemouche noir, Great Tit, Mésange charbonnière, Parus major, Pipistrelle commune, Pipistrellus pipistrellus, reproduction strategy, stratégie de reproduction, trépanation, trepanation

    Introduction
    On a tous la représentation des mésanges comme véritables joyaux ailés, familiers des parcs et jardins. Certaines, remarquablement enhardies au point de venir saisir dans notre main la graine que nous leur tendons, représentent clairement des alliés tout désignés de celui qui cherche à sensibiliser à la cause des oiseaux. Ce caractère effronté trahit des mœurs parfois étonnantes, dont la mise à mort par trépanation et consommation du cerveau d’une infortunée victime n’est pas des moindres ! Un trait de vie qui mérite d’être présenté ici…

    Présentation
    C’est par le biais de la chiroptérologie que nous avons été sensibilisés à la consommation de cerveaux par des Mésanges charbonnières Parus major. L’article de Péter ESTÓK (ESTÓK 1996) rapportait en effet ce fait en Hongrie, sur des Pipistrelles communes Pipistrellus pipistrellus hivernantes en entrée de cavité. L’accent était mis sur une rareté de sources de nourriture pour les mésanges, dans un contexte d’hiver long et froid. Surtout, cela semblait une consommation opportuniste de crânes émergés d’anfractuosités, où étaient venus se blottir des chiroptères alors en état de torpeur. Enfin, était débattue
    la possibilité que les cris émis alors par les « proies », dans un but défensif, aidaient les mésanges à localiser la tête de leurs victimes, dans un milieu caractérisé par sa faible luminosité…

    Plus tard, nous découvrîmes que le fait d’une telle prédation sur des passereaux était connu de longue date. Ainsi, Howard SAUNDERS (SAUNDERS 1899) écrivait : « la Mésange charbonnière s’attaque aux petits oiseaux faibles, leur fracassant le crâne de son puissant bec pour atteindre leur cerveau ; on sait
    même qu’elle a déjà utilisé cette méthode pour se nourrir de chauves-souris ».
    Pour autant, il faudra attendre J. L. CARIS (CARIS 1958) et son observation d’un Roitelet huppé Regulus regulus tué par une Mésange charbonnière (et même déplacé par celle-ci, cet oiseau ne pesant que 5 grammes), pour que ce type de prédation soit à nouveau remonté et commenté.

    Dans un article titré Climate Change May Affect Fatal Competition between Two Bird Species (SAMPLONIUS et al. 2019), aux conclusions largement reprises dans la presse dite généraliste (pour la France : Le Figaro¹, Marie-Claire² ), les biologistes Jelmer Menno SAMPLONIUS et Christiaan BOTH, du Groningen Institute of Evolutionary Life Sciences (GELIFES), mettront l’accent sur le fait que le changement climatique provoque le chevauchement des périodes de nidification de la Mésange charbonnière et du Gobemouche noir Ficedula hypoleuca, entraînant des conflits sur les lieux de reproduction allant jusqu’à la mise à mort de ce dernier.


    Ainsi, pour étudier les comportements de nidification de ces deux espèces, des nichoirs furent installés dans deux parcs nationaux néerlandais, Dwingelderveld et Drents-Friese Wold, et firent l’objet d’un suivi pendant 10 ans (de 2007 à 2016). Pas moins de quatre-vingt-huit Gobemouches noirs furent trouvés morts. Quatre-vingt-six d’entre eux avaient été tués par des Mésanges charbonnières, les deux autres par des Mésanges bleues Cyanistes caeruleus.
    Comme le rapportera Jelmer M. SAMPLONIUS : « Lorsqu’un Gobemouche noir entre dans un nichoir, il n’a plus aucune chance. En effet, la Mésange charbonnière est plus lourde, d’autant que les Gobemouches noirs se trouvent amaigris et donc affaiblis par une longue migration. En outre, les Mésanges charbonnières possèdent des griffes longues et puissantes ».


    Il précisera toutefois : « Fait intéressant, nous n’avons pas vu d’effet sur la population globale de Gobemouches noirs (environ 300 couples reproducteurs) présente dans notre secteur d’étude. Nous avons noté que les mâles tués étaient généralement ceux qui étaient arrivés tard dans la saison. Ces oiseaux tardifs ne trouvent souvent pas de femelles avec qui se reproduire, donc cela peut expliquer pourquoi ce comportement n’a aucun impact sur la population. Mais les comportements des deux espèces ont évolué à cause du changement climatique et, à mesure que les températures continuent d’augmenter, la tendance va probablement s’aggraver ».

    Photo n°2 : Gobemouche noir – European pied Flycatcher – Ficedula hypoleuca, rue Moncey, Lyon
    (Rhône), France, 15 mars 2022, photographie de l’auteur

    Discussion
    Pourquoi constate-t-on le fait que les cerveaux soient si fréquemment consommés ?
    Si les mésanges sont connues pour ne pas hésiter à se nourrir en hiver sur des charognes (SELVA et al. 2005), le fait que, lors de conflit territoriaux, et après mise à mort de leurs victimes, elles en viennent à décortiquer la boîte crânienne de ces derniers, allant jusqu’à atteindre leur cerveau et le consommer… cela interroge ! On est ici le plus souvent en début de période de reproduction où si, comme nous venons de le voir, les cavités susceptibles de recueillir un nid peuvent être disputées, les insectes ne manquent pas, du moins de manière absolument dramatique. Ce goût pour le cerveau de leurs victimes correspond-il à la réalité d’un organe représentant un apport nutritif remarquable ? Ce dernier, de par sa couleur et sa forme évoque-t-il quelque amande de graine ? Plus « simplement », la trépanation avec consommation alors opportuniste du cerveau, n’est-il pas le plus radical moyen d’obtenir l’immobilisation définitive du sujet ? Que de questionnements dont la synthèse reste à réaliser !

    Photo n°3 : Mésange charbonnière – Great Tit – au nid, avec cadavre au crâne trépané de Gobemouche noir – European pied Flycatcher. On retiendra que les victimes peuvent être facilement comptabilisées, du fait que la mésange ne peut expulser leur corps de la cavité. Photographie de Jelmer SAMPLONIUS.

    Conclusion
    Les Mésanges charbonnières font régulièrement l’objet d’articles de presse (cf. infra), dénonçant leur comportements meurtriers. Rassurons-nous, ces derniers sont loin d’être répandus, que ce soient ceux relatifs à la consommation hivernale de cerveaux de chiroptères ou ceux, printaniers, imputables au bouleversement climatique. Ces derniers trahissent une pression accrue d’ordre territorial entre deux espèces (ici donc la Mésange charbonnière et le Gobemouche noir, cité infra), devenues très concurrentielles en occupation de cavité, leur période de reproduction tendant toujours plus à se chevaucher…

    Bibliographie :

    Autre source citée :
    https://www.sciencealert.com/climate-breakdown-has-turned-this-adorable-birb-into-a-violent-killer

    ¹Le Figaro : Le réchauffement climatique transforme les mésanges en tueurs en série. BORDENAVE Vincent, 14 janvier 2019.
    ² Marie-Claire : Mésanges : peu de personnes le savent, mais cet oiseau adoré des Français peut se transformer en un redoutable tueur en série. CONSTANCE Agnès, 13 mars 2025.

    Photo n°4 : Pipistrellus sp., rue du Château, Vernioz (Isère), France, 13 septembre 2024. Photographie de l’auteur

    Résumé : est ici présentée la prédation de chiroptères et de passereaux par la Mésange charbonnière Parus major par trépanation du crâne et consommation du cerveau. Est ainsi rapporté le cas du Gobemouche noir Ficedula hypoleuca, dans le cadre d’une stratégie de défense d’un site de reproduction. Sont abordés l’historique de la connaissance de ces phénomènes ainsi que leur appréhension dans un cadre expérimental.


    Summary : This paper presents the predation of bats and passerines by the Great Tit Parus major through skull trepanation and consumption of the brain. It reports a case involving the Black Redstart Ficedula hypoleuca, in the context of a strategy to defend a breeding site. The history of our understanding of these phenomena is discussed, as well as their investigation in an experimental setting.


    Resumen : En este artículo se presenta la depredación de quirópteros y paseriformes por parte del Carbonero común Parus major mediante la perforación del cráneo y el consumo del cerebro. Se describe el caso del papamoscas cerrojillo Ficedula hypoleuca, en el marco de una estrategia de defensa de un lugar de reproducción. Se aborda la historia del conocimiento de estos fenómenos, así como su estudio en un marco experimental.

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    Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°73/2026 LPO-Rhône

    Illustration sans titre