La question de la trépanation « gourmande » chez la Mésange charbonnière Parus major et plus généralement celle de la mise à mort de passereaux et de chiroptères par cette espèce / The issue of “gluttonous” trepanation in the Great Tit (Parus major) and, more generally, that of the killing of passerines and bats by this species

loiclecomte@yahoo.fr
Academia : https://independent.academia.edu/Lo%C3%AFcLeComte
Flickr : https://www.flickr.com/photos/127058286@N04/albums
Instagram : https://www.instagram.com/loiclecomtewildlife/

Photo n°1 : Mésange charbonnière – Great Tit – Parus major, rue du Château, Vernioz (Isère), France,
28 mars 2020, photographie de l’auteur

Citation recommandée / Recommended citation :
LE COMTE L. (2026). La question de la trépanation « gourmande » chez la Mésange charbonnière Parus major et plus généralement celle de la mise à mort de passereaux et chiroptères par cette espèce. L’Effraie, revue de la LPO Rhône. Lyon. 73, 16-19.

Mots clés/keywords : Ficedula hypoleuca, Gobemouche noir, Great Tit, Mésange charbonnière, Parus major, Pipistrelle commune, Pipistrellus pipistrellus, reproduction strategy, stratégie de reproduction, trépanation, trepanation

Introduction
On a tous la représentation des mésanges comme véritables joyaux ailés, familiers des parcs et jardins. Certaines, remarquablement enhardies au point de venir saisir dans notre main la graine que nous leur tendons, représentent clairement des alliés tout désignés de celui qui cherche à sensibiliser à la cause des oiseaux. Ce caractère effronté trahit des mœurs parfois étonnantes, dont la mise à mort par trépanation et consommation du cerveau d’une infortunée victime n’est pas des moindres ! Un trait de vie qui mérite d’être présenté ici…

Présentation
C’est par le biais de la chiroptérologie que nous avons été sensibilisés à la consommation de cerveaux par des Mésanges charbonnières Parus major. L’article de Péter ESTÓK (ESTÓK 1996) rapportait en effet ce fait en Hongrie, sur des Pipistrelles communes Pipistrellus pipistrellus hivernantes en entrée de cavité. L’accent était mis sur une rareté de sources de nourriture pour les mésanges, dans un contexte d’hiver long et froid. Surtout, cela semblait une consommation opportuniste de crânes émergés d’anfractuosités, où étaient venus se blottir des chiroptères alors en état de torpeur. Enfin, était débattue
la possibilité que les cris émis alors par les « proies », dans un but défensif, aidaient les mésanges à localiser la tête de leurs victimes, dans un milieu caractérisé par sa faible luminosité…

Plus tard, nous découvrîmes que le fait d’une telle prédation sur des passereaux était connu de longue date. Ainsi, Howard SAUNDERS (SAUNDERS 1899) écrivait : « la Mésange charbonnière s’attaque aux petits oiseaux faibles, leur fracassant le crâne de son puissant bec pour atteindre leur cerveau ; on sait
même qu’elle a déjà utilisé cette méthode pour se nourrir de chauves-souris ».
Pour autant, il faudra attendre J. L. CARIS (CARIS 1958) et son observation d’un Roitelet huppé Regulus regulus tué par une Mésange charbonnière (et même déplacé par celle-ci, cet oiseau ne pesant que 5 grammes), pour que ce type de prédation soit à nouveau remonté et commenté.

Dans un article titré Climate Change May Affect Fatal Competition between Two Bird Species (SAMPLONIUS et al. 2019), aux conclusions largement reprises dans la presse dite généraliste (pour la France : Le Figaro¹, Marie-Claire² ), les biologistes Jelmer Menno SAMPLONIUS et Christiaan BOTH, du Groningen Institute of Evolutionary Life Sciences (GELIFES), mettront l’accent sur le fait que le changement climatique provoque le chevauchement des périodes de nidification de la Mésange charbonnière et du Gobemouche noir Ficedula hypoleuca, entraînant des conflits sur les lieux de reproduction allant jusqu’à la mise à mort de ce dernier.


Ainsi, pour étudier les comportements de nidification de ces deux espèces, des nichoirs furent installés dans deux parcs nationaux néerlandais, Dwingelderveld et Drents-Friese Wold, et firent l’objet d’un suivi pendant 10 ans (de 2007 à 2016). Pas moins de quatre-vingt-huit Gobemouches noirs furent trouvés morts. Quatre-vingt-six d’entre eux avaient été tués par des Mésanges charbonnières, les deux autres par des Mésanges bleues Cyanistes caeruleus.
Comme le rapportera Jelmer M. SAMPLONIUS : « Lorsqu’un Gobemouche noir entre dans un nichoir, il n’a plus aucune chance. En effet, la Mésange charbonnière est plus lourde, d’autant que les Gobemouches noirs se trouvent amaigris et donc affaiblis par une longue migration. En outre, les Mésanges charbonnières possèdent des griffes longues et puissantes ».


Il précisera toutefois : « Fait intéressant, nous n’avons pas vu d’effet sur la population globale de Gobemouches noirs (environ 300 couples reproducteurs) présente dans notre secteur d’étude. Nous avons noté que les mâles tués étaient généralement ceux qui étaient arrivés tard dans la saison. Ces oiseaux tardifs ne trouvent souvent pas de femelles avec qui se reproduire, donc cela peut expliquer pourquoi ce comportement n’a aucun impact sur la population. Mais les comportements des deux espèces ont évolué à cause du changement climatique et, à mesure que les températures continuent d’augmenter, la tendance va probablement s’aggraver ».

Photo n°2 : Gobemouche noir – European pied Flycatcher – Ficedula hypoleuca, rue Moncey, Lyon
(Rhône), France, 15 mars 2022, photographie de l’auteur

Discussion
Pourquoi constate-t-on le fait que les cerveaux soient si fréquemment consommés ?
Si les mésanges sont connues pour ne pas hésiter à se nourrir en hiver sur des charognes (SELVA et al. 2005), le fait que, lors de conflit territoriaux, et après mise à mort de leurs victimes, elles en viennent à décortiquer la boîte crânienne de ces derniers, allant jusqu’à atteindre leur cerveau et le consommer… cela interroge ! On est ici le plus souvent en début de période de reproduction où si, comme nous venons de le voir, les cavités susceptibles de recueillir un nid peuvent être disputées, les insectes ne manquent pas, du moins de manière absolument dramatique. Ce goût pour le cerveau de leurs victimes correspond-il à la réalité d’un organe représentant un apport nutritif remarquable ? Ce dernier, de par sa couleur et sa forme évoque-t-il quelque amande de graine ? Plus « simplement », la trépanation avec consommation alors opportuniste du cerveau, n’est-il pas le plus radical moyen d’obtenir l’immobilisation définitive du sujet ? Que de questionnements dont la synthèse reste à réaliser !

Photo n°3 : Mésange charbonnière – Great Tit – au nid, avec cadavre au crâne trépané de Gobemouche noir – European pied Flycatcher. On retiendra que les victimes peuvent être facilement comptabilisées, du fait que la mésange ne peut expulser leur corps de la cavité. Photographie de Jelmer SAMPLONIUS.

Conclusion
Les Mésanges charbonnières font régulièrement l’objet d’articles de presse (cf. infra), dénonçant leur comportements meurtriers. Rassurons-nous, ces derniers sont loin d’être répandus, que ce soient ceux relatifs à la consommation hivernale de cerveaux de chiroptères ou ceux, printaniers, imputables au bouleversement climatique. Ces derniers trahissent une pression accrue d’ordre territorial entre deux espèces (ici donc la Mésange charbonnière et le Gobemouche noir, cité infra), devenues très concurrentielles en occupation de cavité, leur période de reproduction tendant toujours plus à se chevaucher…

Bibliographie :

Autre source citée :
https://www.sciencealert.com/climate-breakdown-has-turned-this-adorable-birb-into-a-violent-killer

¹Le Figaro : Le réchauffement climatique transforme les mésanges en tueurs en série. BORDENAVE Vincent, 14 janvier 2019.
² Marie-Claire : Mésanges : peu de personnes le savent, mais cet oiseau adoré des Français peut se transformer en un redoutable tueur en série. CONSTANCE Agnès, 13 mars 2025.

Photo n°4 : Pipistrellus sp., rue du Château, Vernioz (Isère), France, 13 septembre 2024. Photographie de l’auteur

Résumé : est ici présentée la prédation de chiroptères et de passereaux par la Mésange charbonnière Parus major par trépanation du crâne et consommation du cerveau. Est ainsi rapporté le cas du Gobemouche noir Ficedula hypoleuca, dans le cadre d’une stratégie de défense d’un site de reproduction. Sont abordés l’historique de la connaissance de ces phénomènes ainsi que leur appréhension dans un cadre expérimental.


Summary : This paper presents the predation of bats and passerines by the Great Tit Parus major through skull trepanation and consumption of the brain. It reports a case involving the Black Redstart Ficedula hypoleuca, in the context of a strategy to defend a breeding site. The history of our understanding of these phenomena is discussed, as well as their investigation in an experimental setting.


Resumen : En este artículo se presenta la depredación de quirópteros y paseriformes por parte del Carbonero común Parus major mediante la perforación del cráneo y el consumo del cerebro. Se describe el caso del papamoscas cerrojillo Ficedula hypoleuca, en el marco de una estrategia de defensa de un lugar de reproducción. Se aborda la historia del conocimiento de estos fenómenos, así como su estudio en un marco experimental.

____________________________________________

Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°73/2026 LPO-Rhône

Illustration sans titre

Commentaires

Laisser un commentaire