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Mots clés/Keywords : Bruant des neiges, Plectrophane des neiges, Snow Bunting, Plectrophenax nivalis, espèce occasionnelle, hivernant rare.
Préambule
Les bases de données départementales recèlent toutes des mentions d’espèces qui ne manquent pas de tourner la tête du naturaliste qui les compulse. Celle du département du Rhône et de la Métropole de Lyon ne fait pas exception. Le rapport d’une espèce notée à une unique (sinon très rare) occasion, il y a de cela parfois des dizaines d’années, en est le type même. Son souvenir ne manque pas d’être évoqué par les passionnés, le plus souvent au hasard de rencontres sur le terrain, remarquablement si l’un d’entre eux a connu personnellement le découvreur, voire a été en ce temps « révolu », un des relayeurs de cette si exceptionnelle donnée. Nous pourrions citer le Bruant nain Emberiza pusilla (22 avril 1969, Jonage, 1er décembre 2012, La Feyssine), la Lusciniole à moustaches Acrocephalus melanopogon (6 avril 2010, Fontaine-sur-Saône) ou encore la Fauvette orphée Curruca hortensis (2 migratrices en avril 2010 à Montagny et avril 2016 à la Feyssine). Mais c’est sur la toute récente observation d’un Bruant des neiges Plectrophenax nivalis que nous allons nous attarder ici.
Bruant des neiges ou Plectrophane des neiges ? Si le nom normalisé de Plectrophane des neiges (cela après qu’il ait été intégré à la famille des Embérizidés durant quelque temps, puis à nouveau versé dans celle des Calcariidés), est à nouveau préconisé, ce dernier n’est pas repris dans la LOF¹ (2020). Ainsi, pour cette note, c’est la dénomination « Bruant des neiges » qui a été retenue.

Observation
Un matin brouillardeux, mais relativement doux, de ce mois de novembre 2024, Marcel CALLEJON, depuis peu revenu de ses terres finnoises, entreprend son tour matinal quotidien du Grand Parc de Miribel-Jonage (Métropole de Lyon). Un classique, au pas de course, pour cet infatigable sportif moultes fois titré. Parvenu dans le secteur de l’observatoire du Drapeau, et alors qu’il aborde la passerelle flottante² installée depuis quelques mois entre les lacs, un passereau attire son attention. Celui-ci se présente d’abord posé sur une pierre, puis au sol où il se déplace rapidement (photo n°1). Pour une fois, l’identification est relativement aisée : un Bruant des neiges Plectrophenax nivalis !
Très vite, Marcel diffuse l’information et l’oiseau sera admiré, du 13 au 16 novembre 2024, par nombre de passionnés, pour lesquels sa présence sera l’occasion, selon les cas, d’une coche départementale, régionale, voire tout bonnement nationale ; tous heureux de pouvoir l’observer de près⁴ (signes d’inquiétude, mouvements nerveux de la queue et des ailes, avec tête redressée, mais sans envol, à +/- 4 mètres).
La présence de cet oiseau permettra d’apprécier, en plus de son apparence remarquable, la posture au sol « ramassée » propre à l’espèce en même temps que sa démarche « rasante » précipitée, le plus souvent préférée au vol, lorsqu’il s’agit de se déplacer de quelques mètres (en ce cas, une zone maintenue sans végétation, par le passage répété des usagers du site). Le cri de contact sera également entendu par quelques chanceux, à l’occasion de rares envolées.
Présentation de l’espèce
Le Bruant des neiges Plectrophenax nivalis est une espèce polytypique de passereau appartenant maintenant à la famille des Calcariidés qui compte 6 espèces dans le monde (tour de passe-passe des nomenclaturistes, au fur et à mesure des progrès de la génétique). En vol, il évoque une Niverolle alpine Montifringilla nivalis, espèce avec laquelle il a déjà été observé, quoique très exceptionnellement, mêlé (ainsi, le secteur du Pont de Frappe, Hautes-Alpes, en décembre 2012)⁵.
C’est le plus nordique des passereaux, avec une aire de nidification allant, en Europe, jusqu’à la pointe nord du Groenland, l’Islande, l’Écosse et le nord de la Scandinavie (DEL HOYO 2020). Les zones d’hivernage sont surtout le pourtour de la Baltique (rarement plus à l’intérieur des terres), le littoral de la Mer du Nord et de la Manche.
En halte migratoire, ce bruant terrestre recherche des biotopes proches de ceux qu’il fréquente en période de nidification. Ainsi, on le rencontre le plus souvent dans des milieux rocailleux à végétation rase (remarquablement la zone des sables supralittoraux, mais également dunaires⁶, les schorres…) ; il ne s’en rapproche pas moins de l’eau, et la laisse de mer est souvent prospectée.
En plaine, les zones nues et travaillées ne sont pas évitées ; l’individu observé par Laurent MANDRILLON et Romain JULLIARD lors de la première mention locale à Dardilly (voir infra) se trouvait posé dans un champ labouré, de même que celui ayant fourni l’occasion d’une donnée iséroise (Gillonnay, 20 novembre 2021) pour l’auteur de ces lignes⁷.
Enfin, comme évoqué plus haut, les zones montagneuses fournissent quelques données, ainsi : 5 individus en décembre 2004 du côté de Béna (1650m), Latour-de-Carol, Pyrénées-Orientales (CALVET A. 2007)⁸, et, plus récemment et plus proche de nous : 1 individu à la Crêt de Botte (environ 1350m),
Véranne, Loire, en novembre 2010).
Critères d’identification
L’identification de ce bruant est facile. Comme dit plus haut, il ne pourrait être confondu, en plumage internuptial, qu’avec la Niverolle alpine, dont les marques blanches et noires aux ailes et à la queue sont quasi identiques. Mais les deux espèces ne fréquentent pas du tout les mêmes milieux, la Niverolle alpine restant en montagne où elle niche parfois jusqu’à plus de 3000 mètres et ne descendant que très exceptionnellement en-dessous de 500 mètres, sauf en cas de halte migratoire (DUBOIS et al. 2008).
Le mâle nuptial est noir et blanc dessus et a la tête et les parties inférieures quasi entièrement blanches. En plumage internuptial, mâle ou femelle, la tête blanche avec une teinte brun-fauve aux parotiques et à la calotte et une sorte de croissant fauve à la poitrine, ne permettent guère d’erreur !
Le dessus est un beau mélange de gris et de brun fortement strié de noir. Le bec est jaune, les pattes noires. Les ailes déployées apparaissent remarquablement contrastées, très blanches avec les rémiges primaires noires et une petite marque noire au coude (photos n°3 et 6). Les marques aux scapulaires et le gris du manteau, ainsi que la belle largeur du blanc sur l’aile pliée, nous indiquent qu’il s’agit d’un mâle. De même que le croupion, certes marqué de fauve, mais non strié (DUQUET 1993, HUME et al. 2023).
Les rectrices paraissant pointues, le dessin des rémiges tertiaires, ainsi que les liserés blancs aux rémiges primaires (photo n°2), tendent à indiquer qu’il puisse s’agir d’un oiseau de première année (HUME et al. 2023).
Enfin, la coloration du dessus, du croupion et du croissant de la poitrine indique, sans certitude toutefois, un oiseau de la sous-espèce P. n. nivalis du nord de l’Europe, plutôt que la sous espèce P. n. insulae d’Islande.

Phénologie de présence hivernale en France
En France, le Bruant des neiges est un hivernant rare, mais régulier (de 200 à 500 ind. – ISSA et al. 2015), en effectif très variable selon les années, qui se rencontre très majoritairement sur la façade littorale, de la frontière belge à la Gironde, en devenant autrement plus occasionnel dès le sud de la Loire (DUBOIS et al. 2000). Pour exemple, il représente un « classique » (pour qui recherche les raretés) de l’hiver à la Pointe du Hourdel, Cayeux-sur-Mer (80), ou du côté de la Digue d’Antifer, Saint-Jouin-Bruneval (76), pour ceux qui ont la possibilité d’y accéder, mais encore de la plage du Casino, au platier d’Oye (Pas-de Calais), ou encore de la baie des Veys (Manche). Sa répartition hivernale en France n’a guère changé depuis l’ouvrage de MAYAUD (1936).
Il devient exceptionnel sur les rivages méditerranéens ainsi que dans l’intérieur des terres.
Il commence à apparaître dès septembre (migrateurs automnaux), du côté du Finistère remarquablement, connaît un pic d’effectif courant octobre/novembre (arrivée des migrateurs stricts), puis une baisse continue, tout en poursuivant d’être noté jusqu’en avril, et parfois même mai (exemple récent : le 19 mai 2024 – Louc’h an Dreff, Kerlouan (29) – Axel BLONDEL). Avec même une date extrême d’un mâle nuptial le 5 juin 2011 à Plouvan, Finistère (Corentin MORVAN 2011). Lors de certains « gros » hivers (ex : 1996/1997), les effectifs sur le territoire national ont pu avoisiner le millier d’individus (YÉSOU 1998).

Discussion et conclusion
An niveau local, cette observation est mythique à plus d’un titre. En effet, si l’espèce est citée par OLPHE-GALLIARD³ (1891) comme se montrant parfois en hiver, plus récemment, une seule donnée certaine est retenue pour le département du Rhône et la Métropole de Lyon (LE COMTE & TISSIER 2022) : un individu (une femelle adulte) observé le 13 avril 1988 sur le site « historique » du Carret, commune de Dardilly, par Laurent MANDRILLON et Romain JULLIARD, tel que rapporté dans l’Effraie (MANDRILLON 1989 ; RENAUDIER 1998), et dont nous reprenons ici la photo, malgré sa piètre qualité (photo n°4) due au fait que les appareils photos numériques n’existaient pas encore !
Fiche de l’espèce
Ordre des Passériformes
Famille des Calcariidés
Genre Plectrophenax
Espèce Bruant des neiges
Plectrophenax nivalis
Longueur : 16-17 cm
Envergure : 28-30 cm
Masse : 28-42 g
Statut en France : migrateur et hivernant rare
Statut en région lyonnaise : accidentel

S’il n’est pas si rare de ne pouvoir que se désoler du « peu » (notion toujours très relative) de variété de la faune aviaire présente dans le secteur du Parc de Miribel-Jonage, surtout durant les semaines qui suivent le gros du passage postnuptial et alors que le froid n’a pas encore contraint à se déplacer franchement vers le sud les hivernants, la découverte d’une « vraie » rareté efface instantanément toutes les peines concédées. Les regroupements de passionnés – dans le souci du respect de la quiétude de l’oiseau – que cette dernière ne manque jamais de produire, est alors invariablement l’occasion de retrouvailles en même temps que d’échanges, qui font une grande part du charme de la pratique de l’ornithologie amateur !
Marcel CALLEJON, Loïc LE COMTE, novembre 2024
Remerciements
Merci à Laurent MANDRILLON pour sa photo et sa mémoire de l’observation de 1988. Merci à Dominique TISSIER pour son aide à la rédaction de cette note, ainsi qu’aux relecteurs et traducteurs.
Merci aussi à tous les observateurs qui ont agrémenté leurs mentions dans la base de données de magnifiques photos rendues possibles par la proximité de ce bruant, bien peu farouche !
Notes
¹. LOF 2020 : Liste des Oiseaux de France, publiée par la CAF (Commission de l’Avifaune Française).
². Si le point de localisation faune-france « Observatoire du Drapeau » est situé dans le département de l’Ain, une fois n’est pas coutume, la passerelle flottante est, elle, bien localisée dans la Métropole de Lyon.
³. « Se montre quelquefois en Hiver. Un oiseleur de notre ville avait obtenu un sujet vivant, qui s’accoutuma bientôt à la captivité, cet oiseau se montrait effrayé lorsque l’on en plaçait un autre avec lui
dans la même cage. Il n’a pas subi la mue au Printemps. » OLPHE-GALLIARD 1891.
⁴. Paul GÉROUDET rapporte que, si en groupe ce bruant se montre assez farouche, « l’individu isolé (lui) est plus confiant et se laisse souvent observer de près, remarque qui s’applique à beaucoup d’oiseaux » (GÉROUDET, 1999).
⁵. Observation de Marc CORAIL, ayant fait l’objet d’un article titré : Un bruant des neiges… en visite dans les Écrins, consultable ici : https://www.ecrins-parcnational.fr/actualite/un-bruant-des-neiges en-visite-dans-les-ecrins
⁶. https://www.patrinat.fr/fr/actualites/les-habitats-marins-benthiques-de-metropole-ont-enfin tous-leurs-papiers-didentite-7236
⁷. https://www.faune-isere.org/index.php?m_id=54&mid=105872
⁸. Sont compilées dans cet article les données suivantes : DUBOIS et al., 2000 : le Bruant des neiges est noté « assez régulier dans les Vosges alsaciennes », et
« parfois à plus de 1000 m d’altitude (Vosges, Haute-Savoie, jusqu’à 1770 m dans les Alpes
Maritimes). »
DUQUET, 2003 : un individu observé en décembre 2002 à 1247 m d’altitude au Ballon d’Alsace, Territoire de Belfort. YÉSOU, 1998 : 4 individus le 1er novembre 1996 au sommet du Hohneck (1360m), Vosges.
Bibliographie
- Anonyme (2021). Un Bruant des neiges… en visite dans les Écrins. Parc national des Écrins.
https://www.ecrins-parcnational.fr/actualite/un-bruant-des-neiges-en-visite-dans-les-ecrins - CAF (2020). Liste officielle des Oiseaux de France. Ornithos n°27-3, 170-185.
- CALVET A. (2007). Une observation de Bruants des neiges Plectrophenax nivalis en Capcir. Description de l’observation2007. Groupe ornithologique du Roussillon, 12 : 47-48.
- DEL HOYO J. (2020). All the Birds of the World. Lynx Edicions, Barcelona. 970 pages.
- DUBOIS P.J., LE MARÉCHAL P., OLIOSO G. & YÉSOU P. (2008). Nouvel Inventaire des Oiseaux de France. Delachaux et Niestlé, Paris, 560 pages. Pages 494-495.
- DUQUET M. (réd.) (1993). La Faune de France, Inventaire des Vertébrés et principaux Invertébrés. ECLECTIS, MNHN sous la direction d’Hervé MAURIN, Paris, 464 pages. Page 256.
- GÉROUDET P. (1999). Les passereaux d’Europe : tome 2 : de la bouscarle aux bruants. Delachaux et Niestlé, 512 pages.
- ISSA N. & MULLER Y. (2015). Atlas des oiseaux de France métropolitaine : nidification et présence hivernale Nidification et présence hivernale. Vol. 2 : des Ptéroclididés aux Embérizidés. 1408 pages.
- HUME R., STILL R., SWASH A. & HARROP H. (2023). Guide expert des Oiseaux d’Europe, manuel d’identification photographique. Biotope Éditions, Mèze, 640 pages. Page 509.
- LE COMTE L. & TISSIER D. (2022). Les Oiseaux du Rhône et de la Métropole de Lyon. 2è édition. Chante-Éditions, Lyon, 289 pages.
- MANDRILLON L. (1989). La migration des oiseaux à Dardilly (69-Monts du Lyonnais). L’Effraie n°7, 61-90, CORA-Rhône, Lyon.
- MAYAUD N. (1936). Inventaire des Oiseaux de France. Société d’Études ornithologiques. André BLOT éditeur, Paris, 220 pages.
- MORVAN C. (2011). Présence tardive d’un Bruant des neiges Plectrophenax nivalis en Bretagne. Ornithos 18-5, 318-320.
- OLPHE-GALLIARD L. (1891). Catalogue des Oiseaux des environs de Lyon. Imprimerie PITRAT,
Lyon. : 74 pages. Réédité quasi intégralement et commenté dans l’Effraie n°48, D. TISSIER 2018. - RENAUDIER A. (1998). Les oiseaux du Rhône ou Catalogue des Oiseaux du Lyonnais. L’Effraie n°13,
15-35, CORA-Rhône, Lyon. - YÉSOU P. (1998). Afflux de Bruants des neiges Plectrophenax nivalis en France (sept. 1996 – mai
1997). Ornithos 5 : 180-187.

Résumé
La présence d’une espèce exceptionnelle pour la région lyonnaise, ici le Bruant des neiges Plectrophenax nivalis, trouvé le 13 novembre 2024 au parc de Miribel-Jonage (Métropole de Lyon)
représente la seconde mention locale de l’espèce, mais aussi un moment fort pour la communauté ornithologique lyonnaise. Sont ici indiquées les circonstances de cette découverte et de quelle manière elle s’inscrit dans l’histoire naturaliste locale. Sont ensuite abordés quelques critères d’identification, la phénologie de présence hivernale de l’espèce, ainsi que les milieux fréquentés. Enfin, quelques données remarquables sont rapportées.
Summary
The presence of an exceptionally rare species for the Lyon region, here the Snow Bunting Plectrophenax nivalis, found on November 13, 2024 at the park of Miribel-Jonage (Métropole de Lyon) represents the second local record of the species, but also a highlight for the Lyon ornithological community. The circumstances of this discovery and how it fits into the local natural history are indicated here. Some identification criteria, the phenology of winter presence of the species and the typical habitats are then discussed. Finally, some remarkable data are mentioned.
Resumen
La presencia de una especie excepcional para la región de Lyon, aquí el Escribano nival Plectrophenax nivalis, encontrado el 13 de noviembre de 2024 en el parque de Miribel-Jonage (Métropole de Lyon) representa la segunda mención local de la especie, pero también un momento importante para la comunidad ornitológica de Lyon. Se indican las circunstancias de este descubrimiento y cómo se inscribe en la historia naturalista local. Se abordan a continuación algunos criterios de identificación,la fenología de presencia invernal de la especie, así como los ambientes frecuentados. Por último, se presentan algunos datos notables.



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