Premières preuves de deux reproductions successives réussies d’un couple d’Œdicnèmes criards dans le département du Rhône

Loïc LE COMTE, Dominique TISSIER – LPO Rhône

Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L., TISSIER D. Premières preuves de deux reproductions successives
réussies d’un couple d’Œdicnèmes criards dans le département du Rhône. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 44 : 4-14.

Introduction
L’Œdicnème criard Burhinus oedicnemus est une espèce bien implantée, quoiqu’en petit effectif, dans le département du Rhône et Lyon Métropole (TISSIER 2006) et bien étudiée depuis 1998 par le CORA Rhône, puis par la LPO Rhône (rapports d’études cités en bibliographie). 44 :

Les couples nicheurs s’installent dans les parcelles agricoles (principalement le maïs), le vignoble beaujolais, mais aussi dans des zones industrielles, friches, carrières, aérodromes, etc. On constate fréquemment que la première nidification échoue, les poussins étant victimes de la prédation des chats domestiques ou des corvidés, parfois du Milan noir Milvus migrans. Même avant l’éclosion, les œufs peuvent être détruits par les mêmes prédateurs, mais surtout par les engins agricoles puisque les œufs sont déposés à même le sol. Dans l’Est lyonnais où un grand Programme de Sauvegarde est mené depuis mars 2015 (voir encadré), une équipe de la LPO Rhône protège les nids, en accord avec les agriculteurs, pour limiter ces destructions (voir par exemple ADLAM et al. 2016).

En cas de disparition de ses œufs ou de ses poussins, un couple nicheur entreprend presque systématiquement une deuxième ponte, dite « ponte de remplacement », parfois même une troisième ponte, souvent dans la même parcelle.

Photo n°1 : Œdicnèmes criards, femelle et poussins, Saint-Priest (Rhône), 10 mai 2017, D. TISSIER

Pour prendre un exemple particulièrement bien suivi, en 2016, dans une zone industrielle (plateforme gravillonnée aménagée pour une prochaine construction) à Manissieux, où l’observation est facile, malgré le grillage, et à relativement courte distance, une première couvaison est notée le 24 avril, mais sans succès et avec des traces d’intrusion humaine. Le couple tente une deuxième ponte à partir du 5 mai, mais avec un nouvel échec. Une troisième couvaison est observée à partir du 9 juin au moins, avec
cette fois deux poussins qui seront suivis du 4 juillet jusqu’au 30 août (alors âgés d’environ 8 semaines). En 2017, c’est très probablement ce même couple qui a également donné naissance à deux poussins, mais cette fois en première nidification avec l’éclosion vers le 20 avril (photo n°1).

Ce quasi acharnement à se reproduire compense la forte mortalité des œufs et des poussins : on a estimé que seulement 60% (sur 44 couples en 2015) et 40% (sur 69 couples en 2016) environ sont arrivés à l’envol. C’est ce qui explique sans doute la survie de l’espèce dans des secteurs très urbanisés au sein même de l’agglomération lyonnaise, comme Corbas, Décines, Vénissieux ou Saint Priest, où les perturbations sont fréquentes.
La protection des nids dans les parcelles agricoles avec le concours des agriculteurs, mise en œuvre dans le cadre du Plan de Sauvegarde, améliore aussi ce taux de jeunes à l’envol qui n’était estimé auparavant qu’à 20 ou 30%. Sans cette protection, l’espèce disparaîtrait sans doute inéluctablement de ce secteur soumis à une forte pression d’urbanisation.

Ces pontes de remplacement sont plus difficiles à observer dans les parcelles de maïs où, en juin et juillet, les tiges deviennent trop hautes pour repérer les oiseaux. Il n’y a que de très rares cas où l’on a pu observer des poussins entre des rangs de maïs. La situation est différente dans les friches industrielles, du moins pour celles où l’on peut approcher suffisamment sans provoquer l’envol des oiseaux, car alors la visibilité est meilleure. Il en est de même dans les bassins de rétention d’eaux où plusieurs couples sont suivis.

Photo n°2 : Œdicnème criard, femelle, Saint-Priest, mai 2017, D. TISSIER

Le Plan Local de Sauvegarde de l’Œdicnème criard dans l’Est lyonnais et Porte de l’Isère, élaboré en 2014, a été lancé officiellement le 30 avril 2015. Son objectif est de trouver des solutions permettant d’allier la conservation de l’Oedicnème, en maintenant l’effectif nicheur, et l’aménagement d’un territoire à forts enjeux économiques, tout en préservant 12000 ha de surfaces agricoles.
Ce Plan, unique en France, s’applique à un vaste territoire de 66000 ha dont 27520 favorables à l’espèce, à cheval entre les départements du Rhône et de l’Isère et abritant environ 80 à 90 couples nicheurs. Plusieurs partenaires y sont associés : la Métropole de Lyon, les communautés de communes de l’Est Lyonnais (CCEL) et du Pays de l’Ozon (CCPO), la communauté d’agglomération des Portes de l’Isère (CAPI), la DREAL Rhône-Alpes, les Chambres d’Agriculture du Rhône et de l’Isère, les carrières UNICEM et les associations animatrices du plan : la LPO Rhône et l’association Porte de l’Isère Environnement (APIE).

La présence surprenante de groupes d’oiseaux dans ces bassins a été découverte en 2014. En particulier, le grand bassin d’orage de l’aéroport de Saint-Exupéry donne lieu à des observations tout à fait étonnantes. Elles ont été largement décrites dans le numéro 39 de l’Effraie (TISSIER 2015). Ce bassin abrite des oiseaux apparemment non nicheurs (entre 10 et 25 – max de 67 le 3 septembre 2017), mais aussi deux ou trois couples nicheurs qui cohabitent avec les autres individus sans trop d’interaction. Dans la zone d’étude du Plan de Sauvegarde de l’Est lyonnais, sept ou huit bassins, plus petits, abritent au moins un couple chacun (TISSIER 2017). L’utilisation de ces bassins n’est pas rapportée dans le remarquable ouvrage, pourtant très complet, de VAUGHAN (2005) et ne semble pas avoir été constatée ailleurs. Ce type d’habitat n’est pas cité, ni dans CRAMPS, SIMMONS & PERRINS (1977-94), ni dans l’Atlas des Oiseaux Nicheurs de France (YEATMAN-BERTHELOT & JARRY 1994), ni par GEROUDET (1982), ni par MALVAUD (1996). Mais il est vrai que la rédaction de ces excellents ouvrages a dû être antérieure à la multiplication assez récente de ces bassins.

C’est dans deux d’entre eux que l’on a pu suivre, en 2017, deux couples qui ont réussi une première reproduction, puis en ont entrepris une seconde !

Cas de double reproduction dans la bibliographie
Ces cas de deux reproductions successives menées avec succès par le même couple sont difficiles à observer, les conditions étant rarement réunies pour que l’étude prolongée de ce couple soit possible et le nombre d’heures à y consacrer étant considérable !

Si l’on reprend l’ouvrage de VAUGHAN, « The laying of genuine second clutches, better termed double brooding, seems to be exceptional and to be restricted to certain populations » (VAUGHAN & VAUGHAN JENNINGS 2005). Il cite trois couples dans le Norfolk dans les années 2000 (KNIGHT in VAUGHAN in supra), un dans le Hampshire en 1999 (BEALEY et al. in supra), un à Viterbo (Italie) en 1987 (MESCHINI & FRANSCHETTI in supra), un en Crau en 1969 (VON FRISCH, MALVAUD in supra) et un dans le Sussex en 1938 (WALPOLE-BOND in supra). Des cas très anciens seraient cités par NAUMANN (1834) en Sicile et à Malte et par BUFFON (1784) à Malte (in supra).

Ces cas de double reproduction sont donnés comme plus fréquents, voire réguliers, dans des ouvrages plus anciens, mais à une époque où les études sur l’espèce étaient moins importantes. Nous aurions tendance à penser qu’il y ait pu avoir parfois confusion avec des pontes de remplacement et à nous fier plutôt à VAUGHAN.

Ainsi le « Normally one brood, but two almost certainly at times » de CRAMPS et al. fait référence à des publications antérieures à 1940.
MAYAUD (1939) indique : « une seconde nichée, dès juin ou plus tardivement, est régulière, voire fréquente » (in YEATMAN BERTHELOT & JARRY 1974).

GEROUDET (1982) nous laisse plus perplexes quand il écrit : « une seconde ponte normale en juin-juillet, voire en août, est assez régulière en France, peu fréquente en Angleterre et en Europe centrale ». Ceci ne correspond pas du tout à ce que l’on observe depuis l’intensification de nos suivis des couples nicheurs de ces dernières années. Nous voyons essentiellement des pontes de remplacement. De même, les habitats que l’on observe dans l’Est lyonnais ne correspondent pas du tout à ce qu’il en dit : « étendues sèches, à végétation maigre ou clairsemée, où ni sa vue, ni sa marche, ne rencontrent d’obstacles …… Il vit à l’écart des routes, des habitations et des foyers de lumière. …… Cet oiseau timide recule aussi dès que les campagnes sont sillonnées de routes, parcourues par les machines et parsemées de constructions ou d’éclairages excessifs ». Certes, Paul GEROUDET n’a pas pu venir dans le Grand Est lyonnais depuis le fort développement économique de ce secteur !!!… Un coup d’œil sur les deux cartes insérées dans cet article en convaincra nos lecteurs.

A la LPO Rhône, nous n’avions jamais observé ces cas de double reproduction, malgré l’importance de nos études depuis les années 1990, ce qui ne veut pas dire évidemment qu’aucune n’ait eu lieu !…
Les deux cas relevés en 2017 sont donc tout à fait exceptionnels. Le premier concerne un couple installé dans un bassin de rétention à Genas, au lieu-dit “Grandes Terres nord”, le second un couple dans un bassin de la zone de transfert logistique dite “CargoPort” de l’aéroport de Saint-Exupéry.

Bassin de Genas – Grandes Terres
Il s’agit d’un bassin de rétention d’eaux d’environ 0,53 ha, situé à côté d’une zone industrielle et de deux lotissements pavillonnaires, normalement relativement tranquille bien qu’à proximité de la Rocade autoroutière N346.
A noter que le bassin voisin (dit de stockage), plus grand, est tout en bâche plastique et sans intérêt !

Tous ces bassins sont construits suivant à peu près le même modèle avec deux bassins contigus : un bassin bâché plastique (membranes imperméables en polyéthylène de haute-densité PEHD) et un bassin au fond empierré (dit de rétention) utilisé par nos Burhinidés. Le fond est en galets avec quelques arbustes, les bords sont en pente assez raide troués de terriers de lapin, avec une rampe d’accès pour les véhicules d’entretien. L’ensemble est clôturé ce qui évite toute intrusion humaine et contribue à la relative tranquillité du lieu. Les chats venus des lotissements voisins constituent cependant une menace certaine pour les poussins. Ce bassin est presque toujours à sec, car ne recevant de l’eau qu’en cas de trop plein dans le bassin de stockage.

Carte n°1 : Genas, les Grandes Terres, ZI encore en chantier sur la photo, champ et bassins, source Google Maps. Noter le caractère très urbanisé du milieu ! D’autres constructions sont prévues à court terme dans la partie sud.

La première donnée de l’espèce date d’avril 2015 où un oiseau est observé par Paul ADLAM dans le cadre du Plan de Sauvegarde. Quelques oiseaux y sont notés en rassemblement postnuptial, de début septembre au 12 novembre 2016, d’autres, plus nombreux, étant présents dans le champ voisin (jusqu’à 100 le 15 octobre 2016 comptés par Bérengère TRICOIRE et Dominique TISSIER).

Photo n°3 : bassin de rétention d’eaux à Genas, D. TISSIER

Le 10 mars 2017, deux oiseaux sont observés, posés à 30 mètres de nous (Elodie ROSINSKI, Dominique TISSIER). Curieusement, ils ne s’envolent pas, alors que le groupe d’octobre était très craintif et décollait dès qu’on s’approchait. Les oiseaux restent tapis au sol, tout près de nous, dans les pierres (photo n°4), comme hypnotisés ! Ce qui nous incite à penser qu’ils veulent y entreprendre une nidification. Même chose le 21 mars. La couvaison est possible, mais très difficile à prouver compte tenu de la difficulté à s’approcher sans mettre les oiseaux en alerte. Le site n’est en effet pas accessible en voiture et l’approche à pied à découvert est vite détectée par les oiseaux !

Photo n°4 : Œdicnème criard, Genas, mars 2017, E. ROSINSKI et D. TISSIER

Le 24 avril (P. ADLAM) et le 8 mai (D. TISSIER), un seul oiseau est observé, mais reste caché sous les arbustes du fond du bassin sans s’envoler. A notre avis, compte-tenu de leur présence prolongée dans ce bassin, un couple doit y nicher, mais on ne peut pas l’observer sans se faire voir, donc s’il y a un nid ou des poussins, ils restent cachés. Idem le 15 mai où les deux adultes s’éloignent à notre arrivée, mais semblent toujours partir du même point (Elodie ROSINSKI, Dominique TISSIER).

Mais l’obstination paie et, le 20 mai 2017, on a enfin la preuve de reproduction !… Ce matin, je (DT) m’approche, je vois un premier adulte qui se sauve en piétant, puis un oiseau qui est visiblement un jeune de l’année (pas de noir aux barres alaires, tache blanche ronde à l’arrière des parotiques bien visible) se sauve aussi en piétant. Un 3è oiseau s’envole sur 50 mètres, mais se repose dans le bassin, c’est aussi un adulte. Conclusion, il y a un jeune, au plumage bien neuf et déjà bien complet, peut-être âgé de 6 semaines, mais (à mon avis) pas encore tout à fait volant. La ponte aurait été déposée vers le 20-22 mars.

Plus rien le 23 mai. Mais les jours suivants, du 27 mai au 6 juin, un oiseau est vu à chaque visite, s’écartant, dès qu’on arrive, vers le fond du bassin (P. ADLAM, L. LECOMTE, D. TISSIER).

Le 9 juin, il y a bien deux adultes (D. TISSIER) ; l’un d’eux est couché au milieu du bassin. Il s’écarte quand il me voit. Je recule et reviens vingt minutes après. Je vois alors les deux oiseaux près du nid présumé. Je pense qu’ils couvent, donc en seconde ponte !…

Et c’est bien confirmé le 13 juin (L. LE COMTE, D. TISSIER). Cette fois, la couvaison est certaine. En avançant très doucement vers le bassin, on voit un oiseau se lever et se mettre à l’abri d’un arbuste dans la pente, puis un second adulte s’écarte aussi du même coin. Mais il y revient très vite et se couche sur le nid !!!!! Voici donc le premier cas où l’on a quasiment la preuve que le couple a entrepris une seconde nidification après une première reproduction réussie.

Malheureusement, le 20 juin, une troupe de gens du Cirque Fratellini s’est installée sur la petite plate bande entre le lotissement et les bassins ; une douzaine de véhicules, remorques, etc… occupe ce petit espace en prairie. Quelques dromadaires et chameaux se nourrissent dans les bassins !!!!!!! Nous réussissons à discuter avec un des forains, au début méfiant, puis plus détendu, en lui expliquant qu’on veut juste voir des oiseaux dans le bassin. On suppose qu’il n’y aura plus aucun Œdicnème, mais si !!!!… Les deux oiseaux sont encore là près du nid présumé !!!! La couvaison semble se poursuivre… On demande aux forains de ne pas pénétrer dans les bassins si possible, ce qu’ils acceptent. Reste à savoir si notre couple va continuer à couver ?… Les oiseaux sont capables de repousser l’avance vers le nid des dromadaires (enfin, c’est espéré !!!), puisque constaté dans des prairies face à des chevaux ou des vaches…

Le 10 juillet, le Cirque est encore là, devant les bassins ! On est passé quand même ; personne, à part les dromadaires, chèvres et lamas. Mais pas vu d’Oedicnèmes dans le bassin empierré ! Même chose le 17 juillet, un aurochs est dans le premier bassin, un dromadaire dans le second !… Le 24, le Cirque est parti, mais aucun Oedicnème ! Il est à craindre qu’ils aient abandonné le nid. Pourtant, l’éclosion des œufs, s’ils n’ont pas été détruits rapidement, a dû avoir lieu approximativement entre le 20 juin et le 3 juillet. Si l’on est très optimiste, on pourra supposer que les adultes ont emmené leurs poussins en dehors du bassin, bien qu’il n’y ait guère de zones bien favorables à proximité.

Nous restons donc un peu déçus de ne pas avoir pu voir de poussins. Heureusement, un autre couple allait nous donner cette opportunité !

Bassin de CargoPort
C’est le 20 juin 2016 que Fabrice BASSOMPIERRE rapporte dans la base de données www.faune rhone.org la présence d’un couple d’Œdicnèmes criards dans un bassin de rétention d’eaux du site CARGOPORT dans la zone de transfert logistique de l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry. Mais la donnée échappe à notre attention et ce n’est que l’année suivante que le même observateur, qui passe quotidiennement dans le secteur pour des raisons professionnelles, signale un oiseau le 15 mai près du bassin.

Le 20 mai au matin, je (DT) découvre alors ce site, entre la ligne TGV et l’aéroport lui-même (carte n°2), et… je vois tout de suite deux adultes avec deux poussins âgés d’environ 4-5 semaines au fond de ce bassin de rétention, pas très grand (environ 0,5 ha), mais bien empierré et toujours à sec. Notons qu’il faut s’approcher très doucement et rester à au moins cinq mètres du grillage sans aller évidemment s’y plaquer, sinon les oiseaux s’envolent. Dès qu’on voit les oiseaux bouger et monter la pente du fond du bassin, il faut reculer !

Carte n°2 : la zone de CargoPort entre la ligne TGV et l’aéroport, source Google Maps. Noter la ligne TGV à moins de 100 mètres des oiseaux et l’abondance des bâtiments industriels qui amène une noria de camions et autres véhicules lors des jours de travail !
Photo n°5 : bassin de rétention d’eaux de CargoPort, mai 2017, D. TISSIER

Les deux jeunes sont revus le 3 juin 2017 (L. LE COMTE, D. TISSIER) avec les adultes. Ils sont alors probablement volants. La première reproduction a donc réussi. Le 13 juin, un adulte est aperçu (V. BOURGOGNE). Le 19 juin, les jeunes ne sont pas présents, mais les adultes semblent couver de nouveau et entreprendre donc une seconde nidification (P. ADLAM) !….

Les deux jeunes sont revus le 3 juin 2017 (L. LE COMTE, D. TISSIER) avec les adultes. Ils sont alors probablement volants. La première reproduction a donc réussi.

Le 13 juin, un adulte est aperçu (V. BOURGOGNE).

Le 19 juin, les jeunes ne sont pas présents, mais les adultes semblent couver de nouveau et entreprendre donc une seconde nidification (P. ADLAM) !….

10 juillet : le couple couve encore. En s’approchant du grillage avec la voiture, pour minimiser le dérangement, le couveur reste en place. Au bout de cinq minutes, il se lève et s’éloigne de 15 mètres.
On voit alors aux jumelles 15×50 les deux œufs dans le « nid » !!!!….. Puis le couveur revient se placer sur les œufs ! L’autre adulte est en bord de bassin, immobile (L. LE COMTE, D. TISSIER).

Grosse surprise ce matin-là, puisqu’une Chevêche d’Athéna Athene noctua passe devant nous en vol et vient se poser dans la pente du talus près d’un terrier de lapin ! On la reverra les semaines suivantes entrer dans un terrier (note en cours de rédaction)…

17 juillet : comme prévu, les poussins sont nés dans la semaine. Ils ont environ 4 ou 5 jours (photo n°6),car déjà assez vivaces ; observés, après une attente d’un bon quart d’heure, près du mâle, au bas de la pente « sud », puis rejoints par la femelle. Le mâle s’éloigne doucement et semble chercher de la nourriture (photo n°7), mais « nous regarde » méfiant (L. LE COMTE, D. TISSIER). Nous ne prolongeons pas trop notre visite pour les laisser tranquilles !

24 juillet : les deux poussins sont encore vivants (photo n°8) ! Les parents, d’abord inquiets quand j’approche ma voiture, les nourrissent aux quatre coins du bassin. Les petits n’ont pas l’air d’apprécier une petite averse et se réfugient sous les ailes de la femelle ! Le mâle fait un curieux bond en l’air, les ailes écartées… A noter que j’ai été contrôlé par un gendarme (tous les sites autour de l’aéroport sont surveillés et il faut avoir ses papiers d’identité sur soi à chaque passage – c’est bien d’avoir aussi un flyer sur la LPO ou sur le Programme de Sauvegarde à remettre aux gendarmes pour en profiter pour les informer sur ce que l’on fait ; certains sont très intéressés).

1er août : les deux poussins sont encore bien vivants (à 19-20 jours). Ils se dissimulent derrière les petits arbustes comme les adultes, en l’absence de creux pour se tapir.

20 août : les deux poussins, âgés de 38-39 jours, sont avec les deux adultes (photos n°9 et 10). Un parking provisoire (avec gardiennage jour et nuit) a été installé dans la prairie contiguë au bassin pour compléter les parkings de l’aéroport, insuffisants en août !!!! Mais sans dommage pour nos oiseaux.

26 et 29 août, 3 septembre : la famille est au complet dans le bassin.

Photo n°6 : Œdicnèmes criards, femelle et ses deux poussins, CargoPort, 17 juillet 2017, Loïc LE COMTE

Nous tenons donc notre cas de double reproduction avec ce couple qui a réussi deux nidifications et donné naissance à deux poussins pour chacune d’elle. Évidemment, les esprits chagrins ou trop pointilleux pourront prétendre que ce n’est pas forcément le même couple qui a réussi ces deux reproductions. Certes, on n’en a pas la preuve absolument formelle puisque les oiseaux ne sont pas marqués ou bagués ! Mais, vu le peu de temps écoulé entre l’observation des deux premiers jeunes avec leurs parents et la seconde couvaison dans le même bassin (16 jours), il n’y a pour nous aucun doute !

Photo n°7 : Œdicnème criard, mâle, CargoPort, 17 juillet 2017, Loïc LE COMTE
Photo n°8 : Œdicnèmes criards, mâle et ses deux poussins, CargoPort, 24 juillet 2017, D. TISSIER

Conclusion
Les nombreux programmes d’études et de protection de l’Œdicnème criard réalisés dans le département du Rhône par la LPO Rhône ont permis d’accumuler des données intéressantes, parfois surprenantes, sur cette espèce. Nous observons souvent des pontes de remplacement des couples ayant échoué dans leur première nidification. En 2017, nous avons pu observer pour la première fois un cas de double reproduction d’un couple d’Œdicnèmes criards dans un bassin de rétention d’eaux, avec succès des deux reproductions successives donnant chacune deux poussins à l’envol.
Le cas est exceptionnel, en tout cas très rarement constaté du fait de la grande discrétion et de la difficulté d’approche de cette espèce énigmatique.


– ADLAM P., BOURGOGNE V. & TISSIER D. (2017). Plan de sauvegarde de l’Œdicnème criard Burhinus oedicnemus dans le Rhône : résumé du rapport annuel 2016. L’Effraie n°43 : 18-27. LPO
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– ADLAM P., HUGON M., D’ADAMO C. & LIENARD F. (2016). Plan de Conservation de l’Œdicnème criard : rapport annuel 2016. LPO Rhône et APIE, rapport d’animation, Lyon.
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– YEATMAN-BERTHELOT D. & JARRY G. (1994). Nouvel Atlas des oiseaux nicheurs de France, 1985-1989. Société Ornithologique de France, Paris.

Résumé
Un grand Programme de Sauvegarde de l’Œdicnème criard Burhinus oedicnemus dans le Grand Est lyonnais concerne 60000 hectares et 80-90 couples nicheurs. Leur suivi et celui de leurs poussins sont réalisés par la LPO Rhône depuis 2015. De nombreux couples voient leur première nidification échouer et entreprennent une, voire deux pontes de remplacement. Mais, pour la première fois dans le département du Rhône, une double reproduction a pu être observée et prouvée : un couple a réussi deux reproductions successives dans la même saison 2017. La première éclosion a eu lieu vers le 15-20 avril et la seconde vers le 12-13 juillet, dans un bassin de rétention d’eaux, milieu inhabituel, qui semble n’être utilisé que dans l’Est lyonnais. Le couple a donné naissance à deux fois deux poussins, ce qui est exceptionnellement observé.

Summary
An important Conservation Program of the Stone-curlew Burhinus oedicnemus in a large area to the east of Lyon covering 60000 hectares concerns 80-90 pairs. The follow-up of adults and chicks has been carried out by LPO Rhône since 2015. Many pairs see the failure of their first broods and begin one, or even two replacement broods. But, for the first time in the Rhône department, a double brood was observed and proved: a pair successfully reared two successive broods in the same 2017 breeding season. The first hatching took place around April 15-20th and the second around July 12-13th, in a floodwater retention basin, an unusual habitat, which seems to be used only in the East of Lyon. The pair reared two chicks twice, which is a most exceptional occurrence.

Photo n°9 : adulte (au centre) et jeunes de 38-39 jours, Colombier-Saugnieu, Cargoport, 20 août 2017, D. TISSIER.
Photo n°10 : adulte (à droite) et jeune de 38-39 jours, Colombier-Saugnieu, Cargoport, 20 août 2017, L. LE COMTE.

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Article originairement paru in : L’EFFRAIE n° 44

Illustration sans titre

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