Citation recommandée / Recommended citation :
LE COMTE L.(2023). Premier cas de nidification du Faucon Kobez Falco vespertinus dans le Rhône en 2023. Ornithos 30 (5) 277-280




Recueil d'articles sur l'ornithologie et la mammalogie !
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Citation recommandée / Recommended citation :
LE COMTE L.(2023). Premier cas de nidification du Faucon Kobez Falco vespertinus dans le Rhône en 2023. Ornithos 30 (5) 277-280





Introduction
Dans le département du Rhône et la Métropole de Lyon, le Faucon kobez Falco vespertinus est un migrateur rare au passage en mai, mais non nicheur (LE COMTE & TISSIER 2022). Mais en 2023, un premier cas de nidification d’un couple a été découvert à Genas (Rhône). On en fera ici une courte présentation en renvoyant le lecteur à l’article à paraître dans Ornithos 30-5 (LE COMTE 2023).


Observations
Le 1er juin 2023, des membres du Groupe Genas Nature observent un accouplement dans la plaine agricole de Genas (Rhône). Le lendemain, le nid est découvert par Philippe PADES.
Le nid, à environ 55 mètres de hauteur, est un ancien nid, probablement de Corneille noire Corvus corone, sur un pylône THT (photos n°2 & 4) dans une parcelle agricole semée en blé. La hauteur du nid ne permet pas des observations précises, mais des apports de nourriture à la femelle et des querelles avec d’autres rapaces locaux, sont notés tout le mois de juin. La nidification semble se dérouler normalement, mais le 1er juillet, un Faucon pèlerin de 1è année est observé dépeçant un poussin d’une dizaine de jours sur le pylône (photo n°3).


Discussion
Cette première nidification n’a donc pas été jusqu’à son terme. Il est possible que le nid ait été trop en hauteur ou trop exposé aux rapaces. Les nids sur pylône sont rares ; un autre cas est documenté en Italie (GUSTIN et al. 2005), mais à une hauteur bien plus basse. Les cas de reproduction de cette espèce sont très rares en France, son aire de répartition étant plus orientale, de la Hongrie jusqu’en Asie Centrale. Toutefois, et sans être exhaustif, il y a eu quelques cas de reproduction ces 30 dernières années. Ainsi, trois cas sont rapportés en 1993 (DUQUET et al. 1994), en Isère, dans les Bouches-du-Rhône et en Vendée. Mais ces cas restent très rares, sans tendance bien définie. Pour les statistiques, cette nidification amène la 153è espèce nicheuse pour le département du Rhône et la Métropole de Lyon.
Conclusion
La découverte d’une nouvelle espèce nicheuse représente un moment fort de la vie d’une communauté locale de passionnés. Ici, il fut question d’une espèce rare, quoique régulière, dans le département du Rhône. L’idée de pouvoir observer un couple et sa nichée ouvrait des perspectives inespérées. Mais la
prédation des jeunes, immédiatement suivie par l’abandon de l’aire, représentera, pour chacun, un rappel de ce que le vivant agit indépendamment de nos attentes.
Bibliographie
Rédaction du résumé : Vanessa GAREL, août 2023
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Article de Loïc LE COMTE, Ornithos 30-5.
Rédaction du résumé : Vanessa GAREL, août 2023
Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°61 LPO-Rhône


Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. (2024) . Remy de GOURMONT, l’amateur d’oiseaux. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon, 66 : 24-32.
[La rivière] Elle abreuve les oiseaux qui ont mangé leur grain
Et qui vont s’envoler pour un pays lointain.
(Simone : poème champêtre)
loiclecomte@yahoo.fr
Academia : https://independent.academia.edu/LoicLeComte
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Introduction
Remy de GOURMONT dans l’Effraie. Telle présence se doit d’être argumentée !
C’est que si, comme le soulignera son biographe Thierry GILLYBOEUF¹, l’homme est connu dans mille domaines de l’écrit (poèmes, romans, essais, articles de journaux, etc.), nombre de ces derniers sont construits autour de la figure de l’oiseau ! L’ambition de ce texte est de démontrer que sa prose tend à faire de lui un ornithologue amateur, quitte à gager qu’il n’en ait seulement jamais eu l’ambition…
Ainsi, les extraits compilés ici nous le dévoilent en chroniqueur critique d’un ouvrage ornithologique, abordant, en parlant d’égarés, ce qui apparaîtront de nos jours plus sûrement comme étant des échappés de collections particulières. Si sa démonstration semble peu scientifique, elle aborde des thèmes variés, comme la présence d’espèces pélagiques dans les terres suite à une tempête, celui de la description profane des oiseaux rares (même si certaines des espèces mentionnées sont plus qu’improbables ou échappées de zoos) ; enfin, il ne manque pas d’envisager l’incidence de la pression de chasse sur la distribution des populations !


NDLR : les extraits d’ouvrages présentés ici sont en caractères gras, pour les distinguer des commentaires du rédacteur.
Les Oiseaux d’eau
Extrait de : Nouvelles dissociations – Éditions du Siècle, 1925
Quand on se promène au bord d’une rivière, d’un rivage ou d’un marais, on peut rencontrer près de deux cents différentes espèces d’oiseaux. Pas toutes à la fois, bien entendu : les unes peuvent s’apercevoir en tout temps, d’autres selon les saisons. Enfin il y en a un certain nombre qui n’abordent chez nous que poussées par le hasard des tempêtes, quelques-unes dont c’est une question de savoir si on les y a jamais aperçues, car ces oiseaux d’aventure n’attendent pas généralement la présence d’un naturaliste pour se manifester, et les descriptions des paysans ou des promeneurs manquent singulièrement de précision. Je trouve ces détails et beaucoup d’autres, ainsi que la figure de la plupart de ces jolies bêtes, dans l’ouvrage, qui vient de paraître, de M. Louis BRASIL, et depuis je ne fais que regarder les oiseaux d’eau. Songez que l’on peut rencontrer au bord d’un marais l’extraordinaire Demoiselle de Numidie, si caractéristique avec son long manteau de plumes grises qui traîne presque jusqu’à terre et le singulier accroche-cœur de plumes blanches qui se recourbe, en partant de l’œil, le long de sa tête fine et sérieuse ! Que venait faire sur les étangs de l’Allier ou de la Somme cette habitante de l’Afrique ? Que venait faire à Dieppe et surtout à la Trappe, sur l’étang de Chaumont, l’albatros, l’oiseau de Diomède aux vastes ailes (Diomedea exhulans) – (Albatros hurleur Diomedea exulans, N.D.L.R.) ? Que viennent faire en France l’Ibis ou le grand Pélican blanc ? Ce sont tout simplement des oiseaux égarés. On en voit aussi qui, guidés par un vague retour d’instinct, reprennent au hasard le chemin des endroits que leurs pères ont jadis fréquentés, car plusieurs espèces, jadis abondantes chez nous, ont déserté devant l’insistance des chasseurs, comme le héron, jadis si commun en Normandie.

Ailleurs, il esquisse un tableau des espèces pouvant être observées en Laponie, à l’arrivée des beaux jours.
Les lapons chez eux – chapitre II
Extrait de : Chez les Lapons, mœurs, coutumes et légendes de la Laponie norvégienne. Paris, Firmin-Didot, 1890
La Laponie est annuellement visitée par des oiseaux qui nous sont familiers. Des hirondelles y prennent leurs quartiers d’été. Elles n’y arrivent pas beaucoup plus tard que chez nous : vers le 10 juin ; à moins d’exceptionnels sévices, aucune ne manque à l’appel ; les hirondelles de mer (sternes, N.D.L.R.) se présentent un peu plus tôt. Quant à la bécasse, elle fait son apparition à la fin de mai ; le coucou, vers la même époque, se fait entendre parmi les bouleaux maigres et nains. Le pinson est un peu plus précoce ; encore plus hardie, la corneille. Le cygne se hasarde dès le mois d’avril, aux premières pluies, et il n’est précédé que par deux migrateurs inconnus de nos climats, le faucon chrysaëtos (l’Aigle royal Aquila chrysaetos, présent en France, confusion de l’auteur sur l’espèce ou évolution des dénominations scientifiques ? N.D.L.R.) (ce qui veut dire, il me semble : pareil à un aigle doré) et le grand bruant des neiges, l’énigmatique oiseau, plus mystérieux qu’un sphinx (Bruant des neiges Plectrophenax nivalis, hivernant rare en France – N.D.L.R.).
Plus loin, l’importance et le comportement de la faune aviaire en ville sont rapportés, cela autour du personnage avec lequel elle a la plus grande proximité : le charmeur d’oiseaux
Le Charmeur d’oiseaux
Extrait de : Le Chat de misère. Idées et images, chroniques. Paris, Société des Trente, Albert Messein, 1912.
Le charmeur d’oiseaux des Tuileries est menacé de devenir aveugle. On le soigne aux Quinze Vingts. Mais s’il ne peut plus voir, il entendra encore ses petits amis ailés, car il compte bien revenir parmi eux aux heures habituelles. Il paraît que les premiers jours qu’il leur manqua, moineaux et colombes étaient fort désemparés. Sans doute, ce qu’ils regrettaient surtout, c’étaient les miettes de pain, mais c’était aussi la main qui les distribuait, la voix qui leur parlait, la silhouette de cet homme qui, tout entier, était bon pour eux. Car les animaux les plus craintifs et même les plus farouches ont une sympathie pour qui les aime. Ils savent entre tous le reconnaître ; ils lui sont familiers avec bonheur. Mais tous ceux qui aiment les animaux ne sont pas aptes à les apprivoiser. C’est un don, mais c’est aussi un art que l’état de charmeur d’oiseaux. Il y a beaucoup d’oisifs méthodiques dans les squares et dans les jardins ; ils voudraient bien se montrer à la foule des promeneurs entourés d’un essaim piaillant de moineaux, mais ils n’ont pas le charme. Les moineaux picorent le pain, mais gardent leur méfiance. Ils arrivent en sautillant dans l’herbe, happent la miette et filent. Le vrai charmeur n’a qu’à se montrer, même sans provisions de bouche, et les oiseaux de tous côtés accourent, non plus en se dissimulant et avec des gestes apeurés, mais franchement et avec joie. C’est une fort jolie chose et qu’on regarde toujours avec plaisir. Je ne connais guère le charmeur des Tuileries, mais je me suis bien des fois arrêté à quelques pas de celui du Luxembourg. Il ne faut pas s’approcher de trop près, quand on n’est pas de la carrière. Les oiseaux ne donnent pas leur confiance au premier venu.
Puis, il ne nous propose rien de moins qu’un article ornithologique, sur un alcidé simplement dénommé « pingouin », et qui n’est autre que le Manchot Adélie Pygoscelis adeliae.
Extrait de : Le Chat de misère. Idées et images, chroniques. Paris, Société des Trente, Albert Messein, 1912.
Ce ne sont pas ceux d’Anatole France, mais les vrais et innocents
pingouins qui vivent autour du pôle sud, et dont le naturaliste de la dernière expédition Charcot vient de raconter la vie et les amours. Cela se passe à peu près comme dans les sociétés humaines, d’ailleurs, et s’il fallait attribuer au pur instinct l’évolution pingouine, je ne vois pas pourquoi on fonderait sur l’intelligence celles des groupes humains. Tout comme nous, mais avec une bien plus grande simplicité, les pingouins vivent en République, sans qu’on puisse deviner parmi eux la présence de chefs, guides ou ministres de quoi que ce soit. Et tout va très bien. L’hiver, ils vont à la campagne, ils se promènent, ils s’amusent, prennent des bains, jouent de mille façons. Puis, à mesure que les glaces fondent ils prennent leurs quartiers d’été, et pensent à la seule chose grave qu’il y ait pour un pingouin, à l’amour. Leur fidélité est stricte, mais elle ne dure qu’une saison. Probablement que les glaces où ils vivent ne leur permettent pas d’entretenir des feux plus durables. Vivant sans hypocrisie, ils ne daignent pas feindre, la fête passée, des sentiments qu’ils n’ont plus. Grâce à quoi, tous les ans, au printemps arctique, ils se retrouvent pourvus d’un cœur tout nouveau. Ce qui les distingue le plus des hommes, c’est qu’ils ne font l’amour qu’une fois par an et qu’ils le font tous ensemble. Alors leurs passions s’exaltent et, chose curieuse, dans un sens tout contraire à leur vraie nature. Pacifiques, ils deviennent querelleurs; sociaux, ils deviennent égoïstes; désintéressés, ils deviennent voleurs. Ils cherchent même à se voler leurs timides compagnes. Les pingouins connaissent la jalousie. Je pense quelquefois à ce qu’auraient été les sociétés humaines, si l’amour ne leur était possible que pendant une très courte saison, si à ce moment précis, il était impérieux et, le reste de l’année, inconcevable. Ah! nous formerions de bien curieuses pingouinies!
Enfin, ce remarquable linguiste ne peut manquer d’articuler ses démonstrations autour de l’étymologie des noms de quelques oiseaux !
La métaphore – Les bêtes
Extrait de : Esthétique de la langue française. Mercure de France, 1899.
Roitelet
Telle métaphore semble vraiment s’imposer au nomenclateur. Ayant à nommer l’oiseau appelé roitelet, l’idée de petit roi est celle qui vient à l’esprit de l’homme : grec, il dit βασιλισκοσ basiliskos ; latin, regaliolus ; allemand, zaunkœnig (roi des haies) ; anglais, kinglet ; suédois, kungsfagel (l’oiseau roi) ; espagnol, reyezuelo ; italien, reattino ; hollandais, koningje ; flamand, kuningsken ; polonais, krolik. Pourquoi ? Peut-être parce que le tout petit oiseau porte sur la tête une huppe qui semble l’ironie d’une couronne. Il faut que cela suffise, car on ne peut invoquer ni la phonétique, ni, sans doute, une langue antérieure où toutes les langues auraient puisé, ni les communications interlinguistiques. Il y a bien un conte populaire très répandu où le roitelet joue un rôle important, mais qui ne contient aucune allusion pouvant faire croire que ce soit là l’origine de ce surnom royal. Il reste que le paysan français, devant le minuscule oiseau, a été obligé de dire : petit roi, tout comme, vingt siècles plus tôt, le paysan grec.

Fauvette. Bergeronnette. Linotte. Loriot. Chardonneret
Que la Fauvette à tête noire ait été nommée en grec μελαγκορυφος mélagkorufos, en latin atracapilla ; qu’elle soit, en italien, la capinera, et en portugais toutinegra (chignon noir), cela n’a rien que de fort logique ; on ne sera pas surpris davantage que des petits oiseaux aient été comparés à des mouches : notre moineau est littéralement l’oiseau mouche (muscionem, de musca) et la fauvette, alors désignée d’après sa petitesse et sa légèreté, devient la mouche d’herbe (all. : grasmuch ; flam. grasmuch). Il ne faut d’ailleurs être surpris de rien au pays des métaphores ; les grecs n’appelaient-ils pas du même mot, στρουθοσ stronthos, le moineau et l’autruche ?
La jolie métaphore qui a transformé en petite bergère l’oiseau qui vit dans les prés et voltige autour des troupeaux ne se trouve, il semble, qu’en français : les mœurs de la bergeronnette n’ont frappé que nos bergers. Les anglais, qui lui ont laissé son autre nom, hoche-queue (wagtail), ont cependant fort bien remarqué la fraternité du bouvreuil et du bœuf ; ils le nomment bull-finch, le pinson du bœuf ; mais que ce nom est loin d’être joli comme le nôtre qui signifie le petit bouvier (bovariolus) ! La linotte, c’est l’oiseau au lin ; les Latins s’étaient décidés pour un nom pareil et disaient linaria ; les allemands et les polonais appellent la linotte, l’oiseau du chanvre, haenfling konopka, et les flamands lui donnent le même nom qu’au chanvre femelle, kemphaen. Ce passage du lin au chanvre est tout à fait extraordinaire, car si les deux plantes sont d’un usage identique, elles diffèrent absolument pour le reste et il ne semble pas que même une linotte puisse les confondre, ni leurs graines qui n’ont pas précisément les mêmes propriétés. Il faut peut-être voir là une confusion de noms, pour parité d’usage, entre le lin et le chanvre.
Du mot aureolus le français à fait oriol, puis par agglutination de l’article (l’), loriol, devenu loriot ; c’est l’oiseau d’or, et les allemands appellent également le loriot goldamsel, le merle doré ; les anglais lui ont donné le beau nom de marteau d’or, gold hammer ; pour les polonais c’est la plume d’or, zlotopior (zloto, or) ; les portugais le nomment oriolo et oropendula, l’horloge d’or. Mais pourquoi les danois l’appellent-ils le Suédois (Swenske) et les flamands, le Wallon ? Peut-être parce qu’ils donnent au loriot le nom de leurs meilleurs amis. Les flamands possèdent également la métaphore allemande : merle doré (goudmeerle). Les grecs disaient aussi χλωριον chlorion.
Comme le lin a donné son nom à la linotte, le chardon a servi à désigner le chardonneret (anc. fr. : chardonnet, c’est proprement l’oiseau au chardon). L’idée de cette relation se retrouve dans presque toutes les langues de l’Europe et dans les deux langues classiques : ακανθις acanthis, carduelis, l’italien cardellino traduisent exactement chardonnet ; la branche germanique se sert de l’expression pinson du chardon, en allemand, distelfink ; en flamand, distelvink ; en suédois, tistelfink ; en anglais thistle-finch. L’anglais l’appelle aussi goldfinch, pinson doré.
Pic, Plongeon, Pélican
Le pic, espec, pivert, est dit aussi bêche-bois, mot qui se trouve exactement en anglais, woodpecker ; le plongeon (en latin mergus le harle ?) est le plongeur en allemand, taucher ; le pélican (en latin platea) s’appelle en allemand l’oie à cuillère, loffler, loffelgans ; ce qui correspond aux vieux noms français de cet oiseau, pale, pelle, pelle creuse, truble, et à son nom populaire anglais, shovelard.

Biographie succincte
Remy Marie Charles de GOURMONT naît le 4 avril 1858, à Bazoches-au-Houlme, dans l’Orne. Il étudie au lycée de Coutances (1868 à 1876) où il est un élève apprécié. Suite à des études de droit à Caen, il s’installe à Paris et entre en 1881 à la Bibliothèque Nationale comme attaché au département des imprimés, poste dont il est révoqué, dix ans plus tard, suite à la publication dans le Mercure de France de son pamphlet : Le Joujou Patriotisme, dans lequel il fustige les « derviches hurleurs » du patriotisme revanchard.
Son œuvre immense comprend des essais linguistiques (Le Latin mystique, Esthétique de la langue française, Le Problème du style), littéraires (Le Livre des masques, Promenades littéraires), philosophiques (Promenades philosophiques), des pièces de théâtre (Lilith, Le Vieux Roi), des romans (Sixtine, le grand roman du symbolisme, Les Chevaux de Diomède, Une nuit au Luxembourg), des nouvelles (Couleurs), des aphorismes, etc.
Il est l’un des fondateurs et l’âme du Mercure de France, directeur de revues (L’Ymagier, La Revue des idées…), de la collection Des plus belles pages, traducteur…
Rémy de GOURMONT est atteint, à l’âge de 26 ans, d’un lupus tuberculeux à la face. Cette affection cutanée, soignée par cautérisations, le défigure grandement, l’amenant à vivre en « reclus » et à ne plus sortir que pour passer dans les bureaux du Mercure et prendre quelques semaines de vacances à Coutances. Il meurt en 1915.
¹. Amateur subtil, philosophe dansant, poète sensible, linguiste raffiné, critique sagace, érudit insatiable, épicurien tranquille, GOURMONT est l’un de ces « classiques singuliers et comme souterrains qui sont la véritable vie de la littérature française ».
Thierry GILLYBOEUF


Bibliographie
Pour aller plus avant, dans la connaissance de l’auteur et de son œuvre :
Sources, par ordre d’apparition dans le texte, des extraits reproduits
Sur le seuil
Extrait de : Histoires magiques
(…) spectre étrange (auquel je ne m’habituais jamais), vaguant de
salle en salle, faisant claquer son bec dès qu’on ouvrait les portes,
un héron familier.

Résumé : L’article présente quelques extraits d’ouvrages de Remy DE GOURMONT, auteur très prolifique du XIXè siècle, dans lesquels il évoque les oiseaux. Il décrit des comportements et des anecdotes, des sources étymologiques, pour quelques espèces locales ou accidentelles en Europe, ou encore très lointaines comme le manchot.
Summary : The article presents some excerpts from books by Remy DE GOURMONT, a very prolific 19th century author, in which he evokes birds. It describes behaviour and anecdotes, etymological sources, for some local or accidental species in Europe, or even very distant as the penguin.
Resumen : El artículo presenta algunos fragmentos de obras de Remy DE GOURMONT, autor muy prolífico del siglo XIX, en los que menciona a las aves. Describe comportamientos y anécdotas, fuentes etimológicas, sobre algunas especies locales o accidentales en Europa, e incluso algunas muy lejanas como el pingüino.
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Loïc LE COMTE
Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°66 LPO-Rhône


Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. 1(2024). Le Tadorne casarca ou Casarca roux Tadorna ferruginea (Pallas, 1764) : traits d’histoire de vie, problématiques représentées par ce néozoaire et dynamique populationnelle. Situation dans 5 départements du centre-est. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 65 : 4-14.
loiclecomte@lecomteloic
Academia : https://independent.academia.edu/LoicLeComte
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Instagram : https://www.instagram.com/loiclecomtewildlife/
Mots clés : Tadorne casarca, Casarca roux Tadorna ferruginea, Ruddy Shelduck, espèce allochtone, espèce invasive, néozoaire, compétition intraspécifique.

Présentation générale
a. Critères
Ce grand canard de surface, appelé aussi Casarca roux, remarquablement esthétique, est souvent du nombre des anatidés conservés dans les collections privées et parcs publics. Bavard, il s’annonce en vol par ses appels (ah-onk) sonores et nasaux, audibles souvent bien avant qu’un contact visuel n’ait été possible. Posé, il apparaît de couleur fauve orangé, avec un dégradé à partir des deux tiers du cou, la tête étant de fait beaucoup plus claire. Sus-alaires et tectrices (couvertures) secondaires sont blanches. Les rémiges secondaires présentent des nuances vertes vaguement irisées. Les mâles reproducteurs ont un collier noir, absent ou peu distinct chez ceux non reproducteurs. La queue est noire. Le bec et les pattes sont gris-noir, et les yeux foncés. La femelle ressemble fortement au mâle, sinon la présence d’une tache blanchâtre diffuse sur la face partant de l’implantation du bec, incluant le tour de l’œil pour s’étendre jusqu’au haut du front (photos n°1, 2 & 3). Les juvéniles sont semblables aux femelles, mais avec les parties supérieures et inférieures plus ternes, et surtout leur tête grisâtre
(HUME et al. 2023).


b. Répartition
On le rencontre essentiellement dans des milieux de type steppe et désert semi-aride. Distribué en Ukraine orientale, en Russie du Sud-Est et en Asie, il hiverne principalement dans la péninsule indochinoise, l’Inde, le Japon, la péninsule coréenne et le sud de la Chine. Des populations isolées sont présentes au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Éthiopie (SALVADOR, AMAT 2024).
Les seuls oiseaux européens- sinon une population reproductrice aux îles Canaries en provenance du Sahara occidental (CABRERA 2022b)- se rencontrent de l’est de la Grèce (îles de Limnos, Lesvos, Samos, Kos et Naxos) à la Turquie ainsi qu’en Azerbaïdjan, en Arménie, en Géorgie, en Bulgarie orientale, en Roumanie orientale et en Moldavie méridionale (KELLER, SOKOLOV, POPOVKINA 2020). Dans l’UE28, et malgré une faible population sauvage (estimée à +/- 46500 individus en 2017), l’espèce est classée en préoccupation mineure : Least Concern : LC- (European Commission 2022).
Des Tadornes casarcas échappés de captivité se sont établis (populations férales) en maints endroits d’Europe occidentale. Plus à l’est, en Ukraine, ce type d’implantation est même à l’origine de la restauration d’une population anciennement importante (ZUBKO, HAVRILENKO, SEMENOV 2001).
c. Reproduction
Monogame, l’accouplement a lieu sur l’eau après un bref rituel de parade nuptiale qui combine étirement du cou, tête baissée et relèvement de la queue, et qui peut reprendre ensuite quelques instants. La femelle seule bâtit un nid de plumes, duvet et herbes à distance de la rive. Celui-ci peut être établi dans un terrier, une cavité d’arbre, une crevasse d’une falaise, etc. ; le tout parfois à bonne hauteur. Des couples vont jusqu’à prospecter des sites de ponte sur des édifices publics et autres toits
d’habitation (DUBOIS 2007). On dénombre de 6 à 12 œufs par couvée. La femelle assure seule la couvaison. La période d’éclosion est d’environ 28 jours et les deux parents s’occupent des petits, qui s’envolent au bout de 55 jours.
d. Régime alimentaire
C’est un omnivore qui se nourrit aussi bien de végétaux (jeunes pousses et graines) que de crustacés littoraux, d’insectes aquatiques et terrestres (notamment de criquets), de mollusques aquatiques, d’alevins, de grenouilles, de frai d’amphibiens ou encore de vers.
Dangers représentés pour la faune autochtone
a. Compétition interspécifique en période de reproduction.
Les couples se montrent agressifs (PERLBARG 2010) envers tout oiseau présent dans un large périmètre autour de leur nid (congénères de passage inclus), avec une tolérance rapportée pour le Cygne tuberculé Cygnus olor et la Foulque macroule Fulica atra (BURKHARDT 2001). Ils s’approchent des intrus tête baissée, cou tendu, en poussant descris. Plus grave, leurs exigences en matière de cavité où établir leur nid les amènent à entrer en concurrence directe (fort avantage concurrentiel) avec la Chouette hulotte Strix aluco, l’Effraie des clochers Tyto alba, le Faucon crécerelle Falco tinnunculus (ANDEREGG2005, repris in DUBOIS 2007) ou potentiellement le Harle bièvre Mergus merganser.
b. Risques sanitaires
Dès 2010, en Chine, la présence de Cryptosporidium oocysts est attestée (AMER, WANG, HONGXUAN 2010) dans les fientes de Tadorne casarca, avec risque de transmission à l’homme. La grippe aviaire, infection provoquée par des virus grippaux de type A (en particulier les sous-types H5, H7 et H9) et transmissible à l’homme, n’épargne évidemment pas cette espèce, pas plus que les autres anatidés.
Pour exemple : en novembre 2016 en Ukraine, dans les régions du centre et du sud (Kherson, Odessa, Tchernivtsi, Ternopil et oblast de Mykolaiv), l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP H5N8) a pu être constatée chez Tadorna ferruginea (MUZYKA, RULA, TKACHENKO, MUZYKA, KÖTHE, PISHCHANSKYI, STEGNIY, PANTIN-JACKWOOD, BEER 2019).
c. Risque génétique

L’hybridation avec le Tadorne de Belon Tadorna tadorna (Tadorna ferruginea x Tadorna tadorna) est rapportée (4 à 5 cas en France depuis 2006, source faune-france), et même recherchée par certains collectionneurs. Il existe donc un faible, mais réel, risque de corruption génétique de cette dernière espèce.
La Suisse, et remarquablement le canton d’Argovie (riche en milieux aquatiques), a connu en 2006 un pic démographique du Tadorne casarca, ce qui a conduit à la mise en place d’un plan de lutte généralisé à tout le territoire. Il a été soutenu par l’État fédéral et l’Association Suisse pour la Protection des Oiseaux- ASPO/BirdLife Suisse (DUBOIS 2007), avec la contribution des gardes-chasses et des gardiens de réserve cantonaux qui ont réalisé des tirs, y compris dans les zones protégées. Un essai pilote d’actions non cynégétiques (destruction des œufs) a également été lancé dès 2010. Cette politique a eu essentiellement pour résultat un déplacement des oiseaux vers le lac de Constance, rive côté Bade-Wurtemberg, où les programmes de tir sont inexistants ; sachant qu’en Allemagne, il n’existe pas de mesures prophylactiques (au sens du principe de précaution pour la protection de la Nature) pour les oiseaux néozoaires.
Dynamique populationnelle
Nous l’avons vu, cette espèce est courante dans les collections ornementales d’oiseaux aquatiques.
Notamment en Suisse, Allemagne et Pays-Bas, des populations issues d’oiseaux échappés non éjointés forment des populations férales dynamiques. Ainsi, en hiver, dans l’est de la France, l’espèce est de plus en plus fréquemment observée (jusqu’à 1070 dénombrés le 5 janvier 2024 sur le plan d’eau de Michelbach, Haut-Rhin in www.faune-france.org).
Statut des Tadornes casarcas observés en France
Catégorie C de la LOF :« Les espèces introduites ou échappées de captivité en France métropolitaine depuis plusieurs années, qui ont fait souche et dont au moins une population se maintient par reproduction en milieu naturel, indépendamment d’éventuels apports supplémentaires d’origine humaine » (CAF 2020).
Comme vu plus haut, les oiseaux observés en France relèvent soit d’échappés, soit d’individus en déplacement hivernal (surtout les départements frontaliers du Nord-Est) issus des populations férales établies dans les pays proches.
De fait, si d’anciennes données (cela dès le XVIIè siècle) pourraient concerner des oiseaux issus de populations sauvages (DUBOIS 2007), ces dernières décennies, aucun contrôle (bagues, colliers) n’a pu attester formellement la présence en Europe de l’Ouest de migrateurs en provenance des populations est et sud-est européennes (KLEYHEEG, DIRKEN, VAN BEUSEKOM, EGGENHUIZEN, JONKERS, KOFFIJBERG, MAJOOR&NAGTEGAAL2020). Toutefois, la dynamique positive constatée ces dernières années dans les Balkans, avec remarquablement une extension de l’aire de reproduction
en Bulgarie (SHURUNLINKOV, DASKALOVA, POPOV, DALAKCHIEVA, TZONEV, DIMCHEV & RALEV 2020) permet d’envisager une évolution prochaine allant dans ce sens.
Situation dans cinq départements du centre-est de la France
▪ Département du Rhône
Comme signalé dans un article traitant des espèces aviennes allochtones observées dans le Rhône (TISSIER & GAREL 2024), de 2010 à 2024, une vingtaine de citations pour environ 24 individus est rapportée dans la base départementale, principalement à Arnas, Miribel-Jonage et Grand Large, mais aussi à Lyon, Anse, Chassagny, toutes entre mi-décembre et mi-juillet, avec jusqu’à 6 simultanément au Grand Large le 6 janvier 2024 et 4 le 31 mars 2022 au lac de la Forestière (Rhône/Ain), mais sans que cela ne signe d’évolution particulière. Les données antérieures à 2010 ne sont malheureusement pas disponibles dans la base actuelle.
▪ Département de l’Isère
En Isère, une petite population semi-férale est établie dans la commune de Vernioz. Elle est issue de la collection d’anatidés du Bois Marquis, avec laquelle elle conserve des liens constants, regagnant régulièrement ce dernier le soir, afin d’y passer la nuit. Ses sites de gagnage les plus réguliers sont d’anciens bassins de décantation, situés sur la rive droite de la rivière la Varèze. Au moins un cas de reproduction (poussins vus) a été relevé par l’auteur début mai 2020 en ce lieu, donc hors périmètre du parc du Bois Marquis (distance en vol direct de 2 km). Le confinement sanitaire d’alors n’a pas autorisé un suivi prolongé de cette couvée.
À l’échelle du département, la base de données rend compte depuis 1993 d’une dizaine d’individus, dont 2 notés des années durant au lac de Fiancey (Saint-Égrève), plus, ponctuellement, quelques rares autres sites. On ne note aucune augmentation du nombre d’individus observés, dans toute la période
considérée (1993-2023).
▪ Département de l’Ain
Nombre record pour la région de données rapportées dans la base départementale, cela depuis 1987. Pour autant, là encore, pas d’évolution notable d’effectifs avec, comme en Isère, un cas rapporté de reproduction in natura : étang de Bécondrieux (Birieux), août 2015, sans information sur le devenir des jeunes observés (ont-ils atteint le stade adulte ?).On retiendra que, chaque année, quelques individus s’échappent de la collection du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes « et s’installent dans les étangs de ce dernier », comme le précise le responsable animalier, Christophe BEC (comm. pers.). Certains de ces oiseaux sont, d’évidence, à compter parmi ceux observés ailleurs ; peut-être même la très grande majorité est-elle issue de ce seul site…
▪ Département de la Loire
Rien de particulier, sinon une donnée ancienne légendée comme suit : mercredi 1 novembre 1967, Mornand-en-Forez, 1 Tadorne casarca. Anonyme par Antony FAURE, donnée « Études foréziennes », contribution à la connaissance avifaunistique de la plaine du Forez. Également, un jeune tué près de Mornand.
Le même jour, deux oiseaux tués en Dombes, premières mentions pour Rhône-Alpes. Ne montraient pas de signe de captivité, une origine sauvage n’est pas exclue (…).
▪ Département de la Saône-et-Loire
Les plus anciennes données versées dans la base faune-bfc.org datent de 2005. Ici, ce sont certains effectifs rapportés qui retiennent l’attention. Ainsi, le 14 février 2021, environ 12 individus à la Vie de Chalon à Gergy, 9 à la gravière des Marteaux (Lays-sur-le-Doubs), mais surtout 25 individus le mardi 2 janvier 2024 à Verjux ! Toutefois, là également, l’origine des oiseaux ne peut être établie (locaux, déplacements hivernaux d’oiseaux issus de féraux établis dans les pays proches, autre…).
Conclusion
Le Tadorne casarca apparaît dans le secteur étudié comme un allochtone peu préoccupant ; sa reproduction restant anecdotique (2 cas dans 5 départements analysés et en, globalement, 25 années d’archives LPO départementales). De même, les effectifs comptés restent modestes, nombre de données renvoyant aux mêmes oiseaux, revus des mois, sinon des années durant (ex. : Isère).
Remerciements
Sont vivement remerciés : Dominique TISSIER pour la mise en forme de cet article, Christophe BEC, responsable animalier du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes, Myriam FRÉCON, pour ses relectures attentives et Sergey YELISEEV, pour le prêt de sa photographie en illustration de Tadorna ferruginea x Tadorna tadorna (премного благодарен).
Bibliographie
Résumé : L’histoire de vie du Tadorne casarca Tadorna ferruginea est esquissée, en insistant sur les problématiques liées à sa présence lorsque reproducteur : agressivité, concurrence pour les cavités, pollution taxinomique, mais également du point de vue sanitaire. La situation dans 5 départements du centre-est de la France est analysée, caractérisant le statut non invasif de cette espèce, à ce jour, dans ce secteur.
Summary : The life story of the Ruddy Shelduck Tadorna ferruginea is outlined, emphasizing the issues related to its presence when reproducing: aggressiveness, competition for cavities, taxonomic contamination, but also from a health point of view. The situation in 5 departments of east-central France is analysed, characterizing the non-invasive status of this species, to date, in this sector.
Resumen : La historia de vida del tarro canelo Tadorna ferruginea se esboza, haciendo hincapié en los problemas relacionados con su presencia cuando es reproductor: agresividad, competencia por las cavidades, contaminación taxonómica, pero también desde el punto de vista sanitario. Se analiza la situación en cinco departamentos del centro-este de Francia, caracterizando el estatus no invasivo de esta especie, hasta la fecha, en esta zona.
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Loïc LE COMTE
Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°65 LPO-Rhône


Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. (2025) Le Goéland cendré russe Larus canus heinei, une sous-espèce récemment documentée en France et à prospecter en région lyonnaise. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 69 : 13-21
loiclecomte@yahoo.fr
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Mots clés/Keywords : classification phylogénétique – dortoir Goéland cendré – Goéland cendré russe – Goéland de Russie – Laridae – Larus canus heinei – nomenclature – reposoir – Russian Common gull – sous-espèce.
Préambule
Si la liste des espèces aviaires du Rhône, scrupuleusement tenue à jour par Dominique TISSIER, est souvent à la base de travaux repris dans la revue l’Effraie, celle des sous-espèces demande encore à être publiée (travail en cours de rédaction). Il est vrai que celles-ci bénéficient d’un éclairage moindre, ne serait-ce que parce qu’elles ne figurent pas dans les listes de coches, basées uniquement sur les espèces (ex. : cocheurs.com) reprises de la LOF (Liste des Oiseaux de France). De fait, on l’a compris, sinon sur faune-france (qui intègre également les allochtones), les sous-espèces ne se cochent pas !
Ce fait m’a toujours semblé étonnant, tant la rencontre avec ma première Bergeronnette de Yarrell Motacilla alba yarrellii mâle m’attestait un taxon en tout point singulier ! D’un point de vue scientifique, il en va bien autrement. La question de la sous-espèce est fondamentale*, car son étude permet d’enrichir la compréhension de la variabilité des formes du vivant, en même temps que les mécanismes (géographiques, écologiques, anatomiques ou organoleptiques) qui sous-tendent celle-ci.
En cela, les laridés représentent un cas d’école de complexité, dont la dynamique des productions scientifiques publiées témoigne de l’intérêt suscité, notamment du côté de la systématique moléculaire et des changements dans la classification phylogénétique (CROCHET 1998) que cela entraîne
régulièrement. Ainsi, si l’on prend l’exemple du Goéland à bec court L. c. brachyrhynchus (distribué dans le nord-ouest de l’Amérique du Nord), celui-ci sera longtemps considéré sous-espèce (pour ex. : AOU – American Ornithologists’ Union¹ – de 1931 à 1998), avant d’être officiellement élevé au rang d’espèce (RASMUSSEN 2020, American Ornithological Society 2021, CHESSER et al. 2021).
* De même que l’on classe un sous-dossier dans un dossier, il convient de rappeler que le « sous » de sous-espèce n’insinue en rien une quelconque infériorité hiérarchique. Il sert en effet juste à préciser qu’il s’agit là d’une forme d’un être vivant, en population, qui s’imbrique du point de vue de la systématique dans celle de l’espèce dans son entièreté, de même que la sous-famille appartient à la famille, elle-même éventuellement incluse dans une super-famille ou un sous-ordre. Aucune sous espèce n’est donc supérieure ou inférieure à une autre, ni à une autre espèce, hormis en nombre d’individus (https://fr.wikipedia.org/wiki/Sous-esp%C3%A8ce – age consultée le 5 juillet 2025).
Introduction
L’histoire de l’identification de cette sous-espèce de laridé comme « nouvelle » – de fait, également pour le département du Rhône – est assez singulière. En effet, c’est en parcourant la galerie de la base de données http://faune-france.org, à dessein de préparer un article finalement titré « Statut et identification du Goéland cendré russe Larus canus heinei en France » et paru dans le numéro 171 de la revue Ornithos (JUGIEUX 2025), que Rémi JUGIEUX a repéré un cliché d’un Goéland cendré, réalisé au Grand Large (photo n°1), présentant des caractéristiques propres à en faire un Goéland de Russie !
La donnée date du 3 janvier 2019 et l’auteur de ces lignes l’avait alors versée dans la base faune-france comme Larus canus ! Quelle parfaite illustration du caractère fondamental d’une banque de données photographiques, chaque jour enrichie par nombre de passionnés !

Présentation
A. Chez les oiseaux de premier cycle (alors de premier hiver en région lyonnaise) : Ce cycle est de loin celui qui pose le plus de difficultés ! La validité des critères utilisés est discutée.
Seules des campagnes de baguages de heinei sur les sites de reproduction devraient permettre de clarifier les choses.
Sont toutefois retenus : – Une tête bien blanche, combinée à un bec de couleur vive – Un bord de fuite bien sombre, des tertiaires jusqu’à P10 – Quelques scapulaires avec frange pâle. Photo n°2.
► Surtout, les sous-caudales blanc pur contrastant avec la bordure postérieure foncée, que forment les secondaires et les primaires (ADRIAENS et al. 2021).


B. Chez les oiseaux de deuxième cycle (alors de deuxième hiver en région lyonnaise) : Sur le dessus des ailes, les heinei de deuxième cycle montrent souvent des zones noires plus étendues que les canus. La présence de noir sur P4 est fréquente chez heinei (37%), mais rare chez canus (4%).
Très minoritaires sont les canus de 2cy ayant été observés avec un iris clair, tandis que 15% des heinei l’ont (ADRIAENS & GIBBINS 2016).
On retiendra comme critères déterminants (s’ils s’additionnent) les repères de la photo n°3.

Dans un groupe de Goélands cendrés, certains heinei présentent un dos plus sombre (variant de 6 à 9 sur l’échelle Kodak® de niveau de gris), mais, là encore, sinon individu évoluant à faible distance, les effets de lumière rendent souvent l’appréciation bien relative.

►Sur une photographie d’un adulte en vol, il est possible d’apprécier :

Discussion
Où prospecter les Goélands cendrés, susceptibles d’appartenir à la sous-espèce heinei, dans le département du Rhône et la Métropole de Lyon ?
Répondre à cette question revient à préciser où s’y rencontrent le plus couramment, en période hivernale, les Goélands cendrés Larus canus. Les secteurs les plus favorables sont le Grand Large (en journée et plus encore en fin de journée, ainsi que tôt le matin), sur les palplanches, où se forme un dortoir/reposoir.

Ponctuellement, l’Est lyonnais (alentours du lieu dénommé Station d’épuration, commune de Genas), célèbre pour les « raretés » qu’année après année, nous avons la possibilité d’observer (TISSIER 2021, LE COMTE 2023a & b), remarquablement de fin janvier à début mars (carte n°1) ; avec, pour contrainte, le fait que les groupes posés en quête de lombrics sont généralement très mobiles et rarement présents plus de quelques heures… Le lieu dénommé « La Grande Seiglière » (Genas) est tout particulièrement intéressant, car régulièrement utilisé comme reposoir. Cette parcelle est longée par la D147 (rue Jean Jaurès) et offre la possibilité de stationner son véhicule, en veillant à éviter au maximum de sortir de ce dernier, afin de ne pas provoquer un envol général. Enfin, même si cela pose un problème d’approche véhiculée dans un secteur règlementé, la zone dénommée Ferratière de Planaise (Colombier-Saugnieu) est également intéressante, surtout si les sols ont été travaillés depuis peu. On se postera au niveau du lieu-dit Planaise, après avoir remonté le chemin des Ferratières depuis la D29 (rue de la Fraternité).
Au centre-ville de Lyon, le rassemblement « crépusculaire » de laridés de la piscine du Rhône (LE COMTE & GUILLE 2021), même si essentiellement composé de Mouettes rieuses Chroicocephalus ridibundus, est potentiellement intéressant. Enfin, le secteur dit Lyon Confluence est parfois fréquenté par quelques Goélands cendrés, que l’on a alors la chance d’observer posés (TISSIER 2024).
De l’importance des photographies !
Tout laridophile illustre ses observations « délicates » (bien rares sont celles qui ne le sont pas) de photographies ! Le texte descriptif reste important, mais les photographies présentant les détails de plumage résumés in supra sont toujours extrêmement appréciées de la communauté des passionnés.
Plutôt que de chercher à réaliser une « jolie » photographie, l’intérêt sera ici de se concentrer sur la pertinence de ce qui est montré ! On veillera surtout à déclencher au moment des phases d’envol et d’atterrissage, ainsi que lors des étirements d’ailes, en conservant en mémoire que ces derniers se produisent le plus souvent en début et fin des séquences de lustrage du plumage (occasion d’apprécier l’intérieur des ailes). Surtout, on n’hésitera pas à proposer plusieurs clichés, dès l’instant qu’ils montreront des détails intéressants.
► Et puisque nos considérations renvoient à des oiseaux susceptibles d’être observés dans le département du Rhône et la Métropole de Lyon et donc, remarquablement ces dernières années (graphes n°1 & 2), ne se montrant qu’en faibles effectifs, tous les Goélands cendrés, sans distinction, ne manqueront pas de faire l’objet de clichés, plus tard versés dans la galerie de la base Visionature !


Conclusion
L’identification de Larus canus heinei reste un défi, mais des critères clairs existent, non insurmontables de diversité et de complexité. Ceux-ci peuvent être rendus appréciables par tous (observateurs directs et communauté des passionnés) sur la base de clichés réalisés sur le terrain. En les portant à la connaissance de spécialistes³, l’ornithologue amateur a une nouvelle fois l’occasion de jouer un rôle actif, dans le sens d’une plus fine connaissance d’un taxon encore problématique et, par là, d’une meilleure appréhension de l’importance numérique de sa présence hivernale en France³. Par quelques aspects, cette détermination rappelle celle apparaissant si délicate du Goéland pontique Larus cacchinans, et réservée aux spécialistes il y a encore peu (VELLARD 2017) ; avec une attention portée à l’absence/présence d’un châle, la couleur du bec (adulte en hiver), à l’importance et la disposition des miroirs (détail des primaires) ou encore à la couleur de l’iris. Reste à souhaiter à chacun la même marge de progression vers une identification au moins du degré de la forte probabilité, que celle constatée chez cette dernière espèce, et dont témoigne la galerie faune-france.
Annexe :


¹ American Ornithologists’ Union – https://americanornithologistsunion.org/sample-page
² Donnée en attente de validation par le CHN, au moment de la rédaction de cet article.
³ Appel du CHN (in : JUGIEUX 2025) qui invite les observateurs à transmettre leurs données via l’onglet « Rapport
d’homologation » du portail http://faune-france.org. »
Remerciements
Sont remerciés : Rémi JUGIEUX, pour m’avoir fait découvrir le Goéland cendré russe ainsi que pour ses précieuses recommandations ! Merci aussi à Dominique TISSIER, pour son travail éditorial, à Chris GIBBINS et Boris GEOGI pour m’avoir accordé d’illustrer cet article de leur cliché. Un grand merci également à l’ensemble des correcteurs de l’Effraie !
Bibliographie
Résumé : Nous présentons ici une sous-espèce « nouvelle » pour la région lyonnaise : le Goéland cendré russe Larus canus heinei, aussi dénommé « de Russie ». Des critères de détermination susceptibles d’alerter sur sa présence sont proposés, ainsi que des pistes locales de prospection. Nous insistons sur l’importance de réaliser des photographies en complément d’une description rédigée. Le tout, avec le vœu de susciter un engouement particulier pour les Goélands cendrés d’une manière générale et ceux potentiellement russes, tout particulièrement.
Summary : We present here a ‘new’ subspecies for the Lyon region: the Russian Common Gull Larus canus heinei, also known as the ‘Russian Gull’. Criteria for identifying its presence are proposed, along with local avenues for exploration. We emphasise the importance of taking photographs to complement a written description. All this is done with the hope of generating particular enthusiasm for Common Gulls in general and those potentially from Russia in particular.
Resumen : Se presenta aquí una subespecie ‘nueva’ para la región de Lyon: la Gaviota cana rusa Larus canus heinei, también conocida como ‘de Rusia’. Se proponen criterios diagnósticos que pueden alertar sobre su presencia, así como líneas de prospección local. Se hace especial hincapié en la importancia de complementar toda descripción escrita con material fotográfico. Todo ello con el deseo de fomentar un interés particular tanto por las Gaviotas canas en general como, muy especialmente, por los individuos potencialmente de origen ruso.
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Loïc LE COMTE
Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°69 LPO-Rhône


Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. (2026). Note au sujet de la consommation d’un micromammifère par un Œdicnème vermiculé Burhinus vermiculatus, rÈvÈlÈe par un piège photo/vidÈographique. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 72 : 18-20.
loiclecomte@yahoo.fr
Academia : https://independent.academia.edu/Lo%C3%AFcLeComte
Flickr : https://www.flickr.com/photos/127058286@N04/albums
Instagram : https://www.instagram.com/loiclecomtewildlife/
Mots clés/keywords : Apodemus, Burhinus oedicnemus, Burhinus vermiculatus, Eurasian Stone curlew, Œdicnème criard, Piège Photographique, Photo trap, Prey, Proie, Micromammal, Micromammifère, Stone Curlew, Water Thick-knee.
Introduction
C’est en scrollant quelques vidéos réalisées avec des pièges multimédias (dits photographiques) que nous avons été fort surpris par une séquence dévoilant un Œdicnème vermiculé Burhinus vermiculatus consommant, après l’avoir poursuivi, un micromammifère.
Nulle ambition ici de tenter le lecteur dans le sens de connexion sur les réseaux sociaux. En l’espèce, nous serions plus surement pour une abstinence, au moins relative, toujours, il est vrai, remise à un certain lendemain… Il en est un, toutefois, qui héberge de nombreux groupes naturalistes, souvent de grande qualité, car modérés par des personnes appartenant notoirement à des disciplines comme l’ornithologie ou la mammalogie. Nous laissons au lecteur la distraction de deviner lequel, tout en gageant que ce network ne peut lui être inconnu, qu’il en soit ou en ait été un jour membre !
Séquence observée
Comme signalé en incrustation dans cette vidéo (MOELA Safari)*, l’action se passe aux environs du village de Khumaga, qui se situe dans la vallée de la rivière Boteti, au cœur du Parc National de Makgadikgadi Pans au Botswana. Le média consulté, Africam, héberge, depuis 1998, des séquences vidéos en full HD LIVE de 30 secondes ayant pour thème la vie sauvage africaine.
On y voit, de nuit, un œdicnème, identifié comme un Œdicnème vermiculé, qui chasse un petit rongeur et le capture après quelques tentatives.
La proie, littéralement gobée, correspond à un mulot apodemus sp.


Discussion
Ce comportement alimentaire nous paraît remarquable, en ce sens que l’espèce européenne, l’Œdicnème criard Burhinus oedicnemus, dont nous vous donnons régulièrement des nouvelles dans le cadre du Plan Local de Sauvegarde du Grand Est Lyonnais (voir par exemple ADLAM et al. 2026), ne semble que très peu portée à ce type de prédation.
On l’a vu, localement, consommer des cenelles (TISSIER 2006), mais ses proies principales sont des insectes, à 97% dans certaines études en Espagne (AMAT 1986), plutôt de grande taille, avec, parfois, des comportements de chasse inhabituels comme vu à Lentilly en 2015 (TISSIER 2015). Il peut capturer aussi petits lézards et amphibiens, escargots et limaces, lombrics et, très rarement semble-t-il, œufs et poussins (VAUGHAN 2005). Il est vrai que les mœurs surtout nocturnes de l’espèce ne facilitent pas une bonne connaissance des proies capturées !
Mais VAUGHAN, dans la somme non inégalée The Stone Curlew (VAUGHAN et al. 2005), ne donne qu’un pourcentage bien faible, moins de 1% de micromammifères dans le total des proies
consommées, mulots apodemus, souris mus et campagnols arvicola (in MADON 1926, 1935) et même 0,3% aux Canaries (in RODRIGUEZ & DEL CAMPO 1987) et aucun dans l’île Alegranza de l’archipel des Canaries (SANCHEZ 1996). Pour l’anecdote, il y a même un cas de charogne humaine (MILLET HORSIN 1916) à une date qui explique cela !
Il rapporte des études basées sur des restes trouvés dans des estomacs d’oiseaux tués par des chasseurs (avant 1964) et, plus récemment, dans des pelotes de réjection, voire des fientes.
Sans doute, de par le recours de plus en plus systématique aux pièges photos/vidéos, dans le cadre d’études à caractère scientifique, un tel fait ne pourra pas manquer d’être davantage documenté !
Gageons qu’au moins pour la France, cela se réalise dans notre département….
Bibliographie :
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Loïc LE COMTE
Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°72/2026 LPO-Rhône

Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. (2026). Note au sujet de la consommation d’un mastic d’étanchéité par une Pie bavarde Pica pica. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 71 : 5-7.
loiclecomte@yahoo.fr
Academia : https://independent.academia.edu/Lo%C3%AFcLeComte
Flickr : https://www.flickr.com/photos/127058286@N04/albums
Instagram : https://www.instagram.com/loiclecomtewildlife/
Mots clés/keywords : Pie bavarde – Pica pica – Eurasian magpie – Common Magpie – Mastic d’étanchéité – Sealing compound – Acides gras n-3 – Acides gras oméga-3 – Omega-3 fatty acids – Huile de lin – Linseed oil – E171 – Composants toxiques – Agents toxiques/cancérogènes – Toxic/carcinogenic agents
Introduction
Le 2 octobre 2025, je suis intrigué par le comportement d’une Pie bavarde Pica pica : à plusieurs reprises et en 1h00 de suivi, celle-ci, après avoir décollé du garde-corps du toit-terrasse du bâtiment de l’ARFRIPS (Lyon 9è)*, tente tant bien que mal de rester fixée à l’une de ses parois, cela au niveau des fenêtres du dernier étage (six en tout, en comptant un rez-de-jardin).
*ARFRIPS : Association régionale pour la formation, la recherche et l’innovation en pratiques sociales
Observation
Pensant documenter un exemple d’oiseau intrigué par son reflet dans une vitre, je réalise plusieurs clichés, pas exactement irréprochables, tant la distance est importante (je suis dans ma voiture, posté à environ 70 mètres de l’oiseau). Plus tard, je constaterai que « ma » pie ne réagissait nullement à son reflet, mais tentait le mieux qu’elle le pouvait de s’accrocher à la paroi de l’édifice, afin d’arracher des morceaux d’une matière siliconée de type mastic d’étanchéité et de les ingérer.Les jours suivants, je noterai que ce n’est pas une, mais a minima deux pies qui s’alimentaient de la sorte. Un Choucas des tours Coloeus monedula se montrera même vivement intéressé, sans toutefois que je puisse attester qu’il ait effectivement imité les pies.

Photo n°1 : Pie bavarde Pica pica consommant du mastic siliconé, immeuble de l’ARFRIPS, 2 octobre 2025, L. LE COMTE(©)
Discussion
Problématique documentaire rencontrée : comme toujours, dans un tel cas, je cherchai alors sur le web des articles, notes, témoignages, soit autant de matière documentaire, susceptible de m’informer de la raison d’un tel comportement, ainsi que de sa fréquence. La chose s’avéra rapidement ardue. En effet, si innombrables sont les témoignages de personnes ayant constaté que leurs joints de fenêtres étaient l’objet de dégradation par des oiseaux (ainsi que par des escargots ou encore des rats !), des explications, un tant soit peu sérieuses, sont simplement inexistantes…
On retiendra que le terme « mastic », chez beaucoup de distributeurs, peut renvoyer à des composants aussi divers que des silicones ou des polymères.
À force de recherches du côté des produits utilisés par les professionnels de l’isolation, je constatai que, de la même manière qu’avec les mastics de vitriers, un additif aromatique à base d’huile de lin entre dans la composition de nombre de mastics siliconés actuellement disponibles.
Ainsi, l’intérêt nutritif d’une telle matière se comprend aisément. En effet, l’huile de lin est très attractive d’un point de vue olfactif, mais est également remarquablement nutritive, car riche en acides gras n-3, au point que la consommation de produits animaux ou céréaliers enrichis naturellement de la sorte – via les graines de lin extrudées – est largement plébiscitée dans les politiques de santé publique (MOUROT 2017).
Une nouvelle fois, la démonstration peut être faite de la grande capacité qu’a la faune aviaire de se montrer opportuniste, dans sa prospection alimentaire, se tournant parfois vers des substances que la chimie industrielle propose pourtant sous des formes physiques extrêmement éloignées de leur aspect originel (ici un mastic comportant des extraits de graines de lin). On ne manquera toutefois pas de s’interroger sur le caractère potentiellement nocif, au moins dans la durée, de l’ingestion de matière siliconée, dont on ne peut douter que, si elle contient bien un élément favorable (on l’a vu, des acides gras n-3, largement vantés par l’industrie alimentaire sous l’appellation Oméga 3), elle renferme également des agents reconnus toxiques et cancérogènes, à l’exemple du dioxyde de titane (E171) à la dangerosité reconnue en cas d’ingestion et d’inhalation (ANSES 2019, DORIER 2016).

Photo n°2 : Pie bavarde Pica pica consommant du mastic siliconé, immeuble de l’ARFRIPS (Lyon 9è), 2 octobre 2025. Le vert sur le bec correspond à un morceau de salade qui accompagnait un restant de hamburger auquel la pie s’était intéressée quelques instants plus tôt. Photographie de l’auteur(©).
Conclusion
Ainsi, dans la mesure du possible (cas d’une observation réalisée at home), serait-il intéressant que les personnes constatant ce type de prédation/dégradation et rapportant leurs observations sur des bases de type Visionature, indiquent, dans la mesure du possible, le type de produit incriminé et, au mieux, produisent une photographie de la composition figurant sur l’emballage de ce dernier.
Bibliographie
Note additionnelle : le 17 avril 2019, un arrêté paru au Journal officiel a prévu la suspension de la mise sur le marché des denrées alimentaires contenant l’additif E171 (dioxyde de titane), cela à compter du 1er janvier 2020. Cette nouvelle restriction fait partie de la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire (EGalim). On retiendra que cette mesure d’interdiction ne concerne ni les cosmétiques (dentifrice inclus), ni les médicaments. En effet, le bénéfice apporté pour les médicaments est estimé supérieur aux risques liés au dioxyde de titane et ne justifie ainsi pas la mise en place d’un principe de précaution… Nous l’avons vu nombre de produits utilisés dans le domaine de la construction et de l’amélioration de l’habitat ne sont pas davantage visés par cette interdiction…
Résumé : L’observation d’une Pie bavarde Pica pica ingérant du mastic d’étanchéité de fenêtre est l’occasion de rappeler les risques d’intoxication que court la faune, avec des produits issus de l’industrie chimique. Ceci remarquablement avec ceux mêlant attractivité olfactive et/ou gustative et composants nocifs comme le dioxyde de titane (E171).
Summary : Observing a Eurasian Magpie Pica pica consuming window sealant is an opportunity to highlight the poisoning risks that wildlife faces from products of the chemical industry. This is particularly true for those combining olfactory and/or gustatory attractiveness with harmful components such as titanium dioxide (E171).
Resumen : La observación de una Urraca común Pica pica ingiriendo masilla de sellado para ventanas constituye una oportunidad para recordar los riesgos de intoxicación a los que enfrenta la fauna debido a productos procedentes de la industria química. Esto riesgos son particularmente notables en el caso de
aquellos que combinan una atractividad olfativa y/o gustativa con componentes nocivos, como el dióxido de titanio (E171).
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Loïc LE COMTE
Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°71/2026 LPO-Rhône
