Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. (2025) Le Goéland cendré russe Larus canus heinei, une sous-espèce récemment documentée en France et à prospecter en région lyonnaise. L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 69 : 13-21
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Mots clés/Keywords : classification phylogénétique – dortoir Goéland cendré – Goéland cendré russe – Goéland de Russie – Laridae – Larus canus heinei – nomenclature – reposoir – Russian Common gull – sous-espèce.
Préambule
Si la liste des espèces aviaires du Rhône, scrupuleusement tenue à jour par Dominique TISSIER, est souvent à la base de travaux repris dans la revue l’Effraie, celle des sous-espèces demande encore à être publiée (travail en cours de rédaction). Il est vrai que celles-ci bénéficient d’un éclairage moindre, ne serait-ce que parce qu’elles ne figurent pas dans les listes de coches, basées uniquement sur les espèces (ex. : cocheurs.com) reprises de la LOF (Liste des Oiseaux de France). De fait, on l’a compris, sinon sur faune-france (qui intègre également les allochtones), les sous-espèces ne se cochent pas !
Ce fait m’a toujours semblé étonnant, tant la rencontre avec ma première Bergeronnette de Yarrell Motacilla alba yarrellii mâle m’attestait un taxon en tout point singulier ! D’un point de vue scientifique, il en va bien autrement. La question de la sous-espèce est fondamentale*, car son étude permet d’enrichir la compréhension de la variabilité des formes du vivant, en même temps que les mécanismes (géographiques, écologiques, anatomiques ou organoleptiques) qui sous-tendent celle-ci.
En cela, les laridés représentent un cas d’école de complexité, dont la dynamique des productions scientifiques publiées témoigne de l’intérêt suscité, notamment du côté de la systématique moléculaire et des changements dans la classification phylogénétique (CROCHET 1998) que cela entraîne
régulièrement. Ainsi, si l’on prend l’exemple du Goéland à bec court L. c. brachyrhynchus (distribué dans le nord-ouest de l’Amérique du Nord), celui-ci sera longtemps considéré sous-espèce (pour ex. : AOU – American Ornithologists’ Union¹ – de 1931 à 1998), avant d’être officiellement élevé au rang d’espèce (RASMUSSEN 2020, American Ornithological Society 2021, CHESSER et al. 2021).
* De même que l’on classe un sous-dossier dans un dossier, il convient de rappeler que le « sous » de sous-espèce n’insinue en rien une quelconque infériorité hiérarchique. Il sert en effet juste à préciser qu’il s’agit là d’une forme d’un être vivant, en population, qui s’imbrique du point de vue de la systématique dans celle de l’espèce dans son entièreté, de même que la sous-famille appartient à la famille, elle-même éventuellement incluse dans une super-famille ou un sous-ordre. Aucune sous espèce n’est donc supérieure ou inférieure à une autre, ni à une autre espèce, hormis en nombre d’individus (https://fr.wikipedia.org/wiki/Sous-esp%C3%A8ce – age consultée le 5 juillet 2025).
Introduction
L’histoire de l’identification de cette sous-espèce de laridé comme « nouvelle » – de fait, également pour le département du Rhône – est assez singulière. En effet, c’est en parcourant la galerie de la base de données http://faune-france.org, à dessein de préparer un article finalement titré « Statut et identification du Goéland cendré russe Larus canus heinei en France » et paru dans le numéro 171 de la revue Ornithos (JUGIEUX 2025), que Rémi JUGIEUX a repéré un cliché d’un Goéland cendré, réalisé au Grand Large (photo n°1), présentant des caractéristiques propres à en faire un Goéland de Russie !
La donnée date du 3 janvier 2019 et l’auteur de ces lignes l’avait alors versée dans la base faune-france comme Larus canus ! Quelle parfaite illustration du caractère fondamental d’une banque de données photographiques, chaque jour enrichie par nombre de passionnés !

Photo commentée ainsi dans l’article de Rémi JUGIEUX : « cet individu a tout d’un heinei : bec de couleur vive, tête claire avec un boa bien délimité à l’arrière du cou, pas de miroir sur P9 et barre (incomplète) sur P4 ». Perfect second-cycle Russian Common Gull : no mirror on P9, incomplete black, bright colored bill, incomplete band on P4 and a typical heinei head.
Présentation
- Au rang taxonomique
Avec sa vaste répartition, le Goéland cendré est considéré polyspécifique, avec trois sous-espèces : le Goéland cendré L. c. canus, la sous-espèce nominale (Europe, mais également certaines parties de la Russie européenne), le Goéland du Kamtchatka L. c. kamtschatschensis (Sibérie orientale) et le Goéland cendré russe L. c. heinei (l’ensemble de la Russie y compris de grandes parties de la Sibérie, le
Kazakhstan et la Mongolie). - S’essayer à distinguer heinei de canus sur le terrain… Quels éléments doivent alerter ?
Le travail remarqué de Rémi JUGIEUX faisant le tour de la question (JUGIEUX 2025), nous ne revenons pas ici en détail sur les critères d’identification permettant de distinguer heinei de canus sur le terrain.
Seul un résumé (aspect général, motifs de la tête et des ailes, couleur des yeux et du bec) de ce qui doit alerter l’observateur, est proposé ci-dessous.
Aspect général
Bien qu’il puisse y avoir des différences de taille moyenne, la variation intra-taxon est importante ; il est donc peu probable qu’un heinei se distingue particulièrement au sein d’un groupe de Goélands cendrés. Cependant, en vol, certains heinei peuvent présenter des ailes remarquablement longues, ce qui peut attirer l’attention. De même, si l’oiseau est posé, les extrémités de ces dernières donnent le
sentiment de frôler le sol. On retiendra cependant qu’en réalité, seul un pourcentage faible de heinei est repérable de la sorte. La structure générale n’est donc qu’une piste parmi d’autres, pour l’identification sur le terrain (GIBBINS & ADRIAENS 2016).
► Seul un faisceau d’indices peut conduire à une détermination !
A. Chez les oiseaux de premier cycle (alors de premier hiver en région lyonnaise) : Ce cycle est de loin celui qui pose le plus de difficultés ! La validité des critères utilisés est discutée.
Seules des campagnes de baguages de heinei sur les sites de reproduction devraient permettre de clarifier les choses.
Sont toutefois retenus : – Une tête bien blanche, combinée à un bec de couleur vive – Un bord de fuite bien sombre, des tertiaires jusqu’à P10 – Quelques scapulaires avec frange pâle. Photo n°2.
► Surtout, les sous-caudales blanc pur contrastant avec la bordure postérieure foncée, que forment les secondaires et les primaires (ADRIAENS et al. 2021).


B. Chez les oiseaux de deuxième cycle (alors de deuxième hiver en région lyonnaise) : Sur le dessus des ailes, les heinei de deuxième cycle montrent souvent des zones noires plus étendues que les canus. La présence de noir sur P4 est fréquente chez heinei (37%), mais rare chez canus (4%).
Très minoritaires sont les canus de 2cy ayant été observés avec un iris clair, tandis que 15% des heinei l’ont (ADRIAENS & GIBBINS 2016).
On retiendra comme critères déterminants (s’ils s’additionnent) les repères de la photo n°3.
- Bec jaune (repère 1)
- Tête blanche avec peu de stries (repère 2)
- Étroit boa brun (repère 3)
- Unique miroir blanc sur P10 (repère 4)
- Barre (incomplète) sur P4 (repère 5).
C. Chez les immatures (au-delà de leur troisième cycle de mue)
Ce cycle est souvent peu évident à statuer, car des oiseaux en 2è cycle et quelques adultes en ont
l’aspect !
On peut retenir que : – Le plus souvent, le sujet a tout de l’apparence d’un adulte, mais avec des « restants » de traces
d’immaturité sur les couvertures primaires ainsi que sur l’alula. – Le critère d’une langue grise sur P7 sans terminaison blanche est déjà solide (cf. infra).
D. Chez les adultes
Les adultes heinei ont souvent une tête blanche « propre » (en hiver), avec des stries noires limitées, tandis que les canus sont plus marqués (photo n°4). Sur la base de l’arrière du cou, un « boa » avec des nuances brunes est présent. La couleur de l’iris est généralement plus claire chez heinei (44% des
individus) par rapport à canus (17%), mais cela est très difficile à évaluer sur le terrain, sinon oiseau en main (distance d’observation, lumière). Le bec, même en hiver, est jaune moutarde, sinon orangé (GIBBINS & ADRIAENS 2016b).

région de Bratislava, Slovaquie, auteur inconnu.
Dans un groupe de Goélands cendrés, certains heinei présentent un dos plus sombre (variant de 6 à 9 sur l’échelle Kodak® de niveau de gris), mais, là encore, sinon individu évoluant à faible distance, les effets de lumière rendent souvent l’appréciation bien relative.

►Sur une photographie d’un adulte en vol, il est possible d’apprécier :
- L’extrémité de la langue grise sur P7, qui doit être dépourvue de blanc.
- Un long coin noir sur P6.
- Barre noire complète sur P5.
Enfin, comme rien n’est jamais simple avec les laridés, heinei, de par une vaste aire de reproduction (plus de 4000 km), présente des variations locales non encore précisément documentées. Ainsi les oiseaux de l’Oural montrent des différences de pigmentation, notamment plus de noir sur les
primaires, que les oiseaux sibériens. De même, dans le secteur du Grand Moscou (zone d’intergradation), on observe des individus qui présentent des caractères mixtes entre canus et heinei (ADRIAENS & GIBBINS 2016).

Discussion
Où prospecter les Goélands cendrés, susceptibles d’appartenir à la sous-espèce heinei, dans le département du Rhône et la Métropole de Lyon ?
Répondre à cette question revient à préciser où s’y rencontrent le plus couramment, en période hivernale, les Goélands cendrés Larus canus. Les secteurs les plus favorables sont le Grand Large (en journée et plus encore en fin de journée, ainsi que tôt le matin), sur les palplanches, où se forme un dortoir/reposoir.

Ponctuellement, l’Est lyonnais (alentours du lieu dénommé Station d’épuration, commune de Genas), célèbre pour les « raretés » qu’année après année, nous avons la possibilité d’observer (TISSIER 2021, LE COMTE 2023a & b), remarquablement de fin janvier à début mars (carte n°1) ; avec, pour contrainte, le fait que les groupes posés en quête de lombrics sont généralement très mobiles et rarement présents plus de quelques heures… Le lieu dénommé « La Grande Seiglière » (Genas) est tout particulièrement intéressant, car régulièrement utilisé comme reposoir. Cette parcelle est longée par la D147 (rue Jean Jaurès) et offre la possibilité de stationner son véhicule, en veillant à éviter au maximum de sortir de ce dernier, afin de ne pas provoquer un envol général. Enfin, même si cela pose un problème d’approche véhiculée dans un secteur règlementé, la zone dénommée Ferratière de Planaise (Colombier-Saugnieu) est également intéressante, surtout si les sols ont été travaillés depuis peu. On se postera au niveau du lieu-dit Planaise, après avoir remonté le chemin des Ferratières depuis la D29 (rue de la Fraternité).
Au centre-ville de Lyon, le rassemblement « crépusculaire » de laridés de la piscine du Rhône (LE COMTE & GUILLE 2021), même si essentiellement composé de Mouettes rieuses Chroicocephalus ridibundus, est potentiellement intéressant. Enfin, le secteur dit Lyon Confluence est parfois fréquenté par quelques Goélands cendrés, que l’on a alors la chance d’observer posés (TISSIER 2024).
De l’importance des photographies !
Tout laridophile illustre ses observations « délicates » (bien rares sont celles qui ne le sont pas) de photographies ! Le texte descriptif reste important, mais les photographies présentant les détails de plumage résumés in supra sont toujours extrêmement appréciées de la communauté des passionnés.
Plutôt que de chercher à réaliser une « jolie » photographie, l’intérêt sera ici de se concentrer sur la pertinence de ce qui est montré ! On veillera surtout à déclencher au moment des phases d’envol et d’atterrissage, ainsi que lors des étirements d’ailes, en conservant en mémoire que ces derniers se produisent le plus souvent en début et fin des séquences de lustrage du plumage (occasion d’apprécier l’intérieur des ailes). Surtout, on n’hésitera pas à proposer plusieurs clichés, dès l’instant qu’ils montreront des détails intéressants.
► Et puisque nos considérations renvoient à des oiseaux susceptibles d’être observés dans le département du Rhône et la Métropole de Lyon et donc, remarquablement ces dernières années (graphes n°1 & 2), ne se montrant qu’en faibles effectifs, tous les Goélands cendrés, sans distinction, ne manqueront pas de faire l’objet de clichés, plus tard versés dans la galerie de la base Visionature !


Conclusion
L’identification de Larus canus heinei reste un défi, mais des critères clairs existent, non insurmontables de diversité et de complexité. Ceux-ci peuvent être rendus appréciables par tous (observateurs directs et communauté des passionnés) sur la base de clichés réalisés sur le terrain. En les portant à la connaissance de spécialistes³, l’ornithologue amateur a une nouvelle fois l’occasion de jouer un rôle actif, dans le sens d’une plus fine connaissance d’un taxon encore problématique et, par là, d’une meilleure appréhension de l’importance numérique de sa présence hivernale en France³. Par quelques aspects, cette détermination rappelle celle apparaissant si délicate du Goéland pontique Larus cacchinans, et réservée aux spécialistes il y a encore peu (VELLARD 2017) ; avec une attention portée à l’absence/présence d’un châle, la couleur du bec (adulte en hiver), à l’importance et la disposition des miroirs (détail des primaires) ou encore à la couleur de l’iris. Reste à souhaiter à chacun la même marge de progression vers une identification au moins du degré de la forte probabilité, que celle constatée chez cette dernière espèce, et dont témoigne la galerie faune-france.
Annexe :


¹ American Ornithologists’ Union – https://americanornithologistsunion.org/sample-page
² Donnée en attente de validation par le CHN, au moment de la rédaction de cet article.
³ Appel du CHN (in : JUGIEUX 2025) qui invite les observateurs à transmettre leurs données via l’onglet « Rapport
d’homologation » du portail http://faune-france.org. »
Remerciements
Sont remerciés : Rémi JUGIEUX, pour m’avoir fait découvrir le Goéland cendré russe ainsi que pour ses précieuses recommandations ! Merci aussi à Dominique TISSIER, pour son travail éditorial, à Chris GIBBINS et Boris GEOGI pour m’avoir accordé d’illustrer cet article de leur cliché. Un grand merci également à l’ensemble des correcteurs de l’Effraie !
Bibliographie
- ADRIAENS P. & GIBBINS C. (2016). Identification of the Larus canus complex. Dutch Birding 38:
1-64. Page consultée le 3 juillet 2025 :
https://gull-research.org/papers/papers9/gulls_CommonGulls_identification_Adriaens&Gibbins2016.pdf - ADRIAENS P., DUBOIS P.J. & JIGUET F. (2021). Les Laridés du Paléarctique occidental : Guide
d’identification des mouettes et des goélands. Delachaux & Niestlé, 320 pages. - CHESSER R.T. et al. (2021). Sixty-second supplement to the American Ornithological Society’s
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https://doi.org/10.1093/ornithology/ukab037. - CROCHET P.A. (1998). Structure génétique des populations chez le Goéland leucophée,
phylogéographie et phylogénie chez les Laridés. Thèse de doctorat : biologie des populations et
écologie, USTL Montpellier, 120 pages + ann ill. - GIBBINS C. & ADRIAENS P. (2016a). The Seabird Group Newsletter n° 131 : pp. 4.
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Bertrand à Lyon 7è, de novembre à mi-décembre 2020. L’Effraie 53 : 37-48. - LE COMTE L. (2023a). Premier cas de nidification du Faucon kobez Falco vespertinus dans le
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https://biblio.lpo-aura.org/wp-content/uploads/2024/02/Liste-des-oiseaux-du-Rhone-et-Metropole-de-Lyon-2024-publication-1.pdf - VELLARD T. (2017). Le Goéland pontique : présence hivernale dans le Rhône et Lyon Métropole.
L’Effraie n°45 : 18-24, LPO-Rhône.
Résumé : Nous présentons ici une sous-espèce « nouvelle » pour la région lyonnaise : le Goéland cendré russe Larus canus heinei, aussi dénommé « de Russie ». Des critères de détermination susceptibles d’alerter sur sa présence sont proposés, ainsi que des pistes locales de prospection. Nous insistons sur l’importance de réaliser des photographies en complément d’une description rédigée. Le tout, avec le vœu de susciter un engouement particulier pour les Goélands cendrés d’une manière générale et ceux potentiellement russes, tout particulièrement.
Summary : We present here a ‘new’ subspecies for the Lyon region: the Russian Common Gull Larus canus heinei, also known as the ‘Russian Gull’. Criteria for identifying its presence are proposed, along with local avenues for exploration. We emphasise the importance of taking photographs to complement a written description. All this is done with the hope of generating particular enthusiasm for Common Gulls in general and those potentially from Russia in particular.
Resumen : Se presenta aquí una subespecie ‘nueva’ para la región de Lyon: la Gaviota cana rusa Larus canus heinei, también conocida como ‘de Rusia’. Se proponen criterios diagnósticos que pueden alertar sobre su presencia, así como líneas de prospección local. Se hace especial hincapié en la importancia de complementar toda descripción escrita con material fotográfico. Todo ello con el deseo de fomentar un interés particular tanto por las Gaviotas canas en general como, muy especialmente, por los individuos potencialmente de origen ruso.
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Loïc LE COMTE
Article originairement paru in : L’EFFRAIE n°69 LPO-Rhône

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