Danger représenté pour les chiroptères par les lignes de pêche. Exemple du sauvetage d’un Murin de Daubenton Myotis daubentonii au canal de Jonage, Meyzieu (69) / The Danger Fishing Lines Pose to Bats. An Example of the Rescue of a Daubenton’s Bat (Myotis daubentonii) at the Jonage Canal in Meyzieu (Rhône), France.

Citation recommandée / Recommended citation : LE COMTE L. (2023). Danger représenté pour les chiroptères par les lignes de pêche. Exemple du sauvetage d’un Murin de Daubenton Myotis daubentonii au canal de Jonage, Meyzieu (69). L’Effraie, revue de la LPO Rhône, Lyon. 61 : 15-17.

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Mots clés : Murin de Daubenton, Myotis daubentonii, chiroptera, chauve-souris, vespertilionidae, déchets de pêche Introduction

Introduction

En ce petit matin du jeudi 29 juin 2023, la mission que je m’assignais était : retrouver la femelle de Fuligule milouinan Aythya marila découverte quelques jours plus tôt et tenter d’en tirer un portrait honnête… Ainsi, je laissais la voiture au Pont d’Herbens et me dirigeais vers le réservoir du Grand Large, afin de vérifier si rien de remarquable n’était posé sur les palplanches. C’est en commençant à prendre la direction de la Forestière que mon regard fut attiré par le spectacle d’un chiroptère comme suspendu au-dessus de l’eau. Je découvris rapidement la cause de cette étonnante posture : il était retenu par une ligne de canne à pêche (photo n°1), elle-même accrochée à une branche, fait que j’avais effectivement noté quelques jours plus tôt. Ainsi, ce n’est non pas un appât accroché à l’hameçon qui, dans ce cas, aura suscité une curiosité « fatale », mais l’hameçon lui-même ! Le temps de trouver un bâton d’une longueur suffisante, de manœuvrer afin de casser le fil sans trop exercer de tension, et ce qui me semblait correspondre à un Murin de Daubenton Myotis daubentonii, se retrouvait entre mes doigts. Par chance, l’hameçon, qui n’avait que faiblement pénétré les chairs, se détachait rapidement, sans dommage pour le palais du Chiroptère. Alors que celui-ci commençait à s’agiter, je tentais quelques clichés avec mon téléphone (photos n°2, 3 & 4), mais en cherchant à le manipuler le moins possible et en oubliant, entre autres choses, de détailler son patagium ainsi que ses pieds… Très vite, il s’envolait.

Photo n°1 : Chiroptère pris par un hameçon, Meyzieu, juin 2023, Loïc LE COMTE

Détermination de l’espèce
Plus tard, dans un souci d’exactitude sur ma détermination de l’espèce, je postai ma donnée sur la liste de discussion chauves-souris@googlegroups.com. Les retours s’avérèrent plus nuancés qu’attendu : si la plupart allèrent dans le sens d’un Murin de Daubenton, grande fut ma surprise de voir évoqué de manière argumentée un Murin de Capaccini Myotis capaccinii. Ainsi, Fabien SANÉ (Association Lozérienne pour l’Étude et la Protection de l’Environnement – ALEPE) : « D’après l’ongle du pouce, j’y vois plutôt un Murin de Capaccini… Juv ou immature – même si je ne vois pas de tache mentonnière, mais je ne sais pas si cette espèce en présente une… – La forme est vraiment typique (très large à la base et s’amincissant très rapidement et se terminant presque en filament vs ongle beaucoup plus long du daub incurvé très régulièrement sur les deux bords…) ».
Toutefois, l’ouvrage Les chauves-souris de Rhône-Alpes (2014) limite la répartition nord du Murin de Capaccini aux gorges de l’Ardèche (données extrêmes : 2012) et, de manière moindre, au sud du département de la Drôme (https://plan-actions-chiropteres.fr/les-chauves-souris/les-especes enfrance/murin-de-capaccini). Et, même si ce texte date d’au moins 12 ans, le « bond » géographique paraît plus que vertigineux… Ainsi, et en plus de l’absence d’éléments diagnostiques, importe-t-il de rester prudent ! Nous en restons donc à la « plus » que vraisemblance », et nous réjouirons vivement du sauvetage d’un Murin de Daubenton !

Photos n°2, 3 & 4 : Murin de Daubenton Myotis daubentonii, Meyzieu, juin 2023, Loïc LE COMTE

Présentation succincte du Murin de Daubenton Myotis daubentonii :
« Le » murin pêcheur « commun » des zones humides, en milieux boisés ! Consommant essentiellement des chironomidae (BECK 1995), il fréquente surtout les eaux calmes (étangs, mares, lacs, rivières de plaine & canaux). Il gîte sous les ponts (disjointements), les bâtiments riverains, les cavités d’arbres, mais également les cavités souterraines. On notera que, dans la zone méditerranéenne, l’espèce entre en sympatrie avec le Murin de Capaccini. Dans le département du Rhône, le Murin de Daubenton est contacté régulièrement, même en zone de relief. La mise-bas se réalise au cours de l’été, pendant les mois de juin-juillet.

Autres cas de chiroptères en prise avec des hameçons (liste non exhaustive)

  • Nathalie DESCY – Écho des Rhinos – 12 – n°47 – février 2008 – Rapport du sauvetage, via un centre de revalidation, d’un chiroptère ayant mordu dans une mouche… de pêche.
  • Page de l’ASPAS, consacrée aux déchets de pêche :
    chttps://www.aspas-nature.org/nos-combats/dechets-de-peche – Le montage vidéo en illustration de l’article, entre autres victimes d’hameçons, montre un chiroptère indéterminé « harponné » au niveau du propatagium.
  • Page Facebook titrée Chauve qui peut : parole de chauves-souris
    https://www.facebook.com/Paroledechauvesouris/. Compilation de posts décrivant des sauvetages et autres mises en protection de colonies. Celui du 9 juin 2023 rapporte le cas d’un sauvetage d’une Pipistrelle commune, trouvée accrochée au niveau du corps par un hameçon.
  • Blog Nicolas39 – Pêche à la mouche – Post en date du 4 mars 2015, titré : Le nylon, ce tueur invisible
    https://www.nicolas39-peche-mouche.com/index.php?post/Le-nylon-ce-tueur-invisible.
    L’auteur invite les pêcheurs à récupérer toutes lignes de pêche laissées à l’abandon, afin d’éliminer ces pièges mortels. Une photographie d’un chiroptère non déterminé, suspendu en l’air, accroché à
    un hameçon, vient illustrer son propos.
    Le journal de Saône-et-Loire du 18 septembre 2011. Article « sensationnaliste » titré : Une chauve
    souris mord à l’hameçon. Où il est rapporté qu’un enfant de 6 ans utilisa un dégorgeoir, afin de
    libérer une chauve-souris non déterminée ayant « mordu » un hameçon appâté avec un asticot…. Le tout illustré d’une photographie racoleuse à souhait…
    https://www.lejsl.com/edition-de-chalon/2011/09/18/une-chauve-souris-mort-a-l-hamecon.

Conclusion
Une recherche ciblée sur le web nous apprend qu’un chiroptère en prise avec un hameçon n’est pas chose si rare… Que cela se passe alors que la ligne de pêche est « active » (canne à pêche en main) ou « passive » (abandonnée dans l’environnement, après que le pêcheur ait dû « casser » faute de ne parvenir à décrocher d’une branche ou autre racine). L’ASPAS, en collaboration avec Sea Shepherd, a produit une plaquette (sans date) signalant le danger représenté par ces déchets de pêche. Enfin, le blog évoqué plus haut montre que, dans la communauté des pêcheurs aussi, le problème est connu et induit parfois des actions de collectes plus que méritoires.

Remerciements
Sont remerciés pour leur aide à la détermination : Laurent ARTHUR (historiquement, Muséum de Bourges), Kate DERRICK (Groupe chiroptères Corse), Loup NOALLY (LPO Ain), ainsi que Fabien SANÉ (Association Lozérienne pour l’Étude et la Protection de l’Environnement – ALEPE).

Bibliographie

Autres sources documentaires consultées :
https://chauvesouriscorse.fr/
http://www.museum-bourges.net/chauve-souris-plan%C3%A8te-chauve-souris-37.html
https://plan-actions-chiropteres.fr/les-chauve-souris/les-especes-en-france/murin-de-capaccini
https://plan-actions-chiropteres.fr/les-chauve-souris/les-especes-en-france/murin-de-daubenton

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L’EFFRAIE n°61 LPO-Rhône

Illustration sans titre

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